Agrégation: le ”blues” des jeunes agrégés

On n’a sans doute pas suffisamment souligné à quel point les résultats de  l’enquête qui vient d’être menée et publiée par la « Société des agrégés » conduisent à s’interroger plus que jamais sur leur place dans les collèges.

Parue ce mois ci sous le titre « Y a-t-il un ‘’malaise enseignant’’ ?, » l’étude met en évidence que « plus les professeurs ( agrégés ) sont jeunes, plus leur vocation est déçue ». Ainsi, plus de 40% des jeunes professeurs agrégés ( moins de 5 ans d’ancienneté ) s’estiment déçus. Aucun  d’entre eux  ne s’est déclaré content de sa progression de carrière ( p.30 ).
Les rédacteurs de cette étude soulignent leur « grande déception d’avoir été trop souvent affectés en collège, situation à laquelle, au vu des textes réglementaires, ils ne devraient pas être confrontés », tout en prenant soin de faire valoir qu’ « en refusant le collège, les agrégés ne défendent pas un privilège acquis : ils disent simplement l’impossibilité de tisser avec leur auditoire les liens de complicité intellectuelle auxquels leurs études les avaient préparés et sans lesquels ils ne voient pas de bonheur d’enseigner possible » ( p.28 ).
Dans ces conditions, on ne devrait pas s’étonner outre mesure que parmi les réponses (p. 46 ) portant sur les reconversions de carrière qu’ils pourraient envisager ( et alors même que cette possibilité n’était pas particulièrement mentionnée dans le questionnaire), le tiers d’entre elles sont orientées vers l’enseignement supérieur ( 87% en université, et 13% en IUT, IUFM ou classes préparatoires ).

Cela devrait conforter ce que disait déjà sur ‘’Educpros’’ Claude Thélot dans son billet du 15 mars ( « Repenser les fonctions des agrégés » ) : « Outre qu’il n’est pas sûr que les agrégés enseignent systématiquement mieux que les certifiés dans les collèges, le décalage entre leurs études et leur enseignement est ici trop grand. L’investissement de la collectivité dans leur formation ne s’y ‘’retrouve’’ pas. L’Etat employeur devrait donc clairement dire  que les agrégés doivent enseigner dans les lycées et les universités et pas ailleurs, et que les certifiés doivent enseigner dans les lycées et collèges, et pas ailleurs. Sans modifier les situations existantes, mais pour l’avenir, y compris immédiat, cela conduirait à ne plus recruter d’agrégés au collège, à lier étroitement pour un professeur exerçant en collège le fait d’être reçu à l’agrégation interne et le fait de changer de niveau d’enseignement, à ne plus recruter de PRCE en université, et à développer le nombre de PRAG à l’université »
Ainsi soit-il.

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7 Responses to “Agrégation: le ”blues” des jeunes agrégés”

  1. jean-françois marillier Says:

    Agrégé, j’ai enseigné en collège et y ai fait d’excellentes expériences pédagogiques. Il serait intéressant de conduire la même enquête avec les jeunes certifiés. Quant au niveau de formation, il n’est pas fondamentalement différent. L’écart réside plutôt dans l’esprit du concours, légèrement moins scolaire dans le cas de l’agrégation. Sauf si l’on isole les agrégés normaliens, frustrés de se retrouver face à des fonctions qu’ils peuvent juger dévalorisantes après une formation qui devait faire d’eux l’élite du système universitaire.
    A l’autre bout de la chaîne, c’est méconnaître la finalité des universités que de vouloir les bourrer d’agrégés, enseignants non-chercheurs: la préparation à l’agrégation des lycées n’est elle-même pas à la pointe de la science, car elle doit être cohérente avec le concours, lui-même plutôt conservateur. Faire travailler 40 ans et plus des enseignants qui en resteront pour la plupart d’entre eux à leurs acquis d’étudiants dans une institution censée former des cadres au plus près des savoirs actuels est une contradiction qui trouve sa résolution dans l’économie: un agrégé assure le double d’heures d’un enseignant-chercheur.

  2. Wintrebert Says:

    Cette enquête pose des problèmes méthodologiques qui rendent ses interprétations assez délicates… Je me permets de vous renvoyer vers mon billet de blog :
    http://www.ob-jet.fr/blog/quoi-sert-un-agrege
    Bien cordialement,
    Raphael Wintrebert

  3. lass Says:

    oui sauf qu’il faut aussi laisser les diplômés(ées)aller où ils/elles veulent…Pour agrégés en collège non… pour ceux qui ne le veulent pas et la première année 10h de cours pour s’adapter après un concours aussi sélectif faut pas s’étonner que beaucoup n’acceptent pas leur sort dans des locaux pourris et des horizons de carrière bouchés

  4. Laurenti Says:

    Vous croyez donc que les certifiés sont tous moins diplômés que les agrégés et qu’ils vivent bien la dénaturation et la dégradation de la fonction enseignante en collège ? Réveillez vous

  5. Pour en finir avec l’agrégation, le CAPES, et accessoirement aussi avec la philosophie (au lycée) | Morbleu ! Says:

    [...] niveau est inférieur à celui des classes terminales, il peut en effet arriver que, par exemple, un agrégé de lettres modernes se retrouve en collège face à des classes de sixième, à essayer d’expliquer qu’un costume d’apparat ne désigne pas les vêtements du [...]

  6. Laura Schneilin Says:

    J’avoue, 1er poste après agreg, Master, formation IUFM où j’ai bien fait le mémoire que les agrégés ne sont pas supposés rédiger: LPO au fin fond de la banlieue parisienne avec classes de BT-bâtiment, donc, certes, arrêt maladie et poste au CNED de Vanves.

  7. Costume sur mesure Says:

    Tant d’efforts pour en arriver là c’est dommage.
    Il faut réellement changer le système de formation et de sélection de nos futurs enseignants

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