Le blog de Claude Lelievre

 »Le » baccalauréat de Nicolas Sarkozy

Est-ce parce que nous ne sommes pas encore au moment fort du marronnier de la fin juin ? En tout cas, la grande presse ne s’est guère jusqu’alors intéressée  à ce qu’a dit Nicolas Sarkozy sur le baccalauréat à la fin de son discours de Montpellier sur l’éducation. Bien à tort, si l’on pense que ce n’est pas une simple ‘’posture’’, et que l’on doit faire attention aux propos précis qu’il a tenus.

« J’ai acquis la conviction que supprimer le bac serait une erreur. Mais pour qu’il demeure, il faut que l’on s’accorde sur la signification qu’on lui donne. Je le dis comme je le pense, abaisser sans cesse le niveau du bac, c’est le condamner et ouvrir la voie à la sélection à l’entrée à l’université. En le dévalorisant, on n’a rendu service à personne. Le baccalauréat doit être la mesure de la capacité à suivre un enseignement supérieur. Le baccalauréat, pour garder une valeur, doit refléter une exigence plus élevée. Moins d’options, moins d’épreuves facultatives, des notes éliminatoires dans les disciplines fondamentales, plus de place accordée au contrôle continu, un tronc commun plus important pourraient constituer les axes d’une réforme ».

Si les mots ont un sens, cet ensemble de propositions ignore ( voire méprise ) superbement l’existence de trois types de baccalauréats ( ‘’généraux’’, ‘’technologiques’’, professionnels’’ ) au profit d’un seul ‘’le’’ baccalauréat général.

Et, même vis à vis des baccalauréats généraux, l’orientation envisagée par Nicolas Sarkozy est en rupture avec les tentatives anciennes ( privilégiant les ‘’spécialisations’’ ) de mettre de l’ordre dans la tension grandissante entre les baccalauréats  (‘’généraux’’ ) en tant qu’examens ( de fait ) de l’enseignement secondaire d’une part,  et en tant qu’examens ( de droit ) d’entrée dans le supérieur d’autre part ( une singularité bien française, datant d’ailleurs non pas de la République, mais de l’Empire ).

Un peu avant les événements de mai 68 ( et cela n’a pas été pour rien dans leur déclenchement ) le conseil des ministres du 24 avril 1968 traite des mesures envisagées pour « contrôler et normaliser la croissance des effectifs des étudiants : pas de sélection malthusienne, mais orientation, grâce à la diversification des voies » ( il faut savoir que de 1968 à 1967 le pourcentage d’une classe d’âge obtenant un baccalauréat général avait doublé, passant de 10% à 20%. On en est à 35% depuis une bonne quinzaine d’année aujourd’hui ). « L’inscription automatique interviendra, dans la voie choisie, pour la moitié environ ; ou les deux tiers des bacheliers, soit : ceux qui ont obtenu une mention ; plus ceux qui ont obtenu 12 sur 20 dans les disciplines fondamentales de la voie choisie. Pour les autres, le droit à l’inscription ne sera pas automatique ». Cette réforme ne verra pas le jour.

Même type de tentative ( ou presque ) avec la réforme dite ‘’Devaquet’’. Dans sa déclaration de politique générale du 9 avril 1986 devant l’Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre Jacques Chirac déclare que « dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée – au moment de la sélection des étudiants –, qu’à la sortie – au moment de la délivrance des diplômes ». Finalement, le texte du gouvernement soumis fin juin 1986 au Conseil d’Etat indique que « le premier cycle est ouvert aux titulaires du baccalauréat » ( alors que le projet personnel de Devaquet précisait que « le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat » ). Par ailleurs, alors que le projet personnel de Devaquet soulignait que le recteur devait proposer aux étudiants qui n’auraient pas pu s’inscrire dans la formation de leurs choix « une inscription dans l’académie d’origine ou , à défaut, dans la région » ; et si possible – avait précisé le ministre – dans un domaine proche, le texte soumis au Conseil d’Etat est beaucoup plus incertain : « En cas de nécessité, le recteur propose aux candidats des possibilités d’inscription dans les formations post-secondaires ». On sait ce qu’il adviendra de cette réforme.

Mais on ne sait pas ce que va nous réserver cette élection présidentielle. Finalement – comme on dit – l’Histoire tranchera…

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