Le blog de Claude Lelievre

Supérieur. Des engagements virtuels: 2 ) Pompidou

 

Georges Pompidou est foncièrement un homme d’ordre et de hiérarchie . Après mai 68, il est tiraillé entre son souci de remettre de l »’ordre » et les risques – au moins momentanés – d’ajouter de fait du  »désordre » au  »désordre » dans une situation plus ou moins  »explosive », en particulier à l’Université. Et cela l’amène à des engagements qui restent virtuels, ou tout au moins velléitaires dans ce domaine .

 

Cela commence alors même qu’il est encore Premier ministre, à propos du projet de loi d’orientation  »Edgar Faure’‘ pour l’enseignement supérieur soutenu par le président de la République Charles de Gaulle après les événements de mai 68. Georges Pompidou se tait et laisse agir son ex-conseiller Bruguière et ses appuis qui obtiennent le maintien des grandes écoles ( auquel il tenait beaucoup ). Quelques semaines plus tard, la loi  »Edgar Faure » est mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale : Georges Pompidou la juge mauvaise, mais il la vote par solidarité majoritaire . Selon son biographe Eric Roussel, « cela restera l’un des grands regrets de sa vie » ; André Bergeron confirme : « A la veille de sa mort, il se le reprochait encore ».

Après avoir quitté son poste de Premier ministre, et avant de devenir Président de la République en 1969, Georges Pompidou rédige un ouvrage de bilan et de réflexion ( qui ne paraîtra qu’après sa mort, en 1974, sous le titre « Le nœud gordien » ).

Il y développe l’idée que, dans les universités actuelles ( où l’on entre sans sélection véritable, le baccalauréat n’ayant plus réellement cette fonction ), les enseignants se sentent frustrés par le désintérêt de beaucoup d’étudiants, la faible motivation de ces derniers les conduisant à refuser l’effort qu’exige l’accès à la culture.

 

Georges Pompidou suggère qu’on limite les possibilités de faire des études supérieures longues en remplaçant les universités actuelles par trois types d’établissements nouveaux : des collèges de premier cycle ouverts au grand nombre mais proposant des études courtes, des universités conduisant au second cycle et moins largement ouvertes, et un petit nombre d’universités de premier rang.

 

Devenu Président de la République, il n’entreprendra rien allant dans ce sens, par  »prudence ». En revanche, en début de mandat présidentiel, il pose publiquement à Albi la question du baccalauréat en avril 1970 :« Que veut-on faire du bachot ? Ou bien c’est un examen d’enseignement supérieur qui vous ouvre toutes grandes les portes des facultés, qui vous donne un droit de poursuivre des études, alors il faut qu’il constitue une sélection. Je n’ai pas peur du mot. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas laisser aller vers des études prolongées des gens qui n’ont pas subi la préformation indispensable et nécessaire.[…]. Si par contre on considère que l’enseignement supérieur doit assurer lui-même son recrutement, eh bien alors le baccalauréat peut devenir un simple certificat stipulant que vous avez fait convenablement des études secondaires sans plus, et que vous ne vous dirigez pas obligatoirement vers des études prolongées ».

 

Rien n’est véritablement tenté immédiatement. Mais, trois ans plus tard, le 16 janvier 1974, un conseil des ministres présidé par Georges Pompidou prend connaissance d’un projet de loi sur l’enseignement où le baccalauréat est dûment évoqué. Un communiqué annonce que, « afin de valoriser la fonction d’orientation du baccalauréat, celui-ci sera modifié selon un type qui rappellera le système britannique ». Il est précisé que le diplôme sera attribué aux lycéens s’ils obtiennent une moyenne générale aux épreuves, mais que l’accès à l’enseignement supérieur ne sera ouvert qu’à ceux qui auront obtenu un certain niveau dans les matières où ils veulent se spécialiser. La décision ne sera jamais appliquée : Georges Pompidou meurt moins de trois mois plus tard.

 

 

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