L’histoire de la lutte contre les stéréotypes sexistes à l’Ecole plus longue que prévue

 

A la surprise même, un temps, de la  »droite de gouvernement’‘. De façon générale, les stéréotypes sexistes sont restés beaucoup plus présents à l’Ecole que l’on aurait pu le supposer après les injonctions de certains textes ministériels du début des années quatre-vingt. Ainsi, l’arrêté du 12 juillet 1982 du ministre Alain Savary ( « Action éducative contre les préjugés sexistes » ) insistait, dans son article premier, sur «  la mention destinée à combattre les préjugés sexistes ajoutée, à compter de la rentrée scolaire 1982-1983, à l’ensemble des programmes pour toutes les disciplines et activités éducatives ainsi que pour tous les niveaux d’enseignement des premier et second degrés ».

 

Mais, quinze ans plus tard, le rapport demandé par Alain Juppé sur cette question à Simone Rignault ( députée RPR ) et Philippe Richert ( sénateur apparenté à l’Union centriste ) et remis le 9 avril 1997 au Premier ministre est sans appel : « L’image donnée de la femme dans les manuels scolaires ne permet pas aux jeunes filles de trouver des modèles positifs d’identification. Elles n’y trouvent la plupart du temps que des modèles de mère, d’épouse ou de ménagère. Pas ou peu valorisée pour ses qualités, la femme n’est pas invitée à participer à la vie économique ni à l’histoire de son pays ».

Les deux auteurs responsables du rapport, qui s’étaient pourtant interrogés initialement sur le sérieux et l’enjeu de la requête ( qu’ils estimaient pour l’essentiel dépassée compte tenu des politiques officielles scolaires affirmées ), sont formels : « En France, malgré les mesures prises il y a une dizaine d’années, des stéréotypes sexistes existent toujours dans les manuels scolaires. Les auditions ont montré que l’inégalité de traitement entre les hommes et les femmes existait encore dans les outils scolaires ».

 Les intitulés d’un certain nombre de passages de leur rapport peuvent donner une idée de ce qui est en jeu ( et reste à faire ). « Lorsque les femmes apparaissent, leur présence n’est, la plupart du temps, ni soulignée, ni valorisée par les auteurs » ; « Le modèle dominant et valorisé reste le modèle masculin » ; « Les femmes ne sont pas invitées sur la scène de la grande histoire » ; « La place de la femme dans la société est réduite à son rôle de mère et d’épouse » ; « Le stéréotype classique de la ‘’femme aux fourneaux’’ » ; « La femme-objet valorisée à travers l’image prédominante de son corps » ; « L’exercice du pouvoir est pratiquement toujours associé à un individu de sexe masculin ».

 Si l’on en juge par des études réalisées ces toutes dernières années, on en est toujours là pour l’essentiel. Une étude de 2007 sur les 7 manuels de lecture parmi les plus utilisés en cours préparatoire montre que les enfants de CP, à travers ces manuels, ont des modèles d’identification conformes aux stéréotypes de sexe, notamment par rapport à la présentation des héros et des héroïnes, de leurs activités. Le père y est souvent absent, et peu concerné par les tâches familiales, tandis que la vie professionnelle des mères n’est guère évoquée » (Christine Fontani, « Les manuels de lecture sont-ils sexistes ? », 2007).

 Les manuels d’histoire de 2010 ne sont pas encore vraiment sortis de l’orbite du sexisme en dépit des progrès constatés et des perspectives nouvelles qu’offrent en ce domaine les nouveaux programmes, si l’on en juge par la publication du Centre Hubertine Auclert de septembre 2011 intitulée : « Histoire et égalité femmes-hommes : peut mieux faire ».

 Une autre étude, réalisée sur une trentaine de manuels de mathématiques de terminales générales ou professionnelles ( publiée également au Centre Hubertine Auclert en novembre 2011 et intitulée : « Egalité femmes-hommes dans les manuels de maths, une équation irrésolue ? ») montre « la permanence des représentations inégalitaires et stéréotypées qui ne sont pas liées aux programmes, mais à leur mise en scène pédagogique. Ainsi, parmi les personnages sexués comptabilisés, on compte une femme pour cinq hommes ; elles sont moins présentes dans l’iconographie ; les femmes ne dominent dans aucune des activités socio-économiques représentées ; et elles sont surreprésentées dans les professions auxquelles elles sont traditionnellement associées »

 

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This entry was posted on Lundi, février 3rd, 2014 at 17:51 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

3 Responses to “L’histoire de la lutte contre les stéréotypes sexistes à l’Ecole plus longue que prévue”

  1. Le genre dans la presse, semaine 10-15 février 2014 : Mnémosyne – Association pour le développement de l'histoire des femmes et du genre Says:

    […] vieille histoire. L’historien Claude Lelièvre préfère s’en remettre aux textes et rappelle que les stéréotypes sexistes sont restés […]

  2. Plan Odile Says:

    Bonjour,
    J’avais travaillé avec Françoise au début de ce siècle et organisé avec elle un séminaire à Amiens sur les conjointes de travailleurs indépendants en milieu rural, et avais logé chez vous à Amiens. J’appréciais beaucoup Françoise et sa façon d’intervenir.
    Je suis à la recherche de l’ouvrage que vous avez commis ensemble sur les femmes dans les manuels scolaires pour une amie qui fait un ouvrage sur les reines de France.
    Il a été pour moi un des outils les plus utilisés (et parlant) pour apprendre à voir les inégalités de genre dans les apprentissages sociaux ordinaires.
    Je n’arrive plus à le trouver, est il possible de me faire savoir ou m’adresser ?
    Bravo pour ces pages dans votre blog, parce que même à l’éducation nationale, bien des enseignants ne réalisent pas à quel point ils sont porteurs de cette reproduction des stéréotypes.
    Maintenant, à la retraite on travaille sur casser les stéréotypes sur les vieux. C’est tout aussi difficile, et en plus il y a plein de femmes
    bien cordialement
    Odile Plan
    (seniors, acteur du développement des territoires, dans une société pour tous les âges…)

  3. Claude Lelièvre Says:

    Bonjour,

    Je pense qu’il peut être trouvé aux PUF, là où il a été édité ( « L’histoire des femmes publiques contée aux enfants »). Avec le meilleur souvenir de Françoise

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