Le blog de Claude Lelievre

L’éternel retour de la question du  »contrôle continu » au bac

Il y a eu beaucoup de tentatives (diversifiées) de mises en place d’un  »contrôle continu » pour les baccalauréats, mais qui ont pour la plupart avorté. On se limitera à l’évocation des plus marquantes (le plus souvent sélectionnées en raison surtout de la célébrité de leurs promoteurs).

En février 1896, le ministre de l’Instruction publique Emile Combes (connu plus tard pour être le ministre qui a fait interdire d’enseignement les congrégations au début du XXième siècle) propose le passage des élèves des établissements secondaires publics devant leurs professeurs (soit après la classe de première, soit après les terminales  »philosophie » ou  »mathématiques élémentaires »). Le jury aurait été présidé par un délégué de l’Etat, choisi sur une liste établie par le conseil académique. Le recteur en aurait désigné les membres annuellement. Et ce « certificat de fin d’études secondaires » aurait été délivré in fine par le ministre. Ce projet  »Emile Combes » n’aboutit pas.

En novembre 1950, Michel Debré dépose un amendement au sein du Conseil de la République : « Afin de consacrer la fin des études du second degré, un certificat (dit de fin d’études secondaires) serait instauré, avec une première et une deuxième parties, selon les principes en usage pour le baccalauréat actuel. Il serait délivré dans chaque établissement public d’enseignement du second degré, par un jury particulier à l’établissement, mais présidé par un représentant du recteur. Ce certificat serait accordé ou refusé au vu des notes obtenues en cours d’année, sous réserve de certaines épreuves, pour les élèves dont les notes seraient insuffisantes ». Là encore, ce projet de « certificat de fin d’études secondaires » n’aboutit pas.

Le nombre des candidats augmentant très rapidement à partir du milieu des années  »cinquante », on supprime en 1960 la seconde session de rattrapage (qui se passait en septembre) et on la remplace par un oral de  »rattrapage » donnant une seconde chance aux candidats qui ont au moins 7 sur 20 de moyenne. En 1962, la première partie du baccalauréat est transformée en  »examen probatoire » organisé au sein de chaque établissement. La décision a été prise alors que Michel Debré était Premier ministre. Mais la Société des agrégés fait courir la rumeur que les examinateurs ont eu tendance à faire preuve d’une bienveillance coupable pour leurs élèves (ce qui est d’ailleurs infirmé si l’on prend connaissance des statistiques des taux de reçus, qui diminuent en fait un tout petit peu…). Toujours est-il que la suppression de l’examen » probatoire » est décidée dès 1964 (alors que l’agrégé de lettres classiques Georges Pompidou a succédé à Michel Debré à la place de Premier ministre). Et il est finalement remplacé par les  »épreuves anticipées de français » qui permettent de maintenir une première évaluation en fin de première.

En 1989, au moment de la première « loi d’orientation » (celle de 1989) , le ministre de l’Education nationale Lionel Jospin lance le projet d’introduire le contrôle continu en cours de formation pour les baccalauréats. Mais devant les réactions très vives rencontrées (en particulier du SNES et du SNALC), il annonce en juillet 1990 l’« ajournement » de ce projet.

En décembre 1992, son successeur, Jack Lang, présente à son tour une réforme prévoyant notamment que les élèves ayant échoué à l’examen du baccalauréat puissent conserver pendant cinq ans le bénéfice de leurs notes supérieures à la moyenne. Cette mesure, interprétée comme une façon d’ouvrir la voie à des formes d’évaluation par contrôle continu, doit être finalement circonscrite à certains publics très spécifiques.

Huit ans plus tard, le ministre de l’Education nationale Claude Allègre annonce à son tour une réforme du baccalauréat prévoyant l’introduction du contrôle continu dans un certain nombre de disciplines , parallèlement au maintien d’épreuves terminales. Mais cette réforme est finalement victime du retrait des réformes envisagées par Claude Allègre exigé par ses adversaires qui obtiennent in fine sa démission en 2000.

En 2005, le ministre de l’Education nationale François Fillon met en exergue dans son projet de la deuxième « loi d’orientation » une proposition importante de modification des modalités d’obtention du bac :  ramener d’une douzaine à six les épreuves terminales du diplôme, les autres matières étant validées par un contrôle continu ou en cours de formation en première et terminale .

Mais il est en butte à de vives mises en cause de la part du SNES, le principal syndicat des professeurs y voyant un risque de rupture de l’égalité « avec des baccalauréats dont la valeur dépendrait des lycées fréquentés », suivies par des manifestations puis des grèves de lycéens prenant une grande ampleur et occupant tout l’espace médiatique dévolu aux questions scolaires, et occultant finalement les autres. François Fillon est vite amené à renoncer.

Y-a-t-il une fin à l’éternel retour ? En mars 2012, en pleine campagne des présidentielles, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à faire mention des ses projets sur le sujet « J’ai acquis la conviction que supprimer le bac serait une erreur. Mais pour qu’il demeure, il faut que l’on s’accorde sur la signification qu’on lui donne. Je le dis comme je le pense, abaisser sans cesse le niveau du bac, c’est le condamner et ouvrir la voie à la sélection à l’entrée à l’université. En le dévalorisant, on n’a rendu service à personne. Le baccalauréat doit être la mesure de la capacité à suivre un enseignement supérieur. Le baccalauréat, pour garder une valeur, doit refléter une exigence plus élevée. Moins d’options, moins d’épreuves facultatives, des notes éliminatoires dans les disciplines fondamentales, plus de place accordée au contrôle continu, un tronc commun plus important pourraient constituer les axes d’une réforme ».

Lors de son discours sur l’éducation prononcé le 10 avril 2014, François Fillon est revenu à la charge : « En 2005, j’ai voulu, mais je n’ai pas pu, traiter cette question. Je persiste et signe. Je propose de réduire à 4 le nombre d’épreuves en renforçant les exigences de chacune d’entre elles  pour permettre la réussite dans l’enseignement supérieur. Chacun sait que le baccalauréat actuel est marqué par une dispersion des savoirs exigés ; au fil des années, le nombre d’épreuves a augmenté parallèlement à un déclin des exigences attachées à chacune d’entre elles. Le baccalauréat doit comprendre une épreuve de français passée à la fin de la première début juillet et trois épreuves en terminale portant sur les matières dominantes de la série passées début juillet, afin de rendre au baccalauréat une valeur qu’il n’a plus et de mieux préparer aux études supérieures. Les disciplines ne faisant pas l’objet d’épreuve pourront être notées dans le cadre du contrôle continu »

Et François Fillon vient de réaffirmer avec force cette position.

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