Le blog de Claude Lelievre

Concours du CAPES externe: la crise de recrutement confirmée

Même s’il y a une très légère diminution du déficit des admis par rapport aux postes mis au concours en comparaison de l’année dernière, il apparaît que la crise du recrutement perdure et commence à s’installer dans la durée de façon alarmante.

706 postes sont restés vacants, soit presque 15% des postes à pourvoir. Ce déficit est particulièrement important dans certaines disciplines. En mathématiques, un poste sur trois est resté vacant (  652 reçus pour 950 postes ouverts ). En lettres classiques, cela va jusqu’à plus de la moitié des postes  ( 75 reçus pour 170 postes ). La situation est moins alarmante dans d’autres disciplines, mais reste préoccupante : 681 reçus pour 733 postes proposés en lettres modernes, 679 pour 790 en anglais, 184 pour 230 en allemand. Et le déficit concerne aussi sensiblement les documentalistes : 105 reçus pour 157 postes.

On l’avait déjà noté ( dans des billets antérieurs ) : les résultats de l’admissibilité de la session 2012 ne présageait rien de bon. Comme le montraient les résultats, la proportion admissibles/postes était en effet restée faible ( voire s’était affaiblie ) pour 8 disciplines : lettres classiques ( 0,54 pour 2012 contre 0,57 en 2011 ), lettres modernes ( 1,24 contre 1,28 ), sciences économiques et sociales  ( 1,70 contre 1,81 ), allemand ( 1,10 contre 1,30 ), anglais ( 1,37 contre 1,45 ),mathématiques ( 1,25 pour 2012 contre 1,10 en 2011 : léger progrès ici, mais situation toujours difficile ), éducation musicale ( 0,95 en 2012 comme en 2011 ), documentation ( 1,25 contre 1, 68 ).
Contrairement à ce qu’avait soutenu Josette Théophile ( la DRH du ministère de l’Education nationale )  à l’issue des résultats  très inquiétants de la session 2011 où 826 postes n’avaient pas été pourvus pour le seul CAPES, il ne s’agissait donc pas d’une simple « transition ponctuelle» ( « liée au changement des dates des concours », avait-elle ‘’précisé’’ ). Au total, pour le concours externe 2012 des CAPES disciplinaires, il y a eu 6314 admissibles pour 4847 postes ( soit une proportion admissibles/postes de 1,30 ) contre 7492 admissibles pour 4881 postes au concours externe 2011 des mêmes CAPES disciplinaires ( soit une proportion admissibles/postes de 1,53 ).

Que faire ? La « démastérisation » est improbable. Une forte augmentation des salaires aussi ( du moins dans l’immédiat ) compte tenu de l’état des finances publiques. Reste  à « refonder » de l’espoir dans le fonctionnement du système scolaire dans le cadre de « la refondation de l’Ecole républicaine » ( en apportant notamment des réponses aux conditions de travail, à la formation professionnelle des enseignants, à la perception que l’on peut avoir de leur métier ) , et à « pré-empter » un nombre supérieur de candidats par un système d’aide aux étudiants optant pour les métiers de l’enseignement.
François Hollande s’est  d’ailleurs déjà montré depuis longtemps favorable à l’établissement d’un plan pluri-annuel de recrutement ; et il s’est d’ores et déjà prononcé pour un pré-recrutement ( cf en particulier son discours sur « L’Ecole et la Nation » de  février dernier  tenu à Orléans ) : « Pour remédier à la crise de recrutement – qui est réelle tant les vocations ont été découragées […] nous ferons en sorte de financer des études longues, avec une filière de pré-recrutements, pour former des enseignants le plus vite possible, dès la licence, de façon à orienter les vocations et à aider les jeunes à financer leurs études ».

Partagez ce billet !

Commentaires (14)

  1. Rémi Boyer pour Aide aux Profs

    Comment redonner de l’attractivité au métier d’enseignant ? Les propositions d’Aide aux Profs au Ministre de l’Education Nationale (s’il les lit ici)

    La pénurie d’enseignants qui s’installe progressivement en France est liée à plusieurs facteurs qui interagissent de plus en plus, et, selon Aide aux Profs, ce n’est que le début d’un profond bouleversement que nous interprétons depuis 2007 comme une « transition démographique dans le métier de professeur» :
    – Les lois portant réformes des retraites de 2003 puis 2010 ont allongé le temps de cotisation à 41.5 années pour bénéficier d’une retraite à taux plein ;
    – Selon le livre blanc de Marcel Pochard en 2007, l’âge moyen de départ en retraite est actuellement de 59 ans pour le 1er degré et de 60 ans pour le 2nd degré ;
    – Or le niveau d’entrée dans la formation, tant pour les professeurs des écoles que les enseignants du 2nd degré, n’a cessé de s’élever depuis 30 ans, avec désormais la nécessité d’obtenir un Master : cela conduit inéluctablement les enseignants d’aujourd’hui, lorsqu’ils se projettent dans l’avenir, à devoir choisir entre une fin de carrière pénible (67 ans voire 70 ans devant élèves, qui y croit ?), et une précarisation forcée, puisque leur pension sera amputée des 5 dernières années, soit 25% de moins ;
    – Avec un niveau Master Pro ou Recherche, les étudiants obtiennent l’équivalent d’un diplôme d’ingénieur, et leur profil de compétences devient plus attractif sur le marché du travail, les portant à élargir à d’autres secteurs d’activités leur recherche d’emploi, au lieu de se concentrer seulement sur le secteur traditionnel de la Fonction Publique, et du métier d’enseignant ;
    – Le nombre des personnels de l’Education nationale est tel qu’il est plus facile d’augmenter les primes des dizaines de recteurs ou des milliers d’inspecteurs, moins nombreux – et ce n’est pas très populaire comme message – que d’accroître le point d’indice des centaines de milliers d’enseignants ou d’augmenter les taux annuels de passages en hors-classe (les taux actuels constituent un passage au compte-gouttes lié à leur ancienneté dans l’échelon 11, et non au mérite de chacun des postulants);
    – De ce fait le pouvoir d’achat des enseignants stagne durablement à partir de l’âge de 50-55 ans, alors qu’il leur reste près de 15 ans à travailler : c’est un système démotivant et frustrant, difficile à accepter sur le moyen terme, alors que les cadres du secteur privé continuent de voir leurs responsabilités et leurs salaires évoluer ;
    – Les agrégés, que l’on pourrait appeler les « cadres supérieurs enseignants », du fait du concours exigeant qu’ils ont obtenu, ont toujours été écartés des « revalorisations » de l’Education nationale, et leur qualification est de ce fait de moins en moins valorisée, sauf sur le papier et dans l’inconscient collectif ;
    – L’Education nationale présente de moins en moins d’avantages pour les jeunes diplômés de haut niveau depuis quelques années : manque de valorisation de leurs compétences sur leur lieu de travail, absence d’une véritable Gestion des richesses humaines de proximité, manque de formation continue, dysfonctionnements sérieux dans l’attribution de Congés de Formation Professionnelle (5 à 7 ans d’attente en moyenne quelle que soit l’académie, et jusqu’à 18 ans dans l’académie de Créteil pour certains dossiers, alors que dans le privé, un CIF ne peut être refusé plus de 2 années de suite) ; pas de financement possible d’un Bilan de Compétences (manque de budget des académies) ; dysfonctionnements dans l’attribution du DIF (censé pourtant faciliter les secondes carrières, plus d’un tiers des projets de formation sont refusés) ; dysfonctionnements dans l’acceptation des créations d’auto-entreprises par des enseignants, dysfonctionnements dans l’acceptation des IDV demandées par des enseignants (qui doivent souvent menacer de porter plainte auprès du Tribunal Administratif ou de porter l’affaire devant la presse pour obtenir la somme à laquelle ils sont droit dans les textes) ;
    – Un manque réel de perspectives de promotion motivantes, à peine 6% des enseignants évoluant en cours de carrière vers les métiers d’inspecteur et de chef d’établissement (52% se sentaient mal à l’aise dans leur métier d’après une étude de Georges Fotinos pour la Mgen 2006), le dispositif de mobilité mis en place par Luc Chatel n’ayant élargi ses « mobilités » qu’aux changements de niveau et de discipline d’enseignement, comme si devenir enseignant devait être un aller simple, et une impasse professionnelle durable ;
    – La diffusion régulière, par les médias, de tout ce qui, de près ou de loin, peut rendre pénible le métier d’enseignant : élèves et classes pénibles, agressions de la part d’élèves ou de parents d’élèves, suicides d’enseignants, manque d’écoute de la part des personnels administratifs, manque de médecins du travail (67 pour 850 000, est-ce bien raisonnable ?), manque de réponses adaptées aux situations de souffrance au travail (surcharge des médiateurs qui réagissent peu ou trop tardivement, impossibilité de sanctionner les chefs de service ou chefs d’établissement harcelant leur personnel, même en cas d’action collective pour faire remonter cette information aux plus hautes autorités administratives, etc.).

    Alors comment agir dans ce contexte très lourd, travail titanesque pour rendre attractif le métier d’enseignant; lui redonner des couleurs sur le long terme ?

    Aide aux Profs propose plusieurs pistes très sérieuses, faciles, qui ne coûtent pas cher et peuvent même dégager des économies substantielles, pour faire sauter ces verrous, ces tabous qui perdurent depuis des décennies, et qui ne font plus du métier d’enseignant un métier aussi attractif qu’auparavant, pas même dans le contexte d’un taux de chômage de plus de 10% :

    – Faciliter la mobilité des enseignants tout au long de l’année, quel que soit le statut choisi pour la réaliser: j’ai proposé une logistique très précise le 27 janvier 2012 à Josette Théophile puis aux plus proches conseillers de Vincent Peillon en février-mars 2012 durant la campagne présidentielle, mais le temps a manqué à chacun pour les étudier plus attentivement, car il y avait bien d’autres priorités, plus urgentes. Il est quand même étonnant de « garder prisonniers » les enseignants en n’autorisant leur mobilité professionnelle qu’au 1er septembre de chaque année, la période estivale n’étant pas la plus propice pour faciliter ce changement (pourtant, les départs en cours d’année en congé maladie ou les remplacements d’enseignants sont très bien gérés au cas par cas par les services académiques, pourquoi cela ne serait-il pas possible pour les mobilités en cours d’année ?);

    – Simplifier les procédures actuelles de déclaration de création d’auto-entreprises en cumul d’activités accessoires, car l’Education nationale ne peut s’empêcher de créer à chaque nouveau dispositif une véritable usine à gaz qui rend toute démarche créative de ses personnels très compliquée : ce qui a été créé depuis 2009 est totalement contre-productif et bride le potentiel créatif de milliers d’enseignants (et on voudrait réduire le chômage en France ? Commençons par alléger les procédures administratives pour réussir ce défi majeur!) ;

    – En finir avec cette culpabilisation, cette infantilisation des personnels enseignants, qui, lorsqu’ils s’adressent à leur administration pour réaliser une mobilité en catégorie A sur le plan administratif (autres qu’inspecteur ou chef d’établissement), se voient proposer – au mieux – de passer un concours de catégorie B, une offense à leur qualification initiale d’agrégé, de certifié, de PLP ou de PE : la réflexion sur les passerelles entre le métier d’enseignant et d’autres fonctions non enseignantes dans la fonction publique demeure un front pionnier, un vaste chantier de réflexion à ouvrir, si la volonté de la faire existe : le changement dans ce domaine, c’est pour quand ?

    – Diversifier les possibilités de mobilité interne au sein de l’Education nationale, même si toute la politique menée entre 2002 et 2012 aura réduit à 48 les 5500 emplois de mis à disposition que pouvaient occuper les enseignants temporairement, sans reprise de formation, ni démission, et qu’il sera très difficile de revenir en arrière. Nous observons aussi depuis 2 ans le démantèlement progressif, dans la même politique, des emplois en détachement autrefois proposés aux seuls enseignants dans les EPA de l’EN, et désormais accessibles à tout fonctionnaire et aux contractuels, ce qui, d’ici 2015, si rien n’est fait, tarira définitivement cette forme de seconde carrière temporaire ;

    – Former les personnels d’encadrement, chefs d’établissement et inspecteurs, à la culture de l’encouragement, trop peu répandue actuellement, et aux techniques de management dans le strict respect des personnes (10% des enseignants qui ont contacté Aide aux Profs ont dénoncé des faits de harcèlement moral, les personnels d’encadrement en question n’étant jamais inquiétés, tout au plus mutés ailleurs…comme si les recteurs et DASEN considéraient cette pratique comme mineure et acceptable, alors qu’elle détruit psychologiquement des milliers de personnes chaque année). La Table ronde de Najat Vallaud Belkacem sur l’amélioration de la qualité de vie au travail lors de la grande conférence sociale qui vient d’être lancée est essentielle dans ce contexte (http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/grande-conference-sociale-2012) ;

    – Valoriser les enseignants qui le méritent : ceux qui réalisent des projets pour leurs élèves, des partenariats, qui s’investissent dans la vie de l’établissement et facilitent son fonctionnement, qui acceptent de former leurs collègues à l’un de leurs domaines de compétence, qui épaulent un personnel d’inspection dans ses missions, qui servent de webmestre académique ou pour leur discipline, qui occupent une fonction complémentaire de direction d’école, etc ;

    – Cesser ce mode inefficace d’évaluation-sanction (dans certains cas encore trop fréquents) qu’opèrent les inspecteurs, puisque de toute façon leur notation sera arbitrairement baissée par l’administration pour la faire entrer dans « la fourchette de l’échelon » où les enseignants se situent. Quoi de plus démotivant que ce système de promotion ? Les inspecteurs doivent passer d’une posture d’évaluateurs à celle d’accompagnateurs, de coachs pédagogiques, pour conseiller, soutenir, valoriser;

    – on le devine, la refondation d’une vraie formation pour les nouveaux enseignants ne suffira pas, loin de là. Un vaste mouvement de désaffection pour le métier d’enseignant est en marche, que la RGPP a fortement accentué, et des mesures fortes doivent être prises, pour rompre avec des décennies d’immobilisme en matière de GRH. Passons de la « gestion des données » à la gestion des richesses humaines, avec une GRH de proximité. Dans sa conférence devant des perdir à l’ESEN le 13 mars 2012, Alain Bouvier insiste sur ce point, lors de son chapitre dédié à la GRH (point 6.2: http://www.esen.education.fr/fr/ressources-par-type/conferences-en-ligne/detail-d-une-conference/?idRessource=1347&cHash=02daafa682&p=1) et il a bien raison.

    Une fois tout cela réalisé, le métier d’enseignant aura déjà plus de raisons de redevenir attractif pour les jeunes générations, et convaincra bon nombre d’enseignants actuels de ne pas démissionner pour s’épanouir différemment, au lieu d’attendre une retraite qui ne cesse de s’éloigner au fil des réformes.

    Nous espérons être entendus par le Ministre sur les idées que nous pouvons apporter sur ce sujet crucial des mobilités professionnelles en cours de carrière.

  2. Pedro Cordoba

    L’argent est un puissant mobile et il va de soi que des pré-recrutements pourraient ravigoter des vocations défaillantes. Mais ils ne constituent pas la panacée que certains imaginent. L’histoire des IPES, moins uniformément glorieuse qu’on ne croit, devrait servir de mise en garde. Encore faut-il la connaître.

    L’expérience des IPES est ancienne et elle fut relativement courte. Mais elle a durablement marqué les esprits au point que l’idée de pré-recrutements serait inconcevable sans cette référence, devenue mythique. Il convient d’en faire un bilan, même rapide, avant d’examiner plus en détail les propositions actuelles. Car les avantages de ce dispositif risquent d’en occulter les inconvénients d’autant plus aisément que les plus jeunes ne le connaissent que par la légende et que parmi les plus vieux, on n’entend que ceux qui en ont tiré un immense profit personnel : les IPES ont été pour eux (pour moi aussi, car je fais partie de ce sous-groupe) un passeport pour Normale sup ou, au moins, l’agrégation, la thèse, etc. Mais tous n’ont pas eu cette chance, loin de là. Et il est très facile d’oublier les vaincus de l’histoire. C’est même leur destin le plus usuel.

    Les IPES ont été créés en 1957 et supprimés en 1978 (le dernier concours eut lieu en 1977). Ils visaient à attirer les candidats au CAPES, lui-même créé en 1950 pour faire face au baby-boom de l’après-guerre et au désir de plus en plus marqué des familles d’envoyer leurs enfants en sixième. Le concours se passe à la fin de la première année de fac (propédeutique). En réalité il s’agit d’un simple classement des étudiants d’après leur note d’examen. Les mieux classés dans la limite, très réduite, des places disponibles sont nommés élèves-fonctionnaires stagiaires pour 3 ans et payés comme des professeurs débutants (beaucoup plus que le SMIG, avec G comme on disait à l’époque). En échange, ils souscrivent un engagement de 10 ans avec l’Etat. Ils bénéficient de l’admissibilité au CAPES et 25% d’entre eux obtiennent une année supplémentaire pour rédiger une maîtrise, ce qui leur permet de passer l’agrégation, puis éventuellement une thèse, échappant ainsi à l’enseignement secondaire qui était leur destin initial. Lorsqu’ils sont créées, les IPES ont donc 3 objectifs : attirer de façon générale de nombreux étudiants vers le métier d’enseignant (quel que soit leur milieu d’origine) pour faire face à une crise aigue du recrutement, permettre aux plus démunis de financer ainsi leurs études et, enfin, permettre aussi aux plus doués des ipésiens d’aller jusqu’au bout de leurs capacités intellectuelles. C’est « l’élitisme républicain » dans ce qu’il avait de meilleur.

    Mais l’histoire des IPES se divise en deux moitiés, l’une très positive, l’autre de plus en plus négative. Ils remplissent leur rôle jusqu’en 1967 dans un contexte d’augmentation continue du nombre de postes aux concours. Puis a lieu un retournement de conjoncture : la « démocratisation » du secondaire est finie, on n’a plus besoin de nouveaux professeurs tandis que le nombre d’étudiants augmente et, par suite, celui des candidats aux concours (Entre 1974 et 1980, le nombre de postes a été divisé par 2 à l’agrégation et par 6 au CAPES !). Le CAPES devient alors un goulot d’étranglement pour les ipésiens, la concurrence avec les non-ipésiens, de plus en plus nombreux, est désormais redoutable. Le bénéfice de l’écrit se transforme en handicap puisque les ipésiens ne peuvent gagner des places d’avance pour l’oral. Ils peuvent, bien sûr, y renoncer et passer comme tout le monde les épreuves d’admissibilité. Mais ils ne le font pas par peur d’être collés et de tout perdre. C’est une erreur gravissime car ils sont de plus en plus devancés par les non-ipésiens. Au CAPES de mathématiques de 1969, au début de ce qui va finir en débâcle, un ipésien sur trois est collé au CAPES. Il y a en fait deux groupes antagonistes au sein des ipésiens et c’est ce contraste qu’on oublie trop souvent : ce dispositif a représenté pour environ un quart des effectifs une chance assez inouïe de promotion intellectuelle et sociale mais il a aussi représenté pour plus du tiers d’entre eux une source d’amertume et d’échec. Car les déboutés du CAPES continuent d’avoir un engagement décennal et sont forcés d’accepter un poste de maître-auxiliaire quel qu’il soit, souvent ballotés d’un endroit de France à l’autre et sans même avoir la possibilité de démissionner si les conditions de travail sont trop dures.

    Je ne dispose malheureusement pas des données complètes pour cette période, juste quelques chiffres épars de ci, de là. Claude Lelièvre pourrait sans doute les compléter. Mais j’ai retrouvé, un peu par hasard, les chiffres de l’Espagnol en1974 : il y eut cette année-là 181 postes au CAPES et 20 postes aux IPES. Le nombre des candidats au CAPES devait largement dépasser les 1000 inscrits. Ce n’est qu’un exemple mais il devait en aller à peu près de même dans les autres disciplines au cours de cette deuxième étape. On voit que les ordres de grandeur n’ont strictement rien à voir avec les propositions actuelles, celles du SNESup par exemple. Ils sont même l’inverse les uns des autres. Les pré-recrutements IPES représentent 11% des postes alors que, dans le système-SNEsup, ils atteignent le chiffre faramineux de 90%. Avec 10% l’effort budgétaire est peut-être envisageable. Avec 90%, c’est hors de question. On multiplie le coût par 9 : impossible.

    Autre différence majeure : dans le système-IPES tous les candidats sont logés à la même enseigne, hormis la rémunération d’une infime minorité représentant 2% de l’ensemble. Tout le monde suit la même préparation et même si les 2% d’ipésiens sont tous admis (ce qui nous l’avons vu n’est pas le cas), il reste 88,4% des postes à la disposition des autres. Dans des écoles de type IUFM, réincarnées dans les ESPE, avec un nombre de prérecrutés égal à 90% du nombre de postes et près de 80% de candidats privés de préparation, l’injustice devient monstrueuse. Si tous les prérecrutés sont admis, 90% des candidats sont amenés à se disputer les 10% de places restantes !!!

    Mais justement tous les prérecrutés ne seraient pas admis, loin de là. Le phénomène qui s’est déjà produit pour les IPES dans la deuxième moitié de leur histoire aurait de nouveau lieu, mais cette fois dans des proportions gigantesques. Car avec 2% d’ipésiens, la sélection était particulièrement sévère : on aurait pu croire qu’ils allaient tous réussir au CAPES. Mais ce n’est pas le cas bien que la proposition du sénateur Brigitte Gonthier-Maurin continue de s’appuyer sur cette hypothèse déjà démentie par l’histoire. Les non ipésiens sont trop nombreux et même si leur taux de réussite est inférieur, l’avantage du nombre joue et près de 40 % des ipésiens échouent : destin = un aller simple pour la galère. Dans le système-SNESup, la sélectivité des prérecrutements est cinq fois plus faible : une belle hécatombe en perspective. D’autant plus que parmi les candidats libres, il y aura une très forte proportion de titulaires d’un master, plus âgés, plus expérimentés et mieux formés, qui jouiront d’un gros avantage.

    Tels qu’ils sont envisagés par le SNEsup, les prérecrutements sont deux fois impossibles : du point de vue budgétaire car on ne peut pas multiplier par 9 en nombre de postes le coût actuel de la formation ; et du point de vue institutionnel s’il faut accueillir dans des écoles de formation plus de 200 000 candidats qui, pour corser le tout, n’auraient aucun débouché après deux ans d’études professionnelles. Et si on réserve ces écoles, les ESPE, à une petite minorité des candidats, comme l’a toujours souhaité la CDIUFM, on créé une terrible injustice devant les concours (à l’image de celle que les IUFM ont fomentée surtout pour le CRPE). Entre l’impossibilité et l’injustice, que choisir ? Et tout cela pour quel résultat ? La moitié au moins des prérecrutés se retrouveraient au bout du compte Gros-Jean comme devant, avec pour seul horizon 10 ans de précarité. Et les fameuses ESPE couleraient rapidement sur place, comme un Titanic de la formation. Ce serait la seule conséquence positive de cette imprudente aventure : une deuxième mort des IUFM, sans résurrection possible cette fois.

    Pedro Cordoba

    Pour les propositions du SNESup voir :
    http://snesup.fr/Le-Snesup/L-actualite-du-SUP?aid=6286&ptid=5

  3. Pierre2

    Le texte de Pedro Cordoba est, comme d’habitude, dense mais profondément biaisé.

    D’abord parce que l’échec des ipésiens vient très largement du fait qu’il n’y a eu aucune prévision des postes; avec une division par 6 en quelques années des postes proposés, on envoyait évidemment les gens dans le mur. Un système de pré-recrutement est inconcevable sans prévision à moyen terme. Le code de l’éducation fait obligation au gouvernement de présenter chaque année une telle prévision à 5 ans, même si la droite ne l’a jamais appliqué depuis 10 ans.

    Ensuite parce qu’il est faux que les ipésiens recalés aient été ballotés pendant des années: nombre d’entre eux ont simplement fait constater l’impossibilité d’avoir un poste, se sont trouvés déliés de leur engagement décennal, et ont poursuivi ailleurs de brillantes carrières.

    Il est par contre vrai que le nombre de pré-recrutements proposés doit constituer une fraction (un tiers? la moitié?) des postes prévus, et que ce dispositif doit être évalué et ajusté régulièrement. Proposer autant de pré-recrutements que de postes serait contre-productif.

  4. cpe@cpe.fr

    je souhaiterai connaître votre position quant à la création d’une agrégation d’éducation pour les CPE (cadre A) qui contrairement aux professeurs certifiés ne disposent que d’un accès à la hors classe pour une minorité d’entre nous. Agrégation réclamée par de nombreux syndicats (SNES-FSU, SE-UNSA, SGEN-CFDT, CGT-EDUC, SUD EDUCATION et le SNPDEN) depuis plus de 20 ans !

    En effet, les certifiés disposent contrairement aux CPE, d’avoir la possibilité de passer le concours de l’agrégation (externe et interne) voir même par liste d’aptitude d’y être promu. Par ailleurs, les certifiés disposent d’un accès à la hors classe à hauteur de 7% contre 5% pour les CPE. De plus, les certifiés disposent d’un droit aux heures supplémentaires, les CPE NON !

    Pourquoi autant de différence, les CPE sont-il DES CADRE A de seconde zone ?!

    La seule perspective de déboucher étant de passer le concours de personnels de direction.

    En tant que cpe, j’aime mon métier et je souhaiterai que l’on puisse améliorer et approfondir nos domaines d’expertises professionnelles et être enfin reconnu (professionnellement et financièrement pour le travail fourni auprès des équipes de direction). Un certifié souhaitant augmenter son salaire et ses connaîssances dispose de l’agrégation et peut ainsi continuer à exercer le même métier toute sa carrière les CPE non pourquoi?

    Quand sera réécrite notre circulaire de mission de 1982 trop floue, allons-nous être enfin reconnu via cette agrégation qui devient urgente ou allons nous devenir des adjoints de vie scoalire (soit des personnels de direction par intégration) ???

  5. Pedro Cordoba

    « Profondément biaisée », mon analyse dit Pierre 2. Mais peut-être faut-il avoir un regard en biais pour voir ce que les autres ne voient pas. Car ce que je dis dans mon commentaire, personne ne l’a vu jusqu’ici, même de loin. Ce que j’entends depuis des mois, c’est au contraire tout un tas de gens de diverse origine qui psalmodient « pré-recrutements !, pré-recrutements ! » en sautant comme des cabris et s’imaginent que cette procédure va magiquement résoudre tous les problèmes. Qu’on m’accorde au moins d’avoir levé un lièvre.

    Pierre 2 nous explique que les ipésiens collés au concours eurent un destin moins cruel que celui que je décris. Je veux bien le croire sur parole mais j’aimerais savoir sur quelle source il s’appuie. Ne connaissant pour ma part aucune étude sur le sujet, je m’en réfère à ma seule expérience ou, plus exactement, aux nombreux récits, directs et indirects, que j’ai entendus à l’époque : tous les collés avaient été recrutés comme MA et mis à la disposition des rectorats. Il n’est pas impossible qu’au bout de quelques années, les rectorats n’aient rien pu proposer à certains d’entre eux, qui se seraient ainsi vus délivrés de leur engagement. Il se peut aussi (c’est même plus probable) que la plupart aient fini par être titularisés au cours des vagues successives de titularisation qui marquèrent le premier septennat de Mitterrand. Mais cela ne risque pas de se produire aujourd’hui : avec un statut beaucoup moins protecteur que celui des MA, les vacataires sont une aubaine non négligeable dans ce qui est devenu la gestion des ressources humaines. Quant aux possibilités de rebondir aujourd’hui sur une autre carrière, elles n’existent plus. Dans les années 1970 une licence universitaire avait une valeur indiscutable sur le marché du travail. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

    Bref, je ne vois pas trop quels « biais profonds » j’ai introduits dans mon commentaire. Les précisions que je viens d’ajouter indiquent au contraire que la situation des pré-recrutés non reçus au concours serait aujourd’hui bien pire qu’autrefois. Quant au manque de prévision du ministère qui provoqua une baisse très brutale du nombre de recrutements à partir de 1974, il eût mieux valu en effet commencer à diminuer le nombre de postes dès 1968 pour l’étaler dans le temps. Mais cela concerne les autorités politiques de l’époque et je ne vois pas pourquoi c’est moi qui devrais endosser la responsabilité de la chose quarante ans plus tard au titre des « biais habituels » de mes analyses. Je rappelle d’autre part que les circonstances politiques de ces années-là n’invitaient guère à provoquer une épreuve de force avec les syndicats enseignants et étudiants. C’est ainsi que, face au retournement de la démographie scolaire, le ministère voulut supprimer les IPES dès 1974. Mais il ne put le faire face à l’opposition frontale des syndicats.

    Que reste-t-il donc des reproches de Pierre 2 ? Rien du tout sauf ce sur quoi nous sommes, semble-t-il, d’accord mais qui avait échappé aux experts de tout poil qui préconisent les pré-recrutements : ces derniers ne sont pas la panacée, tout dépend de l’évolution démographique et de la proportion des postes ainsi attribués par anticipation. Tout cela est parfaitement prévisible et on sait donc d’ores et déjà à quoi s’en tenir. Il faut d’abord bien comprendre que la glorieuse époque des IPES dans la première moitié de leur existence (entre 1957 et 1967) est à jamais révolue : elle correspondait à une étape historique définitivement close, celle de la « démocratisation du secondaire ». Aujourd’hui tout le monde entre en sixième et presque tout le monde va jusqu’au bac : on n’a donc pas besoin d’augmenter le nombre de professeurs du secondaire, il suffit juste de remplacer les départs à la retraite. Et comme ces derniers vont bientôt suivre une courbe descendante… Un système de type IPES n’est en réalité pas viable : le nombre des « prérecrutés » collés serait très vite ingérable et, en augmentant exponentiellement le nombre de vacataires, ne ferait que diminuer encore plus le nombre de postes aux concours, entraînant l’ensemble du système dans un cercle vicieux catastrophique.

    Faut-il que je donne des chiffres ? Les voici. Selon les statisticiens du MEN, le nombre de départs à la retraite est cette année de 18393. Il augmentera légèrement en 2012-2013 puis entrera dans une décroissance marquée à partir de 2013-2014. Cette baisse des départs à la retraite (qui tient à la pyramide des âges) se prolongera jusqu’en 2030 à peu près et augmentera de nouveau entre 2030 et 2040. Imaginons maintenant que des pré-recrutements en L3 sont mis en place. Ils ne pourront l’être en aucun cas avant juin 2013 et concerneront donc des étudiants qui présenteront le concours en 2015. On ne peut pas imaginer un dispositif plus à contretemps que celui-là : inciter des étudiants de plus en plus nombreux à se présenter aux concours au moment même où le nombre de postes commencera à baisser de façon régulière et continue. Une vraie bombe à retardement.

  6. Pierre2

    Mais non, je ne vous accorderai pas « d’avoir levé un lièvre ». Votre argument n’a rien d’original : on l’entend tourner en boucle depuis des années. Vous n’avez simplement pas lu les propositions qui ont été faites sur le sujet, et qui consistent entre autres :
    — comme je l’indiquais dans mon commentaire, à ne pré-recruter qu’une fraction des postes à pourvoir.
    — a demander comme contre-partie, non pas un engagement décennal, mais une participation au travail éducatif, d’environ 8 heures par semaine, qui justifie le salaire; en cas d’échec, il y a juste cela : un échec au concours, qui n’empêche nullement d’aller voir ailleurs, avec le diplôme que l’on a en poche. Vous dites qu’il est sans valeur, mais ce n’est pas vrai, comme le montrent toutes les statistiques sur le sujet.

    Je serais très curieux de savoir d’où viennent les chiffres des « statisticiens du MEN »; ils me semblent impossibles : 18393 départ à la retraite, avec le chiffre actuel de profs, cela correspond à une carrière moyenne de 47 ans, c’est-à-dire un départ à la retraite à 71 ans… Et, puisqu’il y a eu 15000 recrutements l’an dernier, cela voudrait dire que Sarkozy a remplacé presque tous les départs! Ou plus probablement, c’est un autre chiffre biaisé.

    Des calculs simples montrent qu’en régime de croisière, le MEN doit recruter entre 25 000 et 30 000 personnes par an, soit deux fois plus qu’actuellement, alors qu’on n’arrive déjà pas à remplir les listes. Il faut donc faire revenir des gens, c’est cela l’urgence.

    Mais proposer des solutions ne vous amuse pas beaucoup, je ne vous ai jamais vu le faire; ce qui vous amuse, c’est de contempler la perspective d’un superbe naufrage. Ceux qui proposent une autre voie ne sont que des occasions de donner une autre version de votre rêve, en expliquant comment la catastrophe se produira de toute façon. Ce qui est bien vrai : à long terme, nous serons tous morts.

    Si l’on veut des solutions rapides, il suffit, par exemple, de pré-recruter l’an prochain à tous les niveaux, pour attirer tout de suite des candidats pour l’année suivante; on pourrait en fait commencer dès septembre.

  7. Pedro Cordoba

    Quelques éléments de réponse à pierre 2 :

    1. A propos du chiffre de 18393 départs à la retraite en 2012 : vu sur le site du Ministère, noté à la main, puis non retrouvé maintenant. Ce sont des choses qui arrivent sur internet. Mais je trouve celui de 2011 ici :

    http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-110874QE.htm

    On y lit : « Le nombre prévisionnel de départs à la retraite pour 2011 s’élève à 9 600 pour les enseignants du premier degré et 14 300 pour les enseignants du second degré. Au total, pour une prévision de départs à la retraite estimée à 23 900, 11 914 postes ont été ouverts aux concours enseignants de la session 2011 pour les premier et second degrés ; correspondant ainsi à la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. »

    C’est plus que 18393 mais on reste dans le même ordre de grandeur. La grande vague des départs à la retraite est finie : on avait eu 37 033 départs (réels) en 2008, 30 180 en 2009, 33 140 en 2010 et 23 900 (prévus) en 2011. Et il suffit de regarder la pyramide des âges pour voir que le nombre de postes va diminuer de façon très marquée jusque vers 2030. C’est entre 2003 et 2013 qu’il aurait fallu attirer des candidats. Le faire à partir de 2015, c’est aller à contre-temps. C’est cela, et rien d’autre, que je disais. Mais je suis tout à fait conscient du problème très urgent du manque actuel de candidatures. Je ne pense pas que des prérecrutements soient la solution. D’abord pour une question de « timing » (voir ce qui précède) mais aussi parce que cette opération ne pourrait concerner qu’un tout petit nombre d’étudiants : 20% des postes, par exemple, cela fait en période normale 4% des candidats. Et, par suite, 96% des étudiants dont les études ne seraient pas financées. Comment peut-on imaginer que cela suffise à renverser une tendance très marquée depuis 1999 pour ce qui est du CAPES ? Si personne ne veut plus enseigner dans le secondaire, ce n’est pas parce que les études sont devenues « trop chères » avec l’exigence du master. C’est parce que les conditions d’enseignement sont désormais impossibles. Et ce n’est certes pas en augmentant le temps de présence des enseignants qu’on va améliorer les choses. Il faudrait que le PS renonce à cette idée folle s’il ne veut pas tarir définitivement le vivier des candidats et même provoquer une vague de démissions.

    2. Vous parlez maintenant d’un « travail éducatif » de 8 heures par semaine au lieu d’un engagement décennal. Si c’est le cas, une grande partie de la discussion devient sans objet : contrairement à ce qui s’est passé pour les IPES, ceux qui échouent au concours ne perdraient rien. Mais il ne s’agit plus de pré-recrutements : il ne peut pas y avoir, par exemple, de droits à la retraite. C’est en réalité une forme de recrutement temporaire de vacataires, ce qui est beaucoup plus acceptable aussi en termes budgétaires. Mais je ne sais pas du tout d’où vient cette proposition que vous n’aviez pas évoquée dans votre message antérieur et qui ne figure pas non plus dans le document de la FSU dont j’ai donné l’adresse ni dans les recommandations de la Commission sénatoriale. Mes critiques s’adressaient à ces textes-là, dont je donnais la référence, et non pas à une idée que je découvre en vous lisant. A priori l’idée ne me semble pas mauvaise. Reste à voir les modalités de ces « vacations » (comment sélectionne-t-on les candidats ? en quoi est-ce différent des « masters en alternance » de Chatel ?) et le montant de leur rétribution.

    3. Vous m’accusez de catastrophisme alors que c’est exactement le contraire. J’essaie d’éviter la catastrophe que représenterait l’adoption du plan de la FSU de même que j’avais essayé, avec mes amis de Reconstruire l’école, d’éviter la catastrophe qu’a représentée la mastérisation. Voir par exemple le texte suivant, remis au ministère en 2008, et qui annonçait avec une lucidité dont personne d’autre ne faisait preuve à l’époque, ce qui s’est effectivement passé par la suite :
    http://www.r-lecole.fr/iufm/masterisational.pdf

    Quant à nos propositions actuelles, vous les trouverez ici :
    http://www.cnu.lautre.net/IMG/pdf/La_place_du_concours.pdf

    Elles ont l’avantage d’être rationnelles, ce qui n’est absolument pas le cas de tout ce que je connais par ailleurs. Ni de ce qu’on peut deviner des ESPE… Ni de ce que propose la FSU. Ni de ce que propose le sénateur communiste Brigitte Gonthier-Maurin. Quant aux propositions de Jean-Louis Auduc, par exemple, c’est du pur délire :
    http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2012/07/16072012Article634780167794001409.aspx

    Pour finir : votre anonymat – tout à fait conforme par ailleurs aux normes du net – ne me permet pas de savoir dans quel courant d’opinion vous vous inscrivez. Si votre position est assumée par une organisation quelconque, politique, syndicale ou associative, merci de donner les liens. Je pourrais ainsi diversifier mes critiques selon les projets des uns et des autres et ne pas attribuer à Pierre ce qui revient à Paul.

  8. Pedro Cordoba

    Envoyée il y a plusieurs jours, ma réponse à Pierre 2 n’est toujours pas parue.Mauvaise manip? Problème technique du site? Départ en vacances du maître de céans?

    A titre de test – est-ce que ça marche ou pas? – je formulerai ici mes plus vifs remerciements à Pierre 2. Il m’apprend en effet que je ne prêche pas dans le désert.Ma mise en garde contre l’enthousiasme excessif dont fait l’objet l’idée de pré-recrutements n’est pas du tout originale, dit-il. Tout cela circule « en boucle » depuis des années. Et dire que je n’en savais rien!! Ni en boucle, ni en spirale, ni sous quelque tour que ce soit. Rien de tel de tel ne se tortillait à mes yeux nulle part. Je suis donc heureux de me trouver soudain en si nombreuse compagnie. Mais j’aimerais bien pouvoir me joindre à cette foule. Pierre 2 aurait-il la bonté de me donner ici même liens et adresses? Ou dois-je en conclure qu’il a entendu des voix?

    PS. Si ce message s’affiche sur le blog, j’en déduirai que je peux envoyer à nouveau celui qui s’est perdu dans le cyberespace.

  9. Pedro Cordoba

    Voici donc quelques éléments de réponse complémentaires, un temps restés en rade dans le cyberespace :

    1. A propos du chiffre de 18393 départs à la retraite en 2012 : je l’avais vu sur le site du Ministère, noté à la main, et je ne le retrouve plus. Ce sont des choses qui arrivent sur internet. Mais je trouve celui de 2011 ici :

    http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-110874QE.htm

    On y lit : « Le nombre prévisionnel de départs à la retraite pour 2011 s’élève à 9 600 pour les enseignants du premier degré et 14 300 pour les enseignants du second degré. Au total, pour une prévision de départs à la retraite estimée à 23 900, 11 914 postes ont été ouverts aux concours enseignants de la session 2011 pour les premier et second degrés ; correspondant ainsi à la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. »

    C’est plus que 18393 mais on reste dans le même ordre de grandeur. La grande vague des départs à la retraite est finie : on avait eu 37 033 départs (réels) en 2008, 30 180 (réels) en 2009, 33 140 (réels) en 2010 et 23 900 (prévus) en 2011. Une baisse de 10 000 en un an seulement. Et il suffit de regarder la pyramide des âges pour voir que le nombre de postes va diminuer de façon très marquée jusque vers 2030. C’est entre 2003 et 2010 qu’il aurait fallu attirer des candidats. Le faire à partir de 2015, c’est aller à contre-temps. C’est cela, et rien d’autre, que je disais. Mais je suis tout à fait conscient du problème très urgent du manque actuel de candidatures. Je ne pense pas que des prérecrutements soient la solution. D’abord pour une question de « timing » (voir ce qui précède) mais aussi parce que cette opération ne pourrait concerner qu’un tout petit nombre d’étudiants : 20% des postes, par exemple, cela fait en période normale 4% des candidats. Et, par suite, 96% des étudiants dont les études ne seraient pas financées. Comment peut-on imaginer que cela suffise à renverser une tendance très marquée depuis 1999 pour ce qui est du CAPES ? Depuis cette date, il y a de moins en moins de candidats tous les ans. Si personne ne veut plus enseigner dans le secondaire, ce n’est donc pas parce que les études sont devenues « trop chères » avec l’exigence du master. C’est parce que les conditions d’enseignement sont désormais impossibles. Et ce n’est certes pas en augmentant le temps de présence des enseignants qu’on va améliorer les choses. Il faudrait que le PS renonce à cette idée folle s’il ne veut pas tarir définitivement le vivier des candidats et même provoquer une vague de démissions.

    2. Vous parlez maintenant d’un « travail éducatif » de 8 heures par semaine au lieu d’un engagement décennal. Si c’est le cas, une grande partie de la discussion devient sans objet : contrairement à ce qui s’est passé pour les IPES, ceux qui échouent au concours ne perdraient rien du tout, bien sûr. Mais il ne s’agit plus de pré-recrutements. C’est en réalité une forme de recrutement temporaire de vacataires, ce qui est beaucoup plus acceptable en termes budgétaires. Vous ne voulez pas à vrai dire ressusciter les IPESIENS, vous voulez ressusciter les PIONS. En outre, je ne sais pas d’où vient cette proposition qui ne figure pas dans le document de la FSU dont j’ai donné l’adresse ni dans les recommandations de la Commission sénatoriale. Mes critiques s’adressaient à ces textes-là, dont je donnais la référence, et non pas à une idée que je découvre en vous lisant. Une idée qui n’est pas à exclure a priori mais qui se trouve à des années-lumière de vrais pré-recrutements. Reste enfin à voir les modalités de ces « vacations » (comment sélectionne-t-on les candidats ? en quoi est-ce différent des « masters en alternance » de Chatel ?) et le montant de leur rétribution.

    3. Vous m’accusez de catastrophisme alors que c’est exactement le contraire. J’essaie d’éviter la catastrophe que représenterait l’adoption du plan de la FSU de même que j’avais essayé, avec mes amis de Reconstruire l’école et de Qualité de la science française, d’éviter la catastrophe qu’a représentée la mastérisation. Voir par exemple le texte suivant, remis au ministère en 2008, et qui annonçait avec une lucidité dont personne d’autre ne faisait preuve à l’époque, ce qui s’est effectivement passé par la suite :

    http://www.r-lecole.fr/iufm/masterisational.pdf

    Quant à nos propositions actuelles, vous les trouverez ici :

    http://www.cnu.lautre.net/IMG/pdf/La_place_du_concours.pdf

    Elles ont l’avantage d’être rationnelles, ce qui n’est absolument pas le cas de tout ce que je connais par ailleurs. Ni de ce qu’on peut deviner des ESPE… Ni de ce que propose la FSU. Ni de ce que proposent le rapport Marois, le rapport Filâtre, le rapport Jolion… Ni non plus de ce que propose la commission sénatoriale sous l’égide de Brigitte Gonthier-Maurin. Quant aux propositions de Jean-Louis Auduc, par exemple, c’est une pure fantasmagorie :

    http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2012/07/16072012Article634780167794001409.aspx

    Pour finir : votre anonymat – tout à fait conforme par ailleurs aux normes du net – ne me permet pas de savoir dans quel courant d’opinion vous vous inscrivez. Si votre position est assumée par une organisation quelconque, politique, syndicale ou associative, merci de donner les liens. Je pourrais ainsi diversifier mes critiques selon les projets des uns et des autres et ne pas attribuer à Pierre ce qui revient à Paul.

  10. Maryrose Roettgen

    Salut , c’est un trés bon site ; il colle tout a fait a l’actualité! Christine admin de mutuelles-info.com

  11. Stéphane B

    Question très intéressante: comment recruter davantage de prof ? Avez vous pensé au concours interne ? Certes, les gens qui s’y présentent n’ont pas un niveau Master mais parfois uniquement un bac +2 mais ils ont le privilège d’être dispensé de diplôme pour les 3 enfants et plus. Certes, certains qui aimeraient s’y présenter n’ont aucune expérience ou bien différente de l’enseignement. Mais ils ont parfois, la généralité n’étant pas une norme, la volonté et la motivation, une expérience professionnelle qui permet d’ouvrir le collège au monde extérieur.
    Or, ce dossier RAEP, à la lecture de sa constitution, est un handicap majeur pour eux alors qu’ils ont largement les capacités de transmettre un savoir ayant le recul de la vie.

    J’ai souri en lisant un commentaire parlant de passer un concours de B pour un prof qui souhaiterait aller dans une autre administration mais lui au moins, il peut. Un B aura toutes les plus grandes difficultés à passer l’admissibilité en interne à cause de ce dossier.

  12. auvairniton bourgrire

    Ola Merci pour ce très bon article. J’était justement à lla recherche d’information à ce sujet depuis
    un bout de temps et j’ai trouvé enfin des informations supplémentaires sur le sujet.
    Et par dessus tout, je voulais aussi vous remercier pour votre expertise, les informations que vous avances me seront d’une grande utilité pour mon exposé.
    Bonn travail et à bientôt

  13. Auvairniton Bourgrire Officiel

    Tels qu’ils sont envisagés par le SNEsup, les prérecrutements sont deux fois impossibles : du point de vue budgétaire car on ne peut pas multiplier par 9 en nombre de postes le coût actuel de la formation ; et du point de vue institutionnel s’il faut accueillir dans des écoles de formation plus de 200 000 candidats qui, pour corser le tout, n’auraient aucun débouché après deux ans d’études professionnelles.

  14. Blondell Caracso

    incroyable post, merci beaucoup.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>