Le blog de Claude Lelievre

Marseillaise, canonniers, Ulm et ESPE

Les piques (de  »sans-culottes » ou de  »post-soixante-huitards » ?) n’ont pas manqué à l’évocation de l’éternel retour de la Marseillaise à l’Ecole. Il y a trente ans, Jean-Pierre Chevènement a tenté urbi et orbi de la remettre à l’honneur. Il y a 10 ans, elle a été inscrite, dans la loi (la loi d’orientation de 2005). Et cela a été deux simples coups de baïonnettes dans l’eau. Faut-il en faire toute une histoire ?

A propos d’histoire justement, on ne peut manquer de faire le rapprochement entre le principe ( »mobilisateur » et  »démultiplicateur ») du « plan exceptionnel de formation continue » commençant en urgence par la formation avant la prochaine rentrée de 1000 enseignants, chefs d’établissement, directeurs d’école ou autres afin qu’ils deviennent eux-mêmes formateurs pour d’autres (et ainsi de suite?) en matière de laïcité et d’enseignement moral et civique, et le principe ( »démultiplicateur ») qui a présidé sous la Révolution française à ce qui est resté dans l’Histoire sous le nom de l’Ecole des canonniers.

Par l’arrêté du 14 pluviose an II ( en 1794), le Comité de salut public décide que 1000 citoyens pris parmi les canonniers et la garde nationale doivent suivre, à Paris, des cours sur le raffinage du salpêtre, la fabrication de la poudre et le forage des canons. Rentrés chez eux, ils doivent transmettre à leurs concitoyens les connaissances qu’ils viennent d’apprendre, les formés devenant formateurs après trente jours. On comptait sur cet  »effet multiplicateur », et l’expérience fut effectivement une réussite.

Une école normale est fondée à Paris le 9 brumaire an III en vertu du même principe. Elle devait mettre en place des cours de quatre mois dispensés à Paris à des jeunes gens venant de chaque  »district »’ de France ( à raison d’un pour 20000 habitants) sur « l’art d’enseigner ». Rentrés chez eux, les élèves devaient créer des « écoles normales secondes », pour former, toujours en quatre mois, de futurs instituteurs.
En vertu de  »l’effet démultiplicateur », la France aurait dû se couvrir d’écoles primaires en moins d’un an. Mais en fait la plupart des savants conviés à professer à l’Ecole normale font dévier l’expérience vers une sorte d’Ecole des hautes études…Les écoles normales secondes ne seront pas ouvertes ; mais nous avons là l’institution d’une « Ecole normale supérieure », celle d’ « Ulm » ( lieu non pas de « l’art d’enseigner » mais de la ‘‘haute culture’‘). Un tropisme français ?

Toujours est-il que l’on n’a pas pris la mesure symbolique et historique de la venue mercredi dernier du Président de la République François Hollande (en compagnie de la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem) à l’Ecole supérieure du professorat et de l’éducation de Paris.
Aucun président de la cinquième République ne s’était rendu jusque là dans un centre de formation professionnelle des enseignants (école normale primaire, ENNA, CPR ou IUFM). Le premier président de la cinquième République, Charles de Gaulle, s’est rendu à…l’Ecole normale supérieure d’Ulm. Et le premier président (socialiste) de la cinquième République, François Mitterrand, s’est rendu à.. l’Ecole normale supérieure d’Ulm. Le  »signe indien » serait-il rompu ?Le changement, c’est maintenant !

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Commentaires (2)

  1. Et le spectacle continue.

    Le parallèle est plus qu’hasardeux. Et sous-tendre que l’Histoire se répète sous votre plume, hum. Cela apparaît comme une manière de contourner la problématique. Ou comment tenter de légitimer les causes, les causes des causes, …, ayant construit ce présent ? Pour y venir, cette mesure, s’il s’agit de cultiver l’euphémisme, ne convainc pas grand monde. On se demande bien pourquoi.

  2. Pingback: jean claude martini

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