Le blog de Claude Lelievre

La formation des enseignants selon Hollande-Peillon

Dès le début de son entrée en campagne, François Hollande a tenu à marquer toute l’attention qu’il portait à cette question. Finalement, les contours de ce qu’il envisage avec Vincent Peillon ( le responsable ‘’éducation ‘’ dans son équipe de campagne ) se dessinent peu à peu, même s’il reste encore des ‘’arbitrages’’ à faire et des précisions à apporter ( ce qui ne devrait pas surprendre, puisqu’il s’agit aussi de tenir compte notamment de l’avis des syndicats enseignants, qui peuvent avoir d’ailleurs des avis divergents sur certains points ), en particulier pour ce qui concerne le concours, sa place, sa nature et son moment.

En mai 2011, François Hollande, candidat aux primaires organisées par le PS, souligne ( dans le cadre d’ « un nouveau pacte éducatif pour démocratiser la réussite » ) qu’ « il est indispensable de donner aux enseignants la formation initiale et continue nécessaire au bon exercice de leur fonction, et d’assurer une entrée progressive dans le métier ».

En septembre 2011, il affirme avec vigueur qu’ « il faudra reprendre la question de la formation des enseignants, car ce qui a été fait sur ce plan par le gouvernement relève du vandalisme d’Etat. Après les écoles normales et les IUFM, qui avaient certes leurs défauts, il faut mettre en place une formation professionnelle digne de ce nom ».

Lors de son discours d’Orléans du 9 février 2012 sur « l’Ecole et la Nation », François Hollande donne un nom à ce qui devrait succéder aux « écoles normales » et aux « IUFM » : des « Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation ». Après avoir fait valoir que « les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue des professeurs de grande qualité » et que « l’actuel gouvernement a détruit cette formation pour des raison idéologiques, pour des raisons budgétaires surtout, et aussi pour des raisons d’incompréhension de ce qu’est le métier », François Hollande précise : « Les universités auront la responsabilité de cette formation. Les actuels IUFM se transformeront en Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation. Je souhaite que tous les professeurs, quels que soient leurs niveaux de recrutement, qu’ils se destinent à enseigner en maternelle ou qu’ils se destinent à l’université, partagent un moment de formation commun dans ces écoles supérieures. C’est cela la République ! C’est l’échange entre la théorie et la pratique, la recherche pédagogique, l’expérience et les niveaux de formation. L’année de stage sera rétablie ».

Face à la crise du recrutement, François Hollande préconise notamment qu’il soit « fait en sorte de financer des études longues, avec une filière de prérecrutements pour former des enseignants le plus vite possible, dès la licence, de façon à orienter les vocations et à aider les jeunes à financer leurs études ».

Le 26 févier, Vincent Peillon a ajouté que l’on introduira dans cette formation professionnelle « certains éléments fondamentaux, comme par exemple une sensibilisation à la médecine scolaire, aux situations de crise, à la e-éducation » tout en indiquant que « pour la ‘’proportion’’, tout est en discussion, et cela devrait sans doute dépendre des niveaux ».

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Commentaires (5)

  1. Pedro Cordoba

    Retour à la case départ. On prend les mêmes (ou presque) et on recommence. Comme au temps de la Commission Bancel (1989).

    Où diable Peillon et Hollande pensent-ils placer les concours?

    Avant les nouvelles et merveilleuses « Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation »? La « scolarité » se réduit alors à l’année de stage, ce qui ne change rien à rien (car on ne va quand même pas payer les lauréats pendant deux ou trois ans de formation à l’é-education et autres joyeusetés?)

    Ou bien placeront-ils les concours après ces fameuses écoles? Mais alors on se trouve devant 80% de reçus-collés. Comment pourrait-on financer des établissements publics dont la rentabilité serait aussi faible?

    Face à ce dilemme, la Commission Bancel approuva une motion de type rad-soc. Et elle coupa la poire en deux : le concours serait placé au milieu. Résultat : le désastre des IUFM et leur acharnement à « faire sauter l’obstacle du concours » en milieu de formation.

    Vingt ans plus tard, on en est au même point. A moins que le vrai projet du Parti socialiste, tenu secret en ces temps de campagne électorale, ce soit de faire définitivement « sauter cet obstacle ». En supprimant les concours. Tout comme le projet du député UMP Jacques Grosperrin.

  2. PR27

    @Pedro Corboda : je n’ai pas vraiment la crainte que vous émettez en fin de message. A moins que le PS fasse circuler en son propre sein des documents bidons :). Par contre, et cela n’est pas spécifiquement une question des métiers de l’enseignement, la sélection à l’entrée de M1 plutôt qu’entre M1 et M2 est je suppose actée. Reste t-il encore un syndicat étudiant pour râler ?

  3. JCL

    « Désastre des IUFM » : qu’elle est l’expertise qui permet de dire cela ? Juste des propos de café du commerce sans base solide. Enseignant depuis trente ans, j’ai connu les IUFM de l’intérieur. Tout n’était pas parfait, mais c’était une base extrêmement intéressante par la multitude des regards, des approches : professeurs, maîtres formateurs, directrices d’école d’application, conseillers pédagogiques, stagiaires eux-mêmes… mais le problème était finalement fort simple : une année n’est pas suffisante pour former un bon professeur, et certaines choses ne s’apprennent qu’avec une expérience relativement longue. 10 ans ne sont pas de trop pour qu’on commence à bien comprendre ce qui se passe.
    Faut il 10 ans de formation ? non, évidemment, puisque cette formation passe par le contact avec les élèves. Sans ce contact, on ne comprend rien, on passe à côté des meilleurs enseignements reçus dans les meilleures universités. Alors ? entrée progressive dans le métier, premier stage long, tutorat par ses pairs, formés eux-mêmes, par des personnes extérieurs, temps d’analyse de pratique, de retour méat-cognitif, écriture d’article réflexif, temps de concertation (qui n’existent pas actuellement)… les choses ne sont finalement pas si difficiles à faire, coûteront peut-être plus que les non mesures prises depuis cinq ans, et auront nécessairement des résultats.
    Les pédagogistes ont raison, et doivent pouvoir exister. Pourquoi mon garagiste utilisent il des mots abscons que je ne comprends pas pour me parler de ma voiture, et moi non ? L’enseignement est une expertise, un métier difficile car travaillant avec et sur l’humain. Il est temps de former les gens, lentement, calmement.

  4. Pedro Cordoba

    @PR27
    L’UNEF devra en effet accepter un jour que la coupure se situe désormais entre la licence et le master. Mais cela ne change rien à l’incompatibilité entre ces « écoles du professorat » et les concours. Si le PS n’en est pas conscient, c’est que ses responsables se fient aux « experts » et ne réfléchissent pas par eux-mêmes. Or ces experts de l’expertise et autres professionnels de la professionnalisation, en l’occurrence la CDIUFM et ses « 22 propositions », ont l’art de dissimuler les problèmes pour conforter leur pouvoir. Il faudrait se convaincre une fois pour toutes qu’on ne peut pas hybrider le système consécutif inhérent aux concours et le système par alternance propre aux « educational schools ». Pas plus qu’on ne peut hybrider des poissons et des chimpanzés. Cela donne des monstres non-viables.

    C’est en ce sens que je parlais du « désastre des IUFM » :
    – jusqu’à 80% d’exclus des préparations au CRPE : monstrueuse injustice dont les victimes ont constitué un marché pour les boites privées du type Formaprof, lesquelles n’existaient pas avant la funeste invention des IUFM

    – un effet d’arroseur arrosé pour les coupables : les IUFM ont vu leurs parts dans le marché de la réussite décroître au rythme d’un point par an. Car moins de candidats, c’est moins de lauréats. Au bout de 20 ans, le résultat est catastrophique. Et cela aurait été bien pire sans la baisse récente du nombre total de candidats.

    Ce sera exactement la même chose avec les « écoles supérieures » promises par Hollande. Car dans le cadre de ces « écoles d’éducation » (peu importe le nom qu’on leur donne), il n’y a aucun espace possible pour le concours : ni avant, ni au milieu, ni après. Quelle que soit la place choisie, il y a accumulation d’effets pervers dont témoigne la calamiteuse histoire des IUFM. La seule solution si l’on tient vraiment à ce type de formation, c’est donc la suppression des concours. La CDIUFM le dit désormais à demi mot et de façon hypocrite. Le PS, lui, ne comprend même pas les implications de ses propres choix ni les conséquences inéluctables de ses propositions.

    PS : Petit complémente @ l’intention de JCL : Lorsque Foucault qualifia les délires de l’expertise de « grotesque contemporain » et assimila les « experts » aux « empereurs fous » du Bas Empire romain, sans doute confondait-il le Collège de France avec le Café du Commerce.

  5. PR27

    @Pedro Cordoba : merci de votre réponse détailléee. Suppression des concours ou supression des concours « collectifs » sur épreuves, qu’on pourrait remplacer par des concours analogues aux concours d’enseignants-chercheurs ? (je n’ose imaginer le cauchemar pour organiser les comités de sélection locaux, les difficultés à distinguer la qualité des candidatures,…)

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