Le blog de Claude Lelievre

Que veut-on faire du bachot?

C’est la question que posait déjà de façon abrupte Georges Pompidou ( avant Nicolas Sarkozy et son fidèle héraut Luc Chatel ) il y a plus de 40 ans, dans un discours à Albi en avril 1970.

« Que veut-on faire du bachot ? Ou bien c’est un examen d’enseignement supérieur qui vous ouvre toutes grandes les portes des facultés, qui vous donne un droit de poursuivre des études, alors il faut qu’il constitue une sélection. Je n’ai pas peur du mot. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas laisser aller vers des études prolongées des gens qui n’ont pas subi la préformation indispensable et nécessaire.[…]. Si par contre on considère que l’enseignement supérieur doit assurer lui-même son recrutement, eh bien alors le baccalauréat peut devenir un simple certificat stipulant que vous avez fait convenablement des études secondaires sans plus, et que vous ne vous dirigez pas obligatoirement vers des études prolongées
».

Trois ans plus tard, le 16 janvier 1974, un conseil des ministres présidé par Georges Pompidou prend connaissance d’un projet de loi sur l’enseignement où le baccalauréat est dûment évoqué. Un communiqué annonce que, « afin de valoriser la fonction d’orientation du baccalauréat, celui-ci sera modifié selon un type qui rappellera le système britannique ». Il est précisé que le diplôme sera attribué aux lycéens s’ils obtiennent une moyenne générale aux épreuves, mais que l’accès à l’enseignement supérieur ne sera ouvert qu’à ceux qui auront obtenu un certain niveau dans les matières où ils veulent se spécialiser. La décision ne sera jamais appliquée : Georges Pompidou meurt moins de trois mois plus tard.

Sur un registre plus léger, on notera quand même in fine le comportement de Georges Pompidou lorsqu’il  a passé lui-même le baccalauréat.
Sa classe de philosophie était mixte. Parmi les lycéennes se trouvait une Parisienne venue se rattraper en province de son échec au baccalauréat de l’année précédente. « Georges  Pompidou est violemment ému […]. Vient l’épreuve du philosophie. De son banc, à vingt mètres de lui, la Parisienne lance vers le brillant philosophe des regards désespérés. Sur une feuille de brouillon rose, il jette, d’une écriture serrée, des notions sur l’un des sujets, la roule en boule. Tout dépend maintenant d’un exercice balistique […]. La Parisienne obtient une note inattendue en philosophie. Gorges, qui avait rédigé deux dissertations, l’une à son propre usage, l’autre pour elle, est reçu sans mention : « j’ai eu juste deux heures pour traiter un autre sujet pour mon compte : pas de temps pour fignoler » ( rapporté par Merry Bromberger, « Le Destin secret de Georges Pompidou », Fayard, 1969 ).

A gauche, un autre président de la République – François Mitterrand – a beaucoup souffert lors de l’oral du baccalauréat. « L’oral de mon premier bac hante encore parfois mes rêves. Je me vois face à l’examinateur, dans cette salle de la faculté des lettres de Poitiers, aux bonnes odeurs de poussière d’été. Les mots dansaient dans ma tête et restaient au niveau du larynx. Et le peu qui en sortait échappait aux normes grammaticales. Sale affaire. Cet examen, faute d’avoir émis un son clairement articulé, je ne cesse pas de le passer » ( « La paille et le grain », François Mitterrand )

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Commentaire (1)

  1. axel couret

    cc, cela fait longtemps que je regarde ton site internet.

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