Le blog de Claude Lelievre

L’agrégation en difficulté?

C’est ce qui peut être envisagé, si l’on en juge par le véritable cri d’alarme lancé par le Directeur de l’Ecole normale supérieure de Cachan.

 

Jean-Yves Mérindol, le directeur de l’école normale supérieure de Cachan, a adressé ce 25 novembre une lettre aux enseignants-chercheurs de l’Ecole, ainsi qu’aux membres de la commission Formation Recherche, et à ceux du Conseil scientifique et du Conseil d’administration, à propos des  » conséquences des réformes en cours sur l’agrégation « .

 

 »  Le décret publié en juillet, souligne-t-il, modifie les conditions des diplômes exigés pour se préparer à l’agrégation externe. Il fallait jusqu’à présent un master 1, ou un diplôme équivalent, et il faudra à partir de la session 2011 un matser complet ( M2 ). Cette condition s’apprécie au moment de l’inscription, c’està dire vers octobre

Le groupe chargé de travailler sur l’agrégation a fait plusieurs propositions, dont celle de revenir sur la condition de diplômes posée par ce décret. Les ministres viennent de faire savoir qu’ils ne retenaient pas a priori cette idée et que le concours 2011 se ferait bien dans les conditions fixées par le décret de juillet 2009. Les dates prévues pour les concours d’agrégation sont les suivantes : épreuves d’admissibilité en avril, puis admission vers juin-juillet. Ce calendrier reste proche de celui qu’on connaît aujourd’hui, mais est donc décalé d’un an dans la scolarité des étudiants […] ;

Les normaliens de deuxième année ne vont pas, sauf rare exception, avoir un M2 en octobre 2010. Ce qui signifie qu’une très grande partie de cette promotion ne sera pas en état de passer l’agrégation l’an prochain. Ce qui va nous obliger, dans de nombreux cas, à fermer les préparations aux concours pour l’année 2010-2011 .

 

Et le directeur de l’ENS de Cachan conclut sa lettre par quelques commentaires bien sentis :  » Au delà des aléas pénibles de l’année 2010-2011, au-delà de la forte désorganisation nationale des concours d’agrégation de la session 2011, les décisions ministérielles vont conduire, dans la plupart des disciplines, une majorité de normaliens et d’étudiants à ne plus préparer l’agrégation, préférant passer directement du M2 à la préparation d’une thèse [ …]. Cette réforme va diminuer le nombre de personnes formées à la fois à la recherche, via la thèse, et à une vision synthétique d’un large champ disciplinaire, via la préparation à l’agrégation. Restent les fortes conséquences pratiques et symboliques, sur l’agrégation que le ministère de l’Education nationale, qui s’est obstiné à maintenir les dispositions publiées en juillet 2009, devra savoir expliquer et maîtriser « 

 

Des commentaires à méditer à l’évidence, et des mises en garde à suivre…

 

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Commentaires (11)

  1. EC Nantes

    Intéressant. C’est dingue comme ce ministère procède en douce.

  2. Dubois

    Bonsoir. Chronique signalée dans la « Revue de blogs n°4 » du blog « Histoires d’universités »
    http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/11/29/revue-de-blogs-n%c2%b04/
    Cordialement. Irnerius

  3. fausset

    totalement incompréhensible.
    M. Mérindol a parfaitement raison, le gouvernement devra se justifier d’une décision absurde et dangereuse pour l’avenir de l’agrégation, de l’enseignement supérieure et des écoles normales supérieures.

  4. FredeSud

    Bonjour,

    Vous trouverez l’appel de la Fédération des Syndicats Sud Éducation à lutter contre la “mastérisation Chatel-Pécresse” en cliquant sur mon pseudonyme.

    Solidairement.

  5. Un Etudiant

    Juste une question. Pourquoi maintenir un tel concours ?

    Que monsieur le directeur de l’école normale supérieure de Cachan s’indigne de la suppression d’un concours proposant « une vision synthétique d’un large champ disciplinaire » m’étonne. Cette synthèse n’est elle pas déjà proposée par la licence ?

    Oh je sais bien: l’agrégation pousse à travailler plus, continuellement, face aux autres. L’agrégation est un concours républicain. L’agrégation forme l’élite de la France (j’avais déjà entendu ça pour l’Ecole Normale Supérieure).

    En ces temps de réformes administratives, plutôt que d’adopter un point de vue manichéen (le gouvernement est le mal, l’ENS, l’agreg, le CAPES, tout ce qui va avec, est le bien), on pourrait peut être s’interroger sur la validité de tels modes de recrutement du personnel enseignant.

    Nous sommes en 2010 tout de même, et la IIIe République est bien, bien, bien, bien loin…

    J’évite évidemment de parler de ceux qui préparent l’agrégation sans avoir la chance (non, c’est vrai, ils méritent leur sort) d’être dans un ENS, ou à Paris, où les bibliothèques comblent de joie ceux qui se perdent dans les bibliographies.

    J’évite également de parler de l’expérience de frustration qui accompagne ceux qui ont obtenu l’agrégation, les poussant (c’est le syndrome de Stockholm) à protéger de tout leur coeur ce concours qu’ils ont eu tant de mal à passer.

  6. Olivier

    C’est vrai, on ne parle jamais des préparations à l’agrégation dans des villes de province moyennes, dans des universités issues du plan Universités 2000 dans lesquelles il n’y a aucune bibliothèque universitaire digne de ce nom et dans lesquelles les étudiants sont obligés de se rabattre parfois dans des médiathèques municipales (qui, c’est vrai, sont tout à fait adaptées aux préparations des concours…).

    Parler d’université dans ce cas est un leurre ; plus des 3/4 des universités de province ne sont que des « Lycées d’enseignement supérieur »… Alors ne parlez pas d’égalitarisme républicain, il n’y en a jamais eu (ni d’équité d’ailleurs).

    Le fonds du problème c’est qu’on est le seul pays au monde avec deux systèmes d’enseignement supérieur… L’université est devenue une usine à créer des prolétaires en col blanc… La mastérisation ne changera rien a cela, surtout depuis que les « grandes écoles » sont habilitées à délivrer des « grades universitaires » (master et doctorat)…

  7. Ernesto

    Il serait souhaitable de se poser les bonnes question en ce qui concerne l’agrégation. La majorité des élèves des ENS n’enseigneront jamais dans le secondaire et privent les enseignants certifiés de la seule véritable possibilité de promotion ! Alors si le concours devait être supprimé, ce serait vraiment une bonne chose. On arrêterait ainsi de voir des clans dans les établissements…

    Les privilégiés des ENS commencent à s’inquiéter alors qu’ils auraient dû réagir plus vite et être un peu plus corporatistes. Leur tendance à dénigrer les enseignants du secondaire ne nous donne pas envie de les soutenir…

    D’autre part, quand on voit la loterie de l’oral avec des notes totalement injustifiées, c’est une raison supplémentaire pour supprimer un tel concours qui d’ailleurs n’apporte rien sur le plan pédagogique.

  8. Travailler Plus

    Merci pour cet article très intéressant, je pense tout comme vous que c’est une décision complètement absurde comme tout ce qui est fait en matière d’éducation par notre gouvernement.

  9. Laura Schneilin

    serait-il un peu terre-à-terre de suggérer que, tout bêtement, suppression de l’agreg = profs moins bien payés? Ce qui implique métier de moins en moins attractif? Donc, qui va-t-on bien trouver pour « éduquer » les futures générations? Pas grave, on peut toujours se recycler dans le marketing…

  10. Pomme de terre

    Quand on voit encore ce qu’il se passe en ce moment au niveau de l’enseignement il ne faut pas s’étonner.

    Et c’est pourtant de l’avenir de nos enfant qu’il s’agit…

  11. Marquis Kawaiaea

    Cool ! Merci

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