L’enseignement de l’histoire au pilori

L’histoire fait partie des passions françaises. Et comme toute passion, elle a ses chemins de croix. Retour sur un moment particulièrement crucial, en 1980.

Débat sur « Les Français et l’enseignement de l’histoire » organisé par la revue « Historia » à Paris le 4 mars 1980

Jean-Pierre Chevènement s’en prend à ce qu’il appelle « l’européisme, le mondialisme et l’économisme » de programmes d’histoire par trop « américanisés » : « Bayard vaut mieux que Superman » ajoute-t-il en déclarant que « l’histoire éclatée correspond à une société éclatée »

Louis Mexandeau (délégué général du parti socialiste à l’éducation nationale) dénonce « une entreprise idéologique délibérée qui vise à priver les Français de la connaissance de leur passé », derrière laquelle il suspecte la progression d’ « un atlantisme pédagogique »

Pierre Goubert, professeur d’histoire à la Sorbonne, stigmatise « l’offensive d’obscurantisme méchant qui se dissimule sous le charabia des sociologues et pédagogues américains dépassés depuis quinze ans ».

Jean-Marie Le Pen affirme que « la bourgeoisie mondialiste et l’internationalisme marxiste assassinent l’histoire nationale et l’amour de la patrie »

Michel Debré déplore que l’on mette « la nation aux oubliettes » en appliquant à tort « les apports de l’école historique française » ( les  »Annales »), par le biais des monographies villageoises ou des études de cas. Et il s’emporte contre « un quarteron de faux-sages » coupables d’avoir « fait disparaître de l’esprit de nos enfants la conscience des grandeurs et des douleurs des générations qui ont fait la France »

Colloque du Club de l’Horloge du 26 avril 1980

Didier Maupas ( président de sa commission éducation) présente un rapport où « la mystique égalitaire » et « le mondialisme militant » sont dénoncées comme les causes de « la mort de l’enseignement de l’histoire »

Questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le 30 mai 1980

Michel Debré fustige « le désastre auquel nous conduit depuis 10 ans une idéologie tout à fait propre à la France et qui amène à réduire la place de l’enseignement de l’histoire, à présenter celle-ci aux jeunes enfants de façon absurde, sans chronologie et sans récits vivants, et à supprimer l’enseignement de l’histoire de la nation française »

Le ministre de l’Education Christian Beullac tente de lui répondre, assez longuement.

Mais Michel Debré reprend la parole : « Selon l’article 34 de notre Constitution, la loi détermine les principes fondamentaux de notre enseignement et non l’organisation de celui-ci. Le Conseil d’Etat et le Parlement ont donné des principes généraux une définition assez claire pour que nul ne puisse prétendre que l’enseignement de l’histoire ne fait pas partie du domaine législatif. Dès lors le législateur aurait dû être appelé à débattre de la réforme, et votre ministère a fait violer la Constitution par vos prédécesseurs . Aussi est-il possible de quitter l’enseignement secondaire sans savoir qui est Jeanne d’Arc ni ce qu’ont fait Lazare Carnot ou Richelieu et sans connaître la bataille d’Austerlitz ni celle de Waterloo. Bref notre enseignement forme des analphabètes en histoire . Votre bilan, monsieur le ministre, est désastreux ; et l’inspection générale a créé une situation qu’il faut renverser totalement. Je termine avec tristesse en vous prévenant que mes propos marquent le début d’une campagne que je mènerai jusqu’au bout »

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This entry was posted on Mardi, mai 5th, 2015 at 5:05 and is filed under Non classé, refondation de l'Ecole. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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