Le blog de Claude Lelievre

Rythmes et  »démocratie de proximité »: un problème?

Dans le contexte du décret à venir sur les  »expérimentations  » des rythmes scolaires, il serait bon de se remettre en mémoire ce qui s’est passé il y a 20 ans et même d’en tirer quelque leçon.

 

Dans son « Nouveau Contrat pour l’Ecole » présenté le 16 juin 1994, le ministre de l’Education nationale François Bayrou situe au quinzième rang de ses 158 propositions, « l’aménagement de la semaine scolaire, avec éventuellement une libération du samedi matin, décidé par l’Inspecteur d’Académie sur proposition du conseil d’école ».

De juin à octobre 1994, quarante mille conseils d’écoles primaires (réunissant parents et enseignants) se prononcent. Le maintien du statu quo, avec samedi matin travaillé, ne remporte que 15% des suffrages, tandis que le report simple du samedi matin au mercredi fait le plus mauvais score ( 4% ). En revanche, la libération du samedi matin, avec son nécessaire corollaire du raccourcissement des vacances scolaires, connaît un franc succès ( 39%). Les scénarios « autres » ( ou « divers ») sont choisis par 22% des conseils d’école.

Mais le plus remarquable ( et le plus préoccupant pour ceux qui se situent résolument dans une prise en compte des « rythmes scolaires », et en particulier de la réduction de la journée de classe ), c’est que 20% des conseils n’ont pas hésité à jeter leur dévolu sur un scénario qui prévoit 4 jours de classe de 6h30…

 

Ce qui est plébiscité en fait, c’est ce qui est le plus éloigné de ce que préconisent les spécialistes des « rythmes scolaires » : la semaine de quatre jours pleins avec rattrapage sur les vacances ou, pis, l’augmentation du temps de travail journalier de l’écolier. Comme quoi l’on ne peut tout attendre sans problèmes de la « démocratie de proximité ».

 

Comme l’a raconté François Testu ( l’un des chronobiologistes les plus en vue ) quelque temps plus tard : « Je pense que si on avait laissé faire, on serait tous aux 4 jours. La base de la FCPE, comme celle de la PEEP était pour les 4 jours . On a fait un appel ‘’ musclé ‘’ qu’on a fait publier un peu partout, et je suis intervenu au congrès de la FCPE. On a été entendu. Il y a eu un revirement du côté des deux fédérations de parents. Les politiques ne savaient pas trop sur quel pied danser […]. Le Directeur des Ecoles, Marcel Duhamel n’était pas loin de penser à l’époque que les 4 jours étaient ce qu’il y avait de mieux. Six mois après, il m’invitait à parler au ministère devant tous les responsables ; et on a mis un frein très net par rapport aux 4 jours. C’est quand même rassurant de voir des politique évoluer et se prononcer finalement en toute connaissance de cause ».

 

Bon. Eh bien on va voir de quel bois est fait Benoît Hamon puisque le ministre de l’Education nationale  présentera son texte sur l »’expérimentation » des rythmes scolaires ( qu’il a commencé à dévoiler) au Conseil supérieur de l’éducation et au Comité technique ministériel du 5 mai.

 

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