Le blog de Claude Lelievre

La filière classique en déshérence?

La filière classique accumule les mauvaises nouvelles. La proportion d’admissibles par rapport aux postes offerts au concours du CAPES externe de Lettres classiques de 2012 est de 0,54 ( contre ‘’seulement’’ 0, 57 en 2011 ). La déperdition de postes non pourvus va donc se poursuivre et s’amplifier cette année ( 170 postes offerts en 2012 contre 185 l’année précédente, où n’avaient été finalement reçus que 77 candidats… ). Et on voit pointer la perspective de la suppression de dispositifs universitaires de lettres classiques, comme à Rennes par exemple.
Ci-joint des extraits de la longue lettre ouverte envoyée par le président de l’ARELA ( association régionale d’enseignants de langues anciennes ) de Bretagne

Benoît JEANJEAN
Président de l’ARELA BRETAGNE
Professeur de Latin à l’UBO
à M. Jean Emile GOMBERT
Président de l’Université Rennes 2, Haute Bretagne
Copies à :
M. Laurent Wauquier, Ministre de l’Enseignement et de la Recherche
M. Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale
M. Philippe Le Guillou, Doyen de l’Inspection générale, groupe Lettres
M. Alexandre Steyer, Recteur de l’Académie de Rennes
M. Daniel Delaveau, Maire de Rennes
M. Jean-Yves Le Drian, Président de la Région Bretagne
M. Bernard Pouliquen, Vice Président de la région Bretagne, chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche
M. Jean-Louis Tourenne, Président du Conseil général d’Ille et Vilaine
Rédaction du Télégramme et de Ouest-France

Silence, on ferme !

Monsieur le Président,

L’université que vous avez l’honneur et la charge de présider envisage de fermer sa filière de formation Lettres, spécialité Lettres classiques. La raison précise de cette fermeture ne m’a pas été communiquée, mais il n’est pas difficile de comprendre qu’elle repose uniquement sur le nombre limité des étudiants qui choisissent cette spécialité et, par conséquent, sur le coût jugé excessif de cette formation. Toute autre raison serait d’ailleurs intellectuellement irrecevable. Je me permets, au nom de L’ARELA Bretagne que j’ai l’honneur et le plaisir de présider, de m’adresser à vous dans une lettre ouverte, pour vous exprimer la profonde incompréhension qu’une telle décision suscite chez tous ceux qui attachent quelque valeur à une culture littéraire authentique […].
Comment continuer à affirmer, dans votre guide de présentation de Rennes 2, que votre université se veut « à la fois fidèle à sa tradition et résolument tournée vers l’avenir » , alors qu’elle s’apprête à brader une part fondamentale de son héritage ? Comment peut-elle encore se prétendre ouverte sur l’avenir quand elle envisage la fermeture des Lettres classiques à l’heure même où le Ministère de l’éducation nationale organise, sous le titre Langues anciennes, Mondes modernes, deux journées destinées à refonder l’enseignement du latin et du grec  ? Ces langues anciennes ne sont pas des bibelots décoratifs rehaussant l’éclat d’une érudition de parade, elles sont un besoin social et politique de notre monde moderne et de notre société démocratique.
Le petit nombre des étudiants inscrits dans la filière Lettres classiques ne peut être un motif suffisant pour sa fermeture si on le replace dans une perspective plus large. En premier lieu, même à des périodes plus fastes pour les départements de langues anciennes, ce nombre n’a jamais été très élevé, et s’il fallait ne tenir compte que du nombre d’étudiants inscrits dans un cursus pour décider de sa fermeture, il y a bien peu d’universités qui continueraient à proposer des filières de philosophie, d’allemand ou d’italien. En second lieu, la baisse relative des effectifs constatée ces dernières années à l’université n’est en aucun cas la conséquence d’une désaffection pour les langues anciennes (un élève sur cinq choisit cette option au collège). Elle résulte avant tout du statut optionnel de l’enseignement de ces langues au niveau du lycée et des horaires souvent impossibles qu’on leur affecte […]
Toutes ces raisons me poussent, Monsieur le Président, à vous demander solennellement de renoncer à la fermeture de la spécialité Lettres classiques de l’université de Rennes 2, dans l’intérêt de vos étudiants, de vos enseignants-chercheurs, du rayonnement et du prestige de votre université.
Je ne doute pas, Monsieur le Président, que vous avez à cœur d’assumer les responsabilités qui vous incombent avec clairvoyance, et vous prie de croire à l’expression de mes salutations distinguées,

Benoît JEANJEAN

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Commentaires (3)

  1. PR27

    Remplacé par InfoCom dans les UFR de lettres.
    On y apprend la communication-promotion des entreprises, institutions, produits et services, au moyen de powerpoint et d’une langue misérable. La langue de bois y est, elle, complètement vivante !

  2. Selma Berthelot

    D’ailleurs, a propos d’immortel, ll semblerait que le brillant libraire Gégé Collard, qui tient la librairie Griffe Noire, va postuler pour être à l’Académie !. Je pense que cela donnerait un second élan à la noble institution, foi de Saint Maurien. Vous ne trouvez pas

  3. Marines

    ok, c’est ok

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