Le blog de Claude Lelievre

 » La joie à l’Ecole »

Georges Snyders vient de nous quitter. Il avait beaucoup surpris ceux qui ne faisaient pas partie de son entourage proche en publiant en 1986, aux PUF, un ouvrage au titre perçu comme quasiment provocateur : « La joie à l’Ecole ».

Après avoir été élève de l’Ecole normale supérieure d’Ulm et avoir connu la terrible expérience de la déportation dans le camp d’Auschwitz, Georges Snyders a obtenu l’agrégation de philosophie qu’il a enseignée notamment en « Khâgne » à Marseille et à Lille, ou comme assistant à l’université de Lyon. En 1967, lors de la création du département de sciences de l’éducation à la Sorbonne, il est devenu professeur en philosophie de l’éducation.
Le 30 avril dernier, le parti communiste français lui avait fait l’amitié de marquer son 94ème anniversaire au siège du PCF, place du colonel Fabien. Je n’avais pu m’y rendre ( étant retenu dans l’île de la Réunion par un engagement pris de longue date ), mais Gorges Snyders a eu la délicatesse de m’envoyer l’exposé qu’il avait fait à cette occasion ( j’ai soutenu mes deux thèses sous sa direction ; et je suis le seul de ses doctorants – par ailleurs nombreux – qui est dans ce cas ) . En hommage, je retranscris ici quelques courts passages de cette intervention ultime.

« L’enseignant progressiste et la joie culturelle présente. Tout enseignant sait qu’une tâche essentielle de l’école est de préparer les élèves à leur avenir, les former pour l’avenir […]. Mais il sait aussi que l’école est le lieu où les jeunes passent ‘’les plus belles années’’ de leur vie […]. L’enseignant progressiste affirme que l’école ne parvient à la légitimité que si le jeune la ressent comme un espace-temps de joie présente – et non pas comme indéfiniment retardée, encore moins comme un monde d’ennui, étranger à ses préoccupations propres. A chaque étape de la jeunesse, apporter aux élèves ce dont ils ont besoin à ce moment, pour se sentir plus heureux. Le domaine de l’école, c’est avant tout la culture – et la joie que la culture peut apporter. Le summum de la joie culturelle est atteint dans ce que je ne crains pas d’appeler l’amour des chefs-d’œuvre [ « les chefs d’œuvre techniques » ; « les chefs d’œuvre  scientifiques » ; « les chefs d’œuvre historiques et géographiques » ; « les chefs d’œuvre littéraires », « les chefs d’œuvre musicaux »… ]
« L’enseignant progressiste a conscience du risque d’élitisme dans une telle démarche : nous savons bien que l’accès aux chefs d’œuvre est plutôt le lot des élèves ‘’forts’’, et nous savons aussi que ceux-ci, dans leur ensemble, proviennent souvent des classes favorisées.  Mais, dans l’effort si complexe pour lutter contre l’échec, je suis persuadé qu’un des moteurs le plus puissant pour que les ‘’faibles’’, les découragés, se lancent dans ces efforts qu’on ne cesse de leur réclamer, ce serait qu’ils constatent qu’un certain nombre de leurs camarades profite de joies spécifiques aux chefs-d’œuvre et j’espère qu’ils voudront en avoir leur part ».

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Commentaires (3)

  1. Meroth

    La belle notion de « joie » est en effet essentielle aux apprentissages, et Freinet l’avait bien compris. Je pense important et intéressant que les conseillers des politiques en matière d’éducation s’intéressent aussi à ces aspects. Puissions-nous avoir de beaux programmes en matière éducative, ambitieux, innovants, capables de mobiliser les enseignants mais aussi toute la communauté éducative, (parents, élus locaux…)

  2. Pedro Cordoba

    Très belles phrases de Snyders. Merci

  3. Antonella Verdiani

    Bonjour,
    je suis chercheuse en sciences de l’éducation (UNESCO, CIRPP, etc.) et mon travail de thèse avait pour titre « Education à la joie: un exemple d’éducation intégrale dans les écoles d’Auroville, Inde ». J’ai lu Snyders qui a été de grande inspiration pour mon travail, bien que je m’en sois détachée pour plusieurs motifs. A ce sujet, j’aimerais vous transmettre un article « Eduquer à la joie » que j’ai publié dans un livre collectif (vous pourrez le trouver également sur mon blog dans les publications anciennes) et recevoir vos commentaires! Bien à vous, Antonella Verdiani

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