Le blog de Claude Lelievre

La longue marche victorieuse des filles

 

Cela fait seulement 90 ans que le décret du 25 mars 1924 leur a reconnu une formation de plein droit au baccalauréat. Et maintenant elles l’emportent manifestement sur les garçons. Ce qui est le plus remarquable, c’est qu’elles se sont imposées elles-mêmes, petit à petit.

 

Lorsque le baccalauréat est institué par Napoléon en 1808 comme couronnement du secondaire masculin, cela ne concerne pas à l’évidence les filles. Elles peuvent certes en principe s’y présenter si une université l’admet ( puisque le baccalauréat est un examen universitaire), mais il faut attendre 1861 pour que cela se produise : après plusieurs vaines tentatives, Julie Daubié s’obstine et obtient finalement d’une université l’autorisation de passer le baccalauréat (avec succès).

Lorsque un enseignement secondaire pour les filles est créé en 1880 par la loi Camille Sée avec le soutien de Jules Ferry, les filles ne bénéficient toujours pas d’une formation en vue du baccalauréat. Les études qui leur sont prescrites sont pour l’essentiel éloignées du baccalauréat et destinées à préparer un examen sui generis de « fin d’études secondaires féminines ».

 

Mais les filles ne vont pas se laisser faire, et vont fréquenter de plus en plus des voies d’accès au baccalauréat parallèles. Le collège de filles Sévigné – un célèbre établissement privé laïque – institue en 1905 une préparation au baccalauréat. En 1908, une ancienne élève de ce collège ouvre une école normale libre destinée à reconstituer les cadres de l’enseignement confessionnel et prépare également au baccalauréat. Finalement, devant ces concurrences qui ont du succès, certains établissements publics féminins se mettent aussi à préparer peu ou prou au baccalauréat (avec le concours le plus souvent de professeurs de lycées masculins) en parallèle avec la formation de l’examen officiel du secondaire féminin ( l’examen de « fin d’études secondaires féminines »). En 1912, 450 candidates (sur 693) sont reçues à la première partie du baccalauréat ; 289 (sur 410) à la seconde. Par ailleurs la période de la Grande Guerre est propice à une accélération de ce processus.

 

Finalement, comme les pouvoirs publics ne peuvent plus guère s’y opposer, ils admettent et entérinent le processus engagé . D’où le décret du 25 mars 1924. «  Article 3 : à côté de l’enseignement sanctionné par le diplôme de « fin d’études secondaires », il est institué dans les lycées et collèges de filles un enseignement facultatif dont la sanction est le baccalauréat » ; « article 4 : les programmes de l’enseignement des garçons seront intégralement appliqués dans l’enseignement facultatif prévu par l’article 3 ».

 

Et 90 ans plus tard, les filles l’emportent manifestement sur les garçons. Elles ont un taux de réussite supérieur à celui des garçons dans chaque type de baccalauréat : 93% contre 90,7% pour les bacs généraux (en 2013) ; 86,6% contre 86,3% pour les bacs technologiques ; 82,7% contre 76,5% pour les bacs professionnels. Soit un taux de réussite général de 89,2% pour les filles contre 84,6% pour les garçons.

 

Par ailleurs et surtout, on ne manquera pas d’observer que les filles l’emportent sur les garçons pour l’obtention du baccalauréat technologique ( 52,5% de filles contre 47,5% de garçons ) et plus nettement encore pour le baccalauréat général ( 57,4% de filles contre 42,6% de garçons) en regard du baccalauréat professionnel ( 42% de filles contre 58% de garçons).

 

Les filles viennent de loin (reviennent de loin…). Où s’arrêtera leur longue marche victorieuse ?

 

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