Le blog de Claude Lelievre

Marie Curie et Jules Ferry: le choix de François Hollande

Le nouveau chef de l’Etat va entamer son quinquennat mardi prochain après-midi par deux gestes symboliques : dépôt d’une gerbe au pied de la statue de Jules Ferry au jardin des Tuileries, et hommage à Marie Curie à l’Institut Marie Curie.

On peut remarquer que ces deux figures font partie de la geste historique destinée aux enfants de France puisqu’elles se trouvent toutes deux parmi la liste des 22 personnages  considérés comme « constitutifs d’une culture et d’une conscience nationale » dans les programmes de 1995 pour l’école élémentaire signés du ministre de l’Education nationale de l’époque François Bayrou.
Et ce choix a été en quelque sorte entériné  par le ministre de l’Education nationale de l’alternance socialiste ( après les élections législatives gagnées par le PS en 1997 ), à savoir Claude Allègre, dans la liste de 22 personnages historiques  ( à peu près les mêmes ) proposés  à la consultation de 1999.

Jules Ferry fait partie des deux ministres de la liste ( avec Colbert ‘’l’économe’’, l’adversaire et le successeur de Fouquet ’’ le dispendieux’’ ).

Marie Curie fait partie des deux seules femmes de la liste ( moins de 10% de femmes, le fameux plafond de verre…) avec Jeanne d’Arc.
On le sait, Marie Curie ( prix Nobel de physique en 1903, avec son mari Pierre ) puis prix Nobel de chimie en 1911, est la première femme à être entrée au Panthéon en 1995. Elle a été aussi la première femme  à devenir professeur titulaire de la chaire de physique générale à la Sorbonne en 1906 ( même si, dès 1884, une femme, la mathématicienne Clémence Royer, avait assuré un cours à la Sorbonne ).
Une complainte, écrite en 1893 par Marie Curie elle-même , dessine la condition de ces pionnières, de ces premières étudiantes à la Sorbonne à la fin du XIX° siècle.

« Combien âpre est la vie de la jeune étudiante.
Entourée de garçons qui cherchent le plaisir,
Obscure et seule elle a pourtant la joie ardente
De voir son cœur à l’infini s’épanouir
. »

Et en 1894 encore, les étudiants manifestent  en Sorbonne aux cris de « Pas de femmes ! »… « La science se fait entre hommes ! »

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Commentaires (9)

  1. Eddy KHALDI

    « L’enseignement de la jeunesse a, dans la société, une telle importance, la première empreinte laissée dans les esprits subsiste avec une telle force dans le reste de l’existence, que le jour où l’Etat devait assumer la charge de l’enseignement public, il ne pouvait le donner que impartial et indépendant de toute doctrine religieuse. Cette indépendance et cette impartialité devaient avoir pour corollaire obligatoire le respect des croyances et des libertés de conscience.».

  2. PILLAS

    OK pour cet article, qui nous éclaire un peu plus sur le « style Hollande » tout en faisant remarquer le lapsus (ce n’est pas le début d’un septennat, mais d’un quinquennat ! » ) en core qu’il faille peut-être imaginer un décennat (2 mandats successifs) car pour changer les mentalités, et mettre en place une nouvelle politique éducative, il y a de quoi faire et il vaut mieux ne pas se tromper dès le départ en nommant le (ou la) bon(ne) ministre dès mercredi prochain … Pourquoi pas Vincent PAYON ?
    Un Directeur d’école retraité

  3. claudelelievre (Auteur de l'article)

    Merci pour votre vigilance…je corrige. Et d’accord pour Vincent…Peillon

  4. Sirius

    L’historien que vous êtes ne peut ignorer que la référence à Jules Ferry n’est pas sans ambiguité. Celui-ci était le chantre de la réussite par l’école, mais pas celui de la réussite de tous.

  5. ollonois

    L’école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure !

    Candidat, François Hollande avait axé sa campagne sur les questions d’éducation.

    Président, il place sa cérémonie d’investiture sous la figure et l’héritage de Jules Ferry avec un hommage à la statue du ministre aux Tuileries.

    Ce choix est un signal inquiétant.

    D’abord parce que Jules Ferry est l’homme de la colonisation (« Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser […] Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert » (Discours à la jeunesse, mars 1884).

    Quant à « son » école, construite sur les décombres de la Commune de Paris, si elle fut bien une école « pour » le peuple, elle ne fut jamais l’école « du » peuple : « Il est nécessaire que le riche paye l’enseignement du pauvre, et c’est par là que la propriété se légitime » affirme celui qui entendait surtout, grâce à ses lois scolaires, « clore l’ère des révolutions ».

    Nous profitons donc de l’occasion pour faire circuler le chapitre « Un mythe qui a la vie dure : l’école de Jules Ferry selon Foucambert », extrait de l’ouvrage Pédagogie et Révolution (Grégory Chambat, éditions Libertalia, 2011, 203 p., 14 € – vente en librairie et en ligne : http://www.cnt-f.org/nautreecole/?Pedagogie-et-revolution-Gregory)

    Un mythe qui a la vie dure : l’école de Ferry selon Foucambert

    Du haut de la tribune de l’Assemblée, défendant son projet d’école « publique, laïque, gratuite et obligatoire », Jules Ferry ne cache nullement son ambition de « mettre fin à l’ère des révolutions ». Ne plus revivre le cauchemar de la Commune, doter le pays d’une école adaptée aux besoins croissants de l’industrie, assurer la paix civile : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. […] Si cet état de chose se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 28 mai 1871. »

    Cent ans plus tard, au printemps 2003, des enseignants « en lutte » se revendiquaient de ce même Ferry contre son homonyme et lointain successeur… et nul ne s’en étonnait, ne s’en révoltait… si ce n’est Jean Foucambert, l’inlassable animateur de l’Association française pour la lecture*. Cet aveuglement de ceux qui auraient dû constater – et contester – les limites de l’école de Jules Ferry a sans aucun doute pesé sur le projet de réédition d’une œuvre initialement publiée au milieu des années 1980.

    Les victoires de Jules Ferry

    Sans nul doute, L’École de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure n’a perdu ni de sa pertinence ni de son actualité : « Comprendre comment fonctionnait l’école de Jules Ferry, c’est se donner le moyen, tout à la fois, de lutter contre la nostalgie ambiante et d’éviter les fausses solutions qui ne font que la renforcer. » Car, pour Foucambert, bien qu’enterrée par le collège « pour tous », l’école de Ferry a finalement tenu son pari : « Instruire en détournant contre lui l’instruction que le peuple revendiquait pour son émancipation. » Depuis la première édition, le combat pour l’égalité n’a cessé de reculer au profit de « l’égalité des chances ». Une défaite pour tous ceux qui s’étonnaient, à la suite de Robespierre, que les opprimés remettent aux oppresseurs le soin de les éduquer, « comme si un homme d’affaires était chargé d’apprendre l’arithmétique à ceux qui doivent vérifier ses comptes… »

    Suite du chapitre en pdf ici
    http://www.cnt-f.org/nautreecole/?L-ecole-de-Jules-Ferry-un-mythe

  6. Collignon

    Drôle (ou inquiétant )ce discours de Jules Ferry alors qu’il était Président du Conseil en 1883. Monsieur Hollande aurait-il, lui aussi, la mémoire sélective…

    « On peut rattacher le système [d’expansion coloniale] à trois ordres d’idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation… à des idées d’ordre politique et patriotique.
    Ce qui manque à notre grande industrie… ce qui lui manque le plus, ce sont les débouchés… La concurrence, la loi de l’offre et de la demande, la liberté des échanges, l’influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s’étend jusqu’aux extrémités du monde… Or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale… Il faut chercher des débouchés.
    Il y a un second point que je dois aborder… : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question… Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu’il y a pour elles un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.
    Il n’y a pas de compensation pour les désastres que nous avons subis… Mais est-ce que le recueillement qui s’impose aux nations éprouvées par de grands malheurs doit se résoudre en abdication ?… je dis que la politique coloniale de la France s’est inspirée d’une vérité sur laquelle il faut rappeler votre attention : à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement.
    Rayonner sans agir, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l’Afrique ou vers l’Orient, vivre de cette sorte pour une grande nation, c’est abdiquer. »

  7. claudelelievre (Auteur de l'article)

    Je pense que l’ouvrage de Foucambert sur Jules Ferry est plus de l’ordre du pamphlet unilatéral qu’une oeuvre d’historien. Je me permets à ce sujet de recommander le livre que j’ai écrit avec Christian Nique  » La République n’éduquera plus; la fin du mythe Ferry » ( paru chez Plon en 1993 ), dont le titre montre qu’il n’est nullement un panégyrique, mais que je pense beaucoup plus équilibré, plus juste et plus … historique.

  8. pierre quintus

    F. HOLLANDE souhaite le 15 mai lors de son investiture célébrer deux personnalités J. FERRY et Madame Marie CURIE. Marie CURIE avec BECQUEREL et son mari Pierre CURIE a découvert le phénomène de radioactivité naturelle de l’Uranium, sa fille Irène avec son mari Frédéric JOLIOT ont découvert la radioactivité dite artificielle. L’ensemble de ces découvertes a contribué à la découverte du phénomène de fission nucléaire de l’Uranium qui produit beaucoup d’énergie. F. JOLIOT a découvert et expliqué le phénomène de réactions en chaîne, qui plus est celui des réactions contrôlées, conduisant à l’énergétique nucléaire dans les réacteurs du même nom qui permet de produire de l’électricité avec fiabilité et en grande quantité pour un coût moindre par rapport aux autres technologies (thermique à flamme, solaire, éolien).
    Rendre hommage à l’initiatrice de l’énergie nucléaire, et par ricochet à son gendre Frédéric JOLIOT-CURIE, père du Commissariat à l’Energie Atomique CEA en 1945 avec le Général De GAULLE, doit rendre vert de rage les escrologites anti-nucléaires viscéraux et qui en ont fait leur « fond de commerce »
    Le nouveau Président de la République F.Hollande soit il les provoque (les escrologistes), soit il est cynique voulant fermer le réacteur de Fessenheim sans aucune raison valable (y compris celle de sûreté puisque l’ASN considère les 2 réacteurs sûrs et fiables), soit il est sot ne se rendant pas compte du lien entre Marie CURIE et l’énergétique nucléaire, soit « démago » en rendant hommage à une femme (extrêmement brillante scientifique et humaniste comme il est dit dans le document blog) soit les 4 à la fois.

  9. www.1dj.be

    J’ai enfin trouvé un article intéréssant sur le thème de Marie Curie et Jules Ferry: le choix de François Hollande | Le blog de Claude Lelievre

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