Le blog de Claude Lelievre

Un rapport à part

Il s’agit du rapport de l’ami Jean-Paul Delahaye : « Grande pauvreté et réussite scolaire. Le choix de la solidarité pour la réussite de tous ». Il mérite vraiment d’être lu,  et il est sur le site du ministère de l’Education nationale. Je n’en donnerai donc ni  »résumé », ni  »bonnes feuilles ».

C’est un » rapport à part » parce qu’il vient après celui de Philippe Joutard (une bonne relation amicale aussi) sur le même sujet, mais 23 ans après. Vingt-trois ans ! Le temps passe…Et rien ne se passe ?

C’est un  »rapport à part » parce que la « lettre de mission » qui avait été remise à l’inspecteur général Jean-Paul Delahaye par le ministre de l’Education nationale Benoît Hamon (et entérinée par la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem) prévoyait une étroite collaboration avec le Conseil économique, Social et Environnemental qui s’est aussi saisi du sujet .

La rapport souligne d’ailleurs que « la mission a donc participé aux travaux (auditions et visites de terrain) du CESE, dont nous avons été l’invité permanent en tant qu’expert. A titre de réciprocité et en parfaite complémentarité, la rapporteure de l’avis du CSE, Marie-Aleth Grard, Vice présidente d’ATD Quart-Monde, a accompagné la mission dans ses auditions et visites. Fort logiquement, un certain nombre de préconisations sont donc communes au CSE et à la mission »

Le rapport de Jean-Paul Delahaye commence par un tableau qui rassemble et ordonne les 64 préconisations qui sont détaillées et expliquées par la suite (et qui viennent pour la plupart de recherches, ou d’analyses et de mises en œuvre du  »terrain » à différents échelons ou espaces du système éducatif). Plus de 120 personnes ont été auditionnées. La mission a mené des enquêtes de terrain dans dix académies : au total 30 établissements scolaires ont été visités et plus de 50 réunions ont été organisées.

Ce rapport est aussi  »à part » parce qu’il est une autre façon de se plonger (et de se projeter) dans l’ambitieuse politique de principe de « refondation de l’Ecole ». C’est d’ailleurs ce que précise très bien Jean-Paul Delahaye lui-même dans une interview parue le 13 mai sur l’excellent site « Le Café pédagogique »

« La loi de refondation commence par cette question! C’est le sens de la nouvelle rédaction de l’article L. 11. 1 du Code de l’éducation qui stipule que le service public de l’éducation «  reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement. Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. »

Et le rapport annexé à la loi fixe des objectifs précis au système éducatif : « Les objectifs fixés par la nation à son école : une école à la fois juste pour tous et exigeante pour chacun. La refondation de l’école doit en priorité permettre une élévation générale du niveau de tous les élèves. Les objectifs sont d’abord de nature pédagogique :

[…] ― réduire à moins de 10 % l’écart de maîtrise des compétences en fin de CM2 entre les élèves de l’éducation prioritaire et les élèves hors éducation prioritaire […]

diviser par deux la proportion des élèves qui sortent du système scolaire sans qualification et amener tous les élèves à maîtriser le socle commun de connaissances, de compétences et de culture à l’issue de la scolarité obligatoire […] ».

 Notre mission  « Grande pauvreté et réussite scolaire » prolonge donc la loi de refondation car elle offre l’opportunité de rappeler pourquoi il y a nécessité de refonder l’école et pour qui. En réalité, c’est la même question. Savoir pourquoi refonder, assurer la réussite de tous, c’est aussi déterminer pour qui refonder. Si refonder l’école, c’est corriger les inégalités au sein du système éducatif, alors refonder l’école, c’est faire réussir les plus pauvres. La refondation concerne bien sûr tous les élèves et il n’est pas question de réduire les écarts en baissant le niveau des meilleurs. Refonder l’école, ce n’est pas niveler par le bas, c’est élever le niveau de tous en centrant l’attention du système éducatif en priorité en direction des plus fragiles, ceux dont les destins scolaires sont liés à leur origine sociale ».

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Commentaire (1)

  1. Luc Bentz

    Merci pour ce billet qui fait bien «l’à-part» des choses !

    Pour faciliter le travail du lecteur, donnons les deux liens «qui vont bien»:

    – le rapport Delahaye «Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous»: http://bit.ly/1Acea6o ;

    – l’avis du CESE «une École de la réussite pour tous»: http://bit.ly/1Aced1X.

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