« Des grandes écoles vraiment pour tous. Allons plus loin dans l’ouverture sociale »

 

C’est le titre d’une tribune parue dans « Le Monde » de ce jeudi 9 janvier que j’ai co-signé avec une douzaine d’autres personnes. C’est l’un de mes étudiants en  »master » lors de ma dernière année d’enseignement à Paris V qui m’a proposé de signer ce texte, Jean-Baptiste Mauvais (qui, après ses études à l’ENS de Lyon et l’obtention d’une agrégation d’allemand, avait choisi d’enseigner dans un dispositif –  »Nouvelles chances »- dédié aux décrocheurs scolaires en Seine Saint-Denis).

 

Jean-Baptiste Mauvais ne devrait pas être un inconnu pour certains, puisqu’il est déjà intervenu deux fois sur  »Educpros » : le 18 février 2011 (  »Un service civique obligatoire permettant d’éduquer les élèves des grandes écoles aux réalités sociales ») et le 6 février 2012, en tant que l’un des trois fondateurs du collectif « Responsabiliser les élites » dont le site internet s’est prononcé en faveur de la création d’un service civique (« De futures élites responsables ! Oui mais comment ?»).

Dans ces conditions, on ne devrait pas s’étonner que le texte de la tribune publiée dans « Le Monde » aille résolument dans ce sens. Quelques extraits significatifs. « En se contentant de défendre par divers moyens l’ouverture et l’augmentation des chances d’accès aux filières prestigieuses, on occulte presque totalement ce qui devrait aller de pair avec un changement des modes de recrutement : la question de la formation interne à chaque établissement […]. C’est donc le concept et la pratique mêmes d’ouverture sociale qui doivent avec urgence être repensés […]. C’est bien la formation elle-même des futurs dirigeants qui doit être réinventée. Le fonctionnement en vase clos des jeunes élites en formation qui les rend si peu aptes à décider ensuite en connaissance de cause à propos d’un monde et d’une société qu’elles connaissent mal ou si peu, tient à cette discrimination paradoxale. L’ouverture sociale pratiquée actuellement est trop timorée du côté du recrutement, et, du côté de la formation, elle dispense la plupart des étudiants issus des milieux les plus favorisés d’une expérience autre que la leur […]. Nous pensons qu’une piste doit être explorée : la généralisation à l’ensemble des étudiants des filières les plus sélectives – grandes écoles, masters- d’une expérience citoyenne et sociale de terrain. Celle-ci pourrait contribuer à remodeler en profondeur une ouverture sociale aujourd’hui unilatérale. Cette expérience de terrain reposerait sur la mise en place de partenariats avec des collectivités territoriales, des établissements publics (école, hôpitaux, musée) et des associations agréées. Elle devrait faire partie intégrante de la formation. Les propositions et pratiques actuelles sont fondamentalement insuffisantes […]. Ce que l’on peut attendre aujourd’hui de la formation, c’est que grâce à elle les cadres dirigeants réintègrent pleinement la société qu’ils aspirent à diriger, apprennent à mieux mesurer, en l’éprouvant, la portée humaine de leurs décisions ».

 

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This entry was posted on Jeudi, janvier 9th, 2014 at 10:40 and is filed under agrégation, dilpômes, mastérisation, sélection, supérieur. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

6 Responses to “« Des grandes écoles vraiment pour tous. Allons plus loin dans l’ouverture sociale »”

  1. Etudiant Says:

    Assez ! Assez de ces discours démagogiques sur les étudiants des grandes écoles ! Assez de ces immondes hypocrites bien installés dans leur fauteuil et qui se permettent de cracher sur des étudiants qui même sortis d’HEC ou de Centrale galèrent pour se trouver un stage payé 1000 balles par mois.

    Et vous, en avez-vous une, »une expérience citoyenne et sociale de terrain » ? Tellement facile de cracher dans la soupe ! Envoyons les futures « élites » côtoyer le petit peuple, envoyons les se faire rééduquer dans le 93, mais nous autres mandarins nous nous en exemptons ! Ben voyons !

    L’expérience de terrain existe déjà dans toutes les écoles : ça s’appelle un stage, et ça donne déjà un très bon avant-goût de la suite, à savoir se battre comme un fou pour décrocher un job pas trop merdique. Ce genre de tribune imbécile qui fait comme si les étudiants des grandes écoles ignoraient le monde réel et vivaient d’une existence dorée à compter du jour de l’intégration est révoltant de la part de personnes qui sont bien installées dans la vie et regardent la situation le sourire aux lèvres.

    Vous est-il venu à l’esprit, par exemple, de savoir comment les étudiants d’HEC allaient rembourser les intérêts du prêt souscrit pour payer l’école durant leur année de service civique ? Non, bien sûr, ce genre de détail ne vous a pas effleuré une seule seconde. Un étudiant vit d’amours et d’eau fraîche, c’est connu. Ça n’a pas besoin de se loger non plus.

    Je vous conseille donc vraiment, ainsi qu’à tous les signataires de la tribune, de redescendre sur terre. Passe encore de travailler dur à l’école, de galérer pour trouver un job, de financer à fonds perdus des avantages sociaux dont nous ne bénéficierons jamais, mais de se faire cracher dessus par les mêmes qui doivent tout au système et qui se permettent en plus de donner des leçons, NON !

  2. Etudiant Says:

    Je remarque d’ailleurs que l’ami Jean-Baptiste Mauvais, après être allé joué les normaliens aux pieds nus dans le 93, s’est sagement planqué en classes préparatoires au lycée René-Cassin ! (et j’imagine ça ne l’a pas trop dérangé de bénéficier de son statut de normalien pour passer avant d’autres agrégés )

    Hypocrites !

  3. Mauvais Says:

    Que d’agressivité… et que d’aveuglement.

    Vos études supérieures ne vous ont manifestement, malgré tous vos efforts, pas permis de lire cette tribune correctement, d’apprendre la nuance (on peut critiquer un système sans « cracher dans la soupe ») ni de constater qu’un certain nombre de vos camarades, notamment ceux des plus grandes écoles, auraient bien besoin des mesures proposées.

    Il n’est pas question du « petit peuple » dans cette tribune ; cette lecture ironique que vous en faites est révélatrice…

    Les contraintes propres aux parcours sélectifs, et que vous évoquez, sont réelles, mais limitées dans le temps, et bien peu de choses par rapport aux bénéfices matériels et symboliques ad vitam aeternam qui en résultent…

    Pour ce qui me concerne, j’ai fait le choix de quitter les classes préparatoires après un an d’enseignement.

    Vous ne faites peut-être partie des étudiants visés par le projet – quoique… cette agressivité permettrait d’en douter.
    Bonne continuation !

  4. ecig Says:

    IL est rare que je lise un aussi long commentaire (le premier) mais ce n’est pas inhabituel de lire ou d’entendre cette « plainte » que je trouve légitime. Voilà de la façon dont nous sommes éduqués : « Travaillez et travaillez dur , surtout à l’école. Pour réussir il vous faut vous dépasser. En retour après votre master, doctorat un bel avenir s’offrira à vous « .
    Nous sommes éduqués dans le rapport très simple travail=récompense. Mais la réalité est tout autre ! Les chiffres sont éloquent : salaire d’un chercheur, d’un étudiant qui sort d’un master, d’un doctorant .. Alors responsabiliser les élites ; oui ! Mais qui peut bien y croire ?

  5. Etudiant Says:

    @Mauvais :

    L’aveuglement est du côté de ceux qui n’ont jamais mis les mains dans le cambouis et qui prétendent donner des leçons de vie aux « élites déconnectées de la réalité ».

    Et bien figurez-vous que passé par une des plus prestigieuses classes préparatoires du quartier latin, par HEC et par l’X ( est-ce assez prestigieux pour me réclamer des plus grandes écoles ?),j’ai quand même eu l’occasion d’aller compter les boulons à Bazancourt et les bananes à Rungis avec le menu peuple, et même le menu peuple immigré,de donner des cours de tutorat à des élèves défavorisés, et que j’estime en savoir davantage sur l’existence que les signataires de cette tribune,tous issus du monde universitaire ou académique, et pour qui le « pauvre » se réduit à un sujet d’étude teinté de fausse commisération.

    Ce qui ne les empêche pas d’écrire la main sur le cœur :

    « Le fonctionnement en vase clos des jeunes élites en formation, qui les rend si peu aptes à décider ensuite en connaissance de cause à propos d’un monde et d’une société qu’elles connaissent mal ou si peu »

    Comme si Richard Faure, maître de conférences en linguistique grecque, université de Nice ou Magali Bessone, maître de conférences en philosophie, université de Rennes-I,connaissaient quoi que ce soit au monde réel, ie au monde de l’entreprise…

    Cette tribune suintant de bons sentiments ne m’inspire définitivement qu’un profond mépris pour ses signataires.

  6. Mauvais Says:

    Bonjour,

    vous avez décidément mal lu cette tribune.

    Il n’y est question ni de « pauvre », ni de « sujet d’étude », ni encore moins de commisération. Bien heureusement.

    Le fait que vous interprétiez ce texte dans ce sens et que vous prêtiez aux autres de tels désirs, idées ou peurs en dit long sur vos propres représentations (la projection, mécanisme de défense bien connu en psychanalyse).

    Par ailleurs, la tribune reconnaît très clairement qu’un certain nombre d’étudiants sont déjà engagés dans des actions qui les relient à la société qui les entoure.

    Si vous faites partie de ces étudiants qui ont déjà « mis les mains dans le cambouis », pour reprendre votre expression, tant mieux.

    En revanche, votre aveuglement persiste quant au fait qu’un certain nombre d’étudiants d’écoles très prestigieuses parmi vos camarades auraient fondamentalement besoin de l’expérience que vous avez faite.

    Bon courage, et bonne continuation, sans rancune ni mépris, lequel n’apporte rien, cela les mains dans le cambouis ne vous l’ont pas appris. Dommage!

    JB Mauvais

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