Le blog de Claude Lelievre

« La lutte anticléricale,oui! La lutte antireligieuse, jamais! »

La situation dans laquelle nous nous trouvons n’est pas vraiment neuve, car elle a été à certains égards constitutive de l’institution de l’Ecole laïque et républicaine.

Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881 :« Nous sommes institués pour défendre les droits de l’Etat contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j’appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d’une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui , nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l’ai dit et la majorité républicaine m’ a acclamé quand j’ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais »

Qu’est-ce à dire ? La « question laïque » est fondamentalement liée à l’institution même de la République. C’est ce que développe très nettement Jules Ferry dans son discours du 23 décembre 1880 à la Chambre des députés : « Il importe à la sécurité de l’avenir que la surintendance des écoles et la déclaration des doctrines qui s’y enseignent n’appartiennent pas aux prélats qui ont déclaré que la Révolution française est un déicide, qui ont proclamé comme l’éminent prélat que j’ai l’honneur de trouver devant moi [il s’agit de Monseigneur Freppel, le chef de file des députés catholiques] l’a fait à Nantes devant le tombeau de La Moricière, que les principes de 89 sont la négation du péché originel ».

Il est significatif que Paul de Cassagnac ait pu écrire en mars 1886 (dans le journal « L’Autorité ») qu’ « il n’y avait eu jusqu’à présent en France qu’un prêtre assez abandonné du ciel et des hommes pour s’avouer républicain ». Comme l’a bien dit l’historienne Mona Ozouf, « l’espèce du  »républicain catholique » est encore inconnue, et l’expression elle-même scandaleuse »

C’est en restant ferme sur ses principes politiques républicains (tout en veillant à ne pas verser dans la lutte antireligieuse) que l’Etat républicain contribuera à l’apparition puis à la propagation de  »l’espèce du républicain catholique ».
On notera que Jules Ferry s’est montré très ferme sur le plan directement politique, par exemple en mettant les manuels de morale et d’histoire mis à l’index par l’Eglise de France en bonne place parmi les manuels recommandés en annexe de sa célèbre lettre-circulaire aux instituteurs.
Mais il est non moins remarquable (même si c’est généralement peu connu) que c’est le même Jules Ferry qui prévoyait dans son projet de loi que l’instruction religieuse pourrait être donnée en dehors des heures de classe par les ministres des différents cultes à l’intérieur même des locaux scolaires (une disposition à laquelle il dut renoncer pour obtenir le vote des parlementaires républicains les plus radicaux).

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Commentaires (2)

  1. François LE LOUARN

    Où sont les Ferry(ou les Jaurès) du XXIe siècle ?
    Il y en a certainement.
    Fçois

  2. jean louis

    Ah la religion ! Ce n’est pas une philosophie ou une idéologie comme les autres. Elles seule se revendique ouvertement du sacré. Donc on peut critiquer toute conception générale du monde, toute pensée sociale, politique, philosophique, mais pas la religion. Et par critiquer, j’entends une critique radicale si on comprend qu’elle est nuisible, dangereuse pour les hommes.
    C’est le sacré qui la sauve, car le sacré, L’Etat en a besoin.

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