« Education sexuelle » retour historique sur quelques turbulence

 

A la suite de l’effervescence de mai 68 et des années qui ont suivi ( et en raison notamment de la propagation dans les lycées du tract d’un « Comité d’action pour la libération de la sexualité » animé par le docteur Carpentier, « Apprenons à faire l’amour » ), il n’est alors plus apparu tenable qu’aucune information ou éducation sexuelle ne soit donnée à l’Ecole.

 Mais les mises en garde ou les réticences sont alors très vives. Par exemple, la Fédération de Paris des APEL ( associations de parents d’élèves de l’enseignement libre ) dénonce dans un communiqué « le processus inéluctable qui transforme le projet de l’Education nationale en une vaste entreprise dite de libération sexuelle, en fait d’initiation à la débauche, comme on le voit actuellement au Danemark ».

L’Union nationale des associations de parents d’élèves autonomes se prononce pour une séparation radicale entre « l’information sexuelle » qui peut être donnée à l’Ecole, et « l’éducation sexuelle ». Elle admet que l’Education nationale ne peut éluder la question de l’information sexuelle «  alors que les produits contraceptifs se généralisent, que l’érotisme s’étale dans toutes les rues et sur tous les écrans, et que certains ne peuvent répondre à la demande éducative de leurs enfants, par ignorance, incapacité, pudeur, ou encore par lâcheté ». Mais les parents d’élèves ‘’autonomes’’ tiennent à distinguer « l’information sexuelle » qui peut être donnée par l’Ecole à condition qu’elle ne fasse pas intervenir de jugement moral, et « l’éducation sexuelle » qui est liée à des options philosophiques et religieuses et ne peut donc avoir un caractère unique. « Une éducation sexuelle à l’école qui respecte le principe de laïcité est impossible. Il ne peut pas plus exister un cours d’éducation sexuelle unique qu’il n’existe dans les établissements dispensant un enseignement religieux à des élèves de différentes confessions un cours unique de religion. L’œcuménisme sexuel n’est pas encore pour aujourd’hui ».

 En définitive, le ministère de l’Education nationale dirigé alors par le démocrate-chrétien Joseph Fontanet opère un clivage fondamental entre « l’information sexuelle » ( scientifique, intégrée aux programmes, pour tous les élèves ) et « l’éducation sexuelle » ( facultative, en dehors de l’emploi du temps obligatoire, avec ou sans autorisation des parents selon qu’il s’agit du premier ou du second cycle de l’enseignement secondaire ).

 Changement de programme au début du XXI° siècle. Les dispositions de l’article 22 de la nouvelle loi du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception complètent le Code de l’éducation par un nouvel article : «  une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles ».La circulaire d’application préparée sous le gouvernement Jospin paraît le 17 février 2003 sous le gouvernement Raffarin sans modification majeure. Elle insiste sur le fait que la loi du 4 juillet 2001 a  désormais « confié à l’Ecole une mission éducative dans le champ bien spécifique de l’éducation à la sexualité ».

 Cela implique à l’évidence, comme le souligne la circulaire elle-même, que « la mise en œuvre de l’éducation à la sexualité » ne soit pas circonscrite, loin s’en faut, aux cours de sciences de la vie et à leurs enseignants : « Au sein des écoles et des établissements scolaires, tous les personnels, membres de la communauté éducative, participent explicitement ou non, à la construction individuelle, sociale et sexuée des enfants et des adolescents […]. Ces pratiques éducatives impliquent une nécessaire cohérence entre les adultes participant au respect des lois et des règles de vie en commun qui s’exercent aussi bien dans le cadre de la mixité, que de la lutte contre les violences sexistes et homophobes contraires aux droits de l’homme ».

 En conclusion ( anticipée?), comme je l’ai écrit à ce moment là ( il y a une dizaine d’années) : «  il n’est pas évident – loin s’en faut – que l’application effective de cette circulaire aille sans difficultés, voire sans oppositions vives, notamment de certains milieux religieux. Et elle risque même, en ce cas, de mettre à l’épreuve l’espace laïque français, si l’on se réfère à la jurisprudence de l’affaire Madsen Pedersen ( une jurisprudence qui date, certes, de 1976 ). Des parents d’élèves d’une école publique du Danemark avaient refusé cette année-là, pour motif de morale religieuse, que leurs enfants suivent les cours d’initiation sexuelle qui venaient d’être rendues obligatoires. Et la Cour européenne des droits de l’homme leur avait donné gain de cause … ».

 

 

 

 

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This entry was posted on Jeudi, janvier 30th, 2014 at 8:59 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “« Education sexuelle » retour historique sur quelques turbulence”

  1. Suivi Scolaire » Revue de presse du 31 janvier 2014 Says:

    […] Claude Lelièvre sur son blog Educpros propose sa distance historique« Education sexuelle » retour historique sur quelques turbulence. […]

  2. Eroll Says:

    Bonjour,

    je suis avec grand intérêt les articles sur ce thème. Sans être choquée plus que cela par les termes « éducation » ou « information » sexuelle, peut être serait-il plus juste du point de vue sémantique de parler d’information ? Cela dit, vous dites :
    « certains ne peuvent répondre à la demande éducative de leurs enfants » ..soit nous sommes dans le réel.
    « par ignorance » … soit.
    « incapacité »… parfois même par handicap au sens strict du terme. « pudeur » … ok.
    « ou encore par lâcheté » n’êtes vous pas un peu dur sur ce dernier ?
    Peut-on faillir par lâcheté vraiment ? Par manque de courage ? Les autres ont ils tant de courage que cela pour ne pas faillir à leurs rôles de parents ? La peur oui sans doute, mais lâcheté …?

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