Le blog de Claude Lelievre

La  »féminisation » du corps enseignant: un problème?

Il est devenu ( dans certains milieux  ) de bon ton de se lamenter sur la ‘’féminisation’’ du corps enseignant qui empêcherait que certains élèves ( notamment nombre de garçons ) puissent avoir les bons repères nécessaires, des figures d’identification ou d’autorité positives et fermes.

Mais il y a d’abord lieu de noter que le taux des femmes dans le supérieur reste nettement inférieur à celui des hommes ( 34%.. ) ; et que, s’il l’emporte certes dans le secondaire ( 57% de femmes ), il est loin être largement dominant ( d’autant qu’il est d’ailleurs  assez diversifié et partagé selon les disciplines, avec parfois même une tendance à la baisse ).
Si l’on compare à une ‘’génération’’ près ( en rapprochant les statistiques de 2011 de celles de 1988 ), on peut constater que le taux global de féminisation dans le secondaire public n’a presque pas bougé en 22 ans ( 57% de femmes en 2001 contre 55% en 1989 ). Pour les disciplines générales, le taux de femmes est resté le plus faible ( et constant depuis 1989 ) en philosophie : 39%. En langues, il a légèrement augmenté de 1989 à 2011 ( passant de 76% à 83% ). En revanche, le taux de femmes a baissé légèrement en mathématiques ( passant de 52% en 1989 à 46% en 2011 ) et en physique-chimie ( de 47% à 42% ).

En réalité, le seul secteur où l’on peut véritablement parler de ‘’féminisation’’ dans le corps enseignant public est celui du primaire. Nous en sommes à un taux de femmes de  82% en 2011, contre 74% en 1989 ( et 70% en 1960  ou 65% en 1930, etc..). C’est une ‘’partition’’ qui vient de loin et dont l’amplification a été pour l’essentiel assez régulière.
Une curiosité ( pour nous ) : les grands fondateurs de l’Ecole républicaine semblent l’avoir d’ailleurs plus souhaitée que crainte ( contrairement à certains de nos modernes commentateurs voire imprécateurs ), à l’instar – par exemple – de Jules Ferry : « Messieurs, je suis profondément convaincu, quant à moi, de la supériorité naturelle de la femme en matière d’enseignement : cette supériorité, croyez -le bien, se démontrera plus clairement de jour en jour. Il y a des pères qui sont capables de montrer la tendresse, le dévouement, la délicatesse d’une mère. Il y a les pédagogues qui peuvent avoir, et les grands pédagogues ont tous en eux, quelque chose de maternel. Mais enfin la loi générale, c’est que le sentiment maternel est le plus profond ressort de l’éducation ; c’est que l’épouse, la mère qui se fait enseignante, apporte à l’éducation les conseils et les révélations de sa propre et précieuse expérience » ( Discours de Ferry au congrès pédagogique des instituteurs du 19 avril 1881 ).

Be Sociable, Share!

Commentaires (4)

  1. thomas

    Bonsoir,

    je trouve la citation de Ferry très choquante et totalement désuète !

    Sur cette question au niveau du primaire, l’enjeu n’est pas à mon sens de savoir qui des hommes ou des femmes sont les + compétents pour enseigner. Il est plutôt d’assurer une réelle égalité d’accès à l’enseignement pour les deux sexes.

    Evidemment cette égalité d’accès existe formellement, mais la réalité est plus nuancée quand on voit la surféminisation des formations IUFM et les représentations sociales sur la profession (pour beaucoup de gens, un instit est forcément une « maîtresse »)

    Thomas (étudiant IUFM…)

  2. claudelelievre (Auteur de l'article)

    Oui, bien sûr. J’ai d’ailleurs écrit deux livres ( en collaboration avec mon épouse qui était à l’époque « déléguée régionale aux droits des femmes en Picardie » )allant dans ce sens: « Histoire de la scolarisation des filles » ( Nathan,1991 )et « L’histoire des femmes publiques contée aux enfants » ( PUF, 2001 ).

  3. Jacques Tondreau

    Je vous invite à lire le « Mythe no 3 » de cette petite brochure, on y trouve des réponses à cette question de la féminisation de l’éducation.

    http://www.csq.qc.net/sites/1676/documents/accueil/decrochage-reussite-scolaires-garcons.pdf

  4. François

    Les statistiques de la DEPP indiquent que le pourcentage d’élèves qui quittent le système éducatif sans aucun diplôme ou avec un simple brevet est de 23% chez les garçons contre 12% chez les filles, ce qui est l’indice d’un énorme problème.
    Y aurait-il un lien avec la féminisation du corps enseignant, surtout dans le primaire ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.