Le blog de Claude Lelievre

 »Le » bac d’abord, et/ou la licence?

Le récent rapport de la Cour des comptes à propos du système éducatif français pose clairement le problème, alors que la réponse du ministère de l’Education nationale manque – pour le moins – d’ambition.

On le sait, l’ambition ‘’européenne’’ qui a été proclamée dans le cadre des accords de Lisbonne est d’atteindre les 50% d’une classe d’âge diplômée à bac + 3 à l’horizon de l’an 2020.

Nous en sommes encore loin, puisque les dernières données précises datant de 2006 indiquent qu’en 2006 nous en étions à 25% seulement de la classe d’âge au niveau de la licence ( ou plus ), et à 16% au niveau bac+ 2 ( DUT, BTS, enseignement paramédical et social ).

Beaucoup d’autres pays font pourtant d’ores et déjà nettement mieux que nous en ce qui concerne le taux de diplômé sortant de l’enseignement supérieur au niveau de la licence et au-delà. Pour la tranche d’âge des 25 ans-34 ans, nombre de pays européens sont déjà au-delà de 30%  ( on peut citer la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Suède, l’Irlande et la Pologne ). En revanche, la France se distingue dans cette enquête pour le taux de diplômés de l’enseignement supérieur court : 18%, bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE ( 10% ).

Le taux d’inscription dans le supérieur pour ceux qui obtiennent ‘’le’’ bac est très différencié selon les différentes voies : les bacheliers de la voie générale s’inscrivent à près de 100% ; ceux de la voie technologique à 76% ; enfin ceux de la voie professionnelle à 23%.

Par ailleurs, le taux de réussite à la licence en trois ou quatre ans est, lui aussi, très différencié selon le type de bac : alors qu’il est de 61% pour les bacheliers généraux, il n’est que de 22% pour les bacheliers technologiques, et de 7% pour les bacheliers professionnels.

J’ai déjà évoqué ce type de problème et le ‘’nœud gordien’’ qu’il constitue dès le début de mon blog sur Educpros, en septembre 2009 ( cf ‘’Le nœud gordien de l’entrée dans le supérieur’’ et ‘’ Les bacs pros et l’entrée dans le supérieur’’ ) .

Quand on sait par ailleurs que le taux des différents types de bac par classe d’âge évolue dans un sens qui ne favorise pas le redressement en la matière ( bien au contraire ! ) il y a lieu de s’interroger . En effet, de 1995 à 2008, le taux de bacheliers généraux a diminué, passant de 37,2% à 34,5% ; celui des bacheliers technologiques a légèrement baissé, passant de 17,6% à 16,6% ; seul celui des bacheliers professionnels – le plus éloigné d’une réussite en licence- a progressé, passant de 7,9 % à 12, 6% .

Selon le rapport de la Cour des comptes ( p. 131 ), la Direction générale des enseignements scolaires ( au ministère de l’Education nationale ) a répondu que la forme actuelle de la diversification des parcours scolaires est une des conditions indispensables de l’accès de 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat.  » Elle a même précisé que, ‘’si certains parcours produisent statistiquement plus d’échec scolaire, ils n’en sont pas moins essentiels afin de permettre à un nombre conséquent d’élèves de se hisser au niveau IV de formation’’, c’est à dire le baccalauréat « .

Comme le souligne le rapport de la Cour des comptes,  » cette position revient à privilégier l’objectif de 80% au niveau du baccalauréat par rapport à l’objectif de 50% de diplômés de l’enseignement supérieur long; elle soulève une question politique de fond qui appelle une réflexion et un débat sur les objectifs globaux de l’orientation au sein de l’enseignement scolaire, afin de progresser dans le sens d’une plus forte cohérence « .

On comprend en tout cas, à partir de la réponse significative de la DGESCO, que le ministère de l’Education nationale puisse s’accommoder d’une réforme du lycée avortée . Car une profonde réforme du second cycle des lycées ne peut avoir de chances réelles que dans le cadre d’une réflexion et d’une action sur l’ensemble des dispositifs allant de la classe de seconde à la licence, prenant vraiment en compte l’ambition de 50% d’une classe d’âge diplômée à bac+3 à l’horizon 2020.

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Commentaires (3)

  1. Dubois

    Parfaitement d’accord avec vous, Claude Lelièvre. Réformer le lycée sans réformer le 1er cycle de l’enseignement supérieur (le cycle Licence) est procéder à courte vue.

    La seule marge de manoeuvre pour que 50% des jeunes deviennent diplômés du supérieur est de faire progresser significativement le taux de poursuites d’études des bacheliers professionnels. Comme vous l’indiquez, s’ils entrent à l’université, ils n’y obtiendront pas la licence. Ce n’est donc pas la voie à suivre. D’ailleurs, la licence universitaire est morte, définitivement morte et le Plan Licence n’y changera rien.

    D’où l’idée d’une réforme de fond que je propose depuis plus d’un an : la création d’Instituts d’enseignement supérieur (IES), établissements distincts des lycées (qui perdraient donc leurs CPGE et STS) et des universités (dédiées désormais aux seuls masters et doctorats) et organisant le cycle licence (voie logne et voie professionnelle). IES, d’environ 2000 à 2500 étudiants : il en faudrait 600 en France.

    J’ai déjà consacré une dizaine de chroniques aux IES sur le blog d’EducPros. Elles commencent toutes par le titre : « IES, … ».

    J’espère qu’un débat se dessinera un jour sur cette réforme. Un débat en urgence serait le mieux ! Cordialement.

  2. Viviane Micaud

    Je suis tout à fait d’accord avec cette phrase « une profonde réforme du second cycle des lycées ne peut avoir de chances réelles que dans le cadre d’une réflexion et d’une action sur l’ensemble des dispositifs allant de la classe de seconde à la licence « . Il s’agit de donner une lisibilité au système de manière à aider les étudiants à se projeter dans le futur.
    Il s’agit d’avoir une réflexion sur les passerelles indispensables pour changer de filières après le bac, où pour rattraper les bases fondamentales nécessaires pour avoir une chance de réussir une formation quand ces dernières ne sont pas acquises.
    L’enseignement unique après le collège ne marche pas. Toutes les tentatives à l’Internationale et en France (dans les années 20) ont été des échecs, et nous savons déjà que la réforme du lycée va aggraver les déséquilibres entre les diverses filières générales et conduire à l’échec scolaire 5% des élèves qui réussissent en filière scientifique. L’histoire du lycée Finlandais qui conduisait à un bac unique était un mensonge. En réalité, les options retenues font partie du diplôme : il est possible d’avoir un bac – sans math, math niveau faible ou math niveau fort- avec les mêmes conséquences pour les voies possibles ou non qu’après les bac « L » ou « S » français.
    Après la 3ème, il est indispensable de proposer une variété de formations qui correspond à la variété des jeunes, avec leurs acquis, les matières qu’ils apprécient, leur volonté de travail et l’image de ce qu’ils se font d’eux-mêmes comme adultes. Mais comme les élèves n’ont pas, dans la majorité, la capacité d’être sûrs de leur vocation, il faut leur permettre de changer au fur et à mesure qu’ils mûrissent, quitte à prendre une année pour rattraper les bases fondamentales quand ils sont sûrs de leurs vocations. Cela suppose de développer une vision d’ensemble de l’offre par domaine (industrie, médical, BTP, sciences, gestion, littéraire, art, etc.) qui intègre les formations supérieures atteignables à partir du lieu d’habitation du jeune et les débouchés des différentes formations.
    Toutefois, je ne crois pas que l’ambition 50% de bac+3 soit une ambition pertinente. En effet, la manière la plus simple d’y arriver est de sacrifier le lycée pour que seuls ceux qui font des études supérieures aient une qualification. C’est le principe des études aux Etats-Unis qui est ni égalitaire, ni efficace (en terme de résultat/coût). Le seul intérêt du système éducatif américain est d’être capable de proposer des « possibilités de formation clés en main » aux très bons élèves issus des milieux populaires. Il faut prendre conscience qu’en coût complet (y compris logement et nourriture), les études supérieures coûtent plus chères que les études au lycée.
    Avant de parler de bac+3, commençons par les fondamentaux. Il faut que les jeunes Français sortent du système scolaire en maîtrisant parfaitement la lecture et en étant capable de s’exprimer et de compter, qu’ils aient un diplôme leur permettant d’accéder à un travail qui leur convienne et qu’ils aient les bases pour se cultiver et pour être capables de reprendre des formations qualifiantes quand ils le souhaiteront. C’est une ambition beaucoup plus forte, mais aujourd’hui nous en sommes loin.

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