Le blog de Claude Lelievre

La licence: comment résoudre un problème qui perdure?

Cela fait très longtemps que les taux d’obtention de la licence sont faibles. Et la dernière note d’information publiée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche confirme l’étendue du problème. Propositions de la dernière conférence des présidents d’université.

« Les résultats aux examens des trois dernières années montrent qu’à Paris 23% seulement des étudiants en lettres arrivent à obtenir leur licence trois ans après le baccalauréat ( dont le taux de réussite ne dépasse pas 60% des présentés ). 35% d’entre eux obtiennent leur licence en quatre ans, 22% en cinq ans et 10% en six ans » ( « Le Monde » du 6 octobre 1959 ).
Quelques années plus tard, en novembre 1967, le ministre de l’Education nationale Alain Peyrefitte se montre très préoccupé par les résultats en licence des universités françaises comparés, par exemple, à ceux de Grande Bretagne : avec deux fois plus d’étudiants, il y aurait deux fois moins de diplômés : « Tout se passe comme si l’université organisait un naufrage pour repérer les nageurs qui échapperont à la noyade ».

La récente note d’information ( 11-08 ) indique ( à partir de l’étude d’un groupe de 12000 lycéens ayant obtenu le baccalauréat en 2008 et inscrits en première année de licence ) que « les filières universitaires ouvertes à tous les bacheliers qui souhaitent s’y inscrire, quel que soit leur cursus antérieur, sont aussi celles où le taux de passage en deuxième année est le moins élevé ».
Seulement « 52% des bacheliers inscrits en L1 se retrouvent en L2 l’année suivante ». On notera en particulier que « seul un bachelier technologique ou professionnel sur cinq passe le cap de la première année » alors que « six bacheliers généraux sur dix accèdent en deuxième année à la rentrée suivante » ( ce qui est certes nettement mieux, mais qui correspond quand même à un taux d’échec qui reste assez élevé ).

L’étude menée confirme «  l’importance du parcours scolaire antérieur dans l’issue de la première année : les bacheliers technologiques surtout, mais aussi les bacheliers L ont une probabilité moins forte d’être inscrits en L2 que les bacheliers ES ou S ».
Mais la formation suivie en première année de licence joue aussi « un rôle important : à caractéristiques constantes, c’est en droit et, dans une moindre mesure, en langues que le passage en deuxième année est le plus difficile. Par ailleurs, être inscrit dans une université d’Ile-de-France constitue un atout important, sans doute en raison de l’abondance de l’offre de formations proposée aux nouveaux bacheliers qui leur permet un meilleur choix » ( source de motivations positives, comme le montre par ailleurs l’étude menée ).

Dans ce contexte, on peut remarquer que le colloque annuel de la conférence des présidents d’université qui s’est achevé vendredi dernier a fait cette année la part belle au premier cycle universitaire ( sous le titre : « Une ambition : la licence » ).
Daniel Filâtre, responsable de la commission Pédagogie au sein de la Conférence a souhaité « une ambition et des exigences nouvelles » : « Comme nous avons su mettre en place des équipes de recherche, il nous faut des équipes pédagogiques avec un mode d’organisation spécifique , pour la licence », a-t-il notamment déclaré. Acceptons-en l’augure.
Par ailleurs, la Conférence des présidents d’université a également réclamé «  des moyens très conséquents et de nouvelles règles pour inciter les universités à investir dans la licence ».
On peut noter en effet que les écarts de dépenses publiques restent très importants entre un étudiant en licence ( 8000 euros environ par an ) et un étudiant en BTS ( 14000 euros ) ou en classe préparatoire ( 15000 euros ), alors même ( paradoxalement ) que le premier n’est nullement sélectionné alors que l’autre l’est ( sur dossier )…

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Commentaires (11)

  1. N. Holzschuch

    « six bacheliers généraux sur six » ?

  2. pdubois

    Interrogation sur la licence : je la partage. Comment résoudre un vieux problème ? Je crains que Daniel Filâtre n’ait parlé pour ne rien dire : des équipes pédagogiques en licence ? Composées de qui? de PRAG, de PRCE, d’ATER, de doctorants, de vacataires et de MCF qui ne font pas de recherche ? Ces équipes pédagogiques, préconisées de longue date, n’existent pas et n’existeront pas, même à « coûts » de primes d’excellence pédagogique. Augmenter les moyens ? Bien sûr, mais il est tellement facile de les gaspiller. 750 millions d’euros pour le plan « réussite en licence » et aucun résultat tangible !
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2011/05/16/reussite-en-licence-cest-mal-parti/

    A vrai dire, les filières sélectives ne vont pas tellement mieux que le cycle Licence
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2011/05/17/echecs-des-filieres-selectives/

    Alors quelle réforme ? Le programme que le PS va formaliser demain n’a aucune ambition. Et faire piloter la réforme PS par Christian Forestier et Daniel Filâtre, qui n’enseignent plus depuis des lustres et qui ont un dossier de recherche très faible est à pleurer. Je désespère ! bien cordialement

  3. bwaymel

    Le baccalauréat est très dévalorisé. IL y a deux solutions : soit revaloriser ce bac ce qui entrainera automatiquement une baisse des taux de réussite, soit laisser l’Université sélectionner comme le font déjà les classes prépa, les IUT, les STS et de nombreuses autres écoles.
    Faut-il payer des professeurs de lycée pour remettre à niveau avant le bac ou des universitaires pour enseigner en L1 à des étudiants qui ne passeront pas en L2 ?

  4. Manuel

    La question de la licence est passionnante. Si les conditions pédagogiques de réussite et d’apprentissage doivent sans aucun doute être repensés, il est primordial que l’université s’interroge sur ce que ce niveau d’étude représente pour elle (et pour ses enseignants-chercheurs…) . De cette réflexion dépend pour beaucoup la perception qu’étudiants et familles auront de ce premier cycle et des universités. C’est une des conditions pour transformer un choix souvent par défaut en réelle motivation et …réussite.

  5. hawai79

    la sélection est contraire à ce que nous souhaitons de l’enseignement, on ne va pas laisser les gens sur le bord car ils ne sont pris nulle part, après un autre problème vient que les enseignants de lycée donnent une mauvaise image de la fac mais l’enseignement est de très grande qualité dans certaines filières (aes, droit…). et pourquoi les élèves abandonnent? quand on voit certains travailler dans la restauration rapide, qui n’ont plus le temps de faire le travail à la maison, ils suivent les cours pas d’inquiétude mais au niveau de la concentration ce n’est pas le mieux, laissons les en paix ces étudiants; il faut leur donner les conditions optimales pour être à 100% dans les études, le problème de l’argent si les parents ne peuvent pas aider, ils sont obligés de se débrouiller eux-mêmes. Moi j’ai dans l’idée de proposer des alternatives au logement en proposant des conteneurs dans toutes les villes étudiantes, quite à ne pas satisfaire les propriétaires de studio et autres, permettre aux étudiants d’avoir de la nourriture à prix discount (conserves, pâtes) achetée à grande quantité et distribuée sous forme de panier hebdomadaire. dsl pour ceux qui me liront j’ai mis mes idées en blocs.

  6. Dan

    On peut noter en effet que les écarts de dépenses publiques restent très importants entre un étudiant en licence ( 8000 euros environ par an ) et un étudiant en BTS ( 14000 euros ) ou en classe préparatoire ( 15000 euros ), alors même ( paradoxalement ) que le premier n’est nullement sélectionné alors que l’autre l’est ( sur dossier )…
    ces moyennes ne veulent rigoureusement rien dire. Il est raisonnable de penser que le coût d’une formation en lettres, avec des horaires de travail et de cours très faibles est évidemment inférieur au coût d’une formation en sciences,en CPGE, avec des horaires de travail doubles de ceux d’une formation littéraire, et avec des laboratoires de physique et chimie. Par ailleurs, 90 % des élèves de CPGE intègrent une école d’ingénieurs. Il faut calculer le coût de la scolarité par discipline, et en fonction du coût du diplômé au bout des 5 années. Compte tenu de l’échec en licence, il est vraisemblable que l’étudiant en licence coûte plus cher que étudiant en CPGE ou en DUT.

  7. Fournier

    D’après les chiffrres du MESR,24% des bacheliers S s’inscrivaient en licence scientifique en 1996. En 2008 le pourcentage est tombé à 11%. en extrapolant, il n’y a plus de bacheliers S en licences scientifiques dans 10 ans. Le problème sera alors résolu.

  8. BEABA

    B- pour réussir en licence il convient de se présenter aux examens et
    A- de s’y confronter! et là les taux de réussite sont identiques à ceux du Bac.
    BA- comment faire pour diminuer le taux de défaillance? là est la question à mon sens!la défaillance recouvre en effet de nombreux aspects dont nous ne sommes pas maîtres: motivationnels (dont le sentiment de déclassement à étudier « à la fac », merci le système de l’enseignement Supérieur en France), conditions de vie, activités alternatives…… et méthodes pédagogiques à rénover mais pas seulement
    BEABA: l’étudiant est non « captif » à l’université.
    De ce fait le diplômé à la carte (université) est certainement plus coûteux que le diplômé au menu (CPGE, IUT,Ecoles grandes ou petites…)
    Et c’est tout le bonheur d’un enseignant et l’honneur de l’université d’amener des étudiants « non captifs » à être captivés par leurs études.

  9. Styrene

    La licence des années 1950 était constituée d’une propédeutique et de deux années pendant lesquelles il fallait obtenir un nombre fixé de certificats indépendants. Elle permettait l’accès au 3e cycle. Il était notoire que la réussite à la « propé » en une année était difficile. Si on regarde les chiffres donnés ci-dessus, on constate que 58% des candidats réussissaient en 4 ans. C’est ce constat qui a induit la création d’un premier cycle en 2 ans, suivi de la maîtrise en 4 ans (réforme Fouchet). Pendant quelques années, la licence a alors disparu du paysage (au tournant des années 1970), avant de réapparaitre comme 1ère année de la maîtrise. Depuis, le LMD a fait de la licence le diplôme de fin de 1er cycle. Il ne s’agit donc pas tout à fait du même diplôme que dans les années 1950.
    Il faut se souvenir aussi qu’il existait à l’époque 2 parties au bac, la réussite à la 1ère partie conditionnant l’accès en terminale. Les bacheliers n’étaient donc pas tout à fait les mêmes non plus.
    Il ne s’agit pas ici de regretter le « bon vieux temps » qui n’était pas si bon que cela. Il s’agit juste d’un rappel des épisodes passés.
    Enfin, je voudrais rappeler aussi que de nombreux étudiants travaillaient déjà à côté de leurs études (comme « pions » par exemple).

  10. Dorian McILROY

    bwaymel a tout à fait raison.

    Les deux solutions proposées sont en effet très simples, mais je n’ai aucun espoir de les voir appliquées. Je crains plutôt que je serai condamné ad vitam eternam à essayer de ramener à un niveau licence des étudiants qui ne sont pas capables d’utiliser « on » et « ont » correctement (niveau CE2, selon le Bescherelle de ma fille).

  11. sebastien couret

    Remerciement pour cet article, je suis sur que tout le monde aime ton article

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