Le blog de Claude Lelievre

La loi Haby a été promulguée il y a quarante ans déjà

C’était le 11 juillet 1975. Elle avait été précédée (et elle a été suivie) de mises en cause très vives, en particulier à propos de ce que l’on appellera plus tard le  »collège unique » (qui avait été voulu personnellement par le président de la République Valéry Giscard d’Estaing et non par son ministre de l’Education nationale René Haby).

« Article 4 :Tous les enfants reçoivent dans les collèges une formation secondaire. Celle-ci succède sans discontinuité à la formation primaire en vue de donner aux élèves une culture accordée à la société de leur temps. Elle repose sur un équilibre des disciplines intellectuelles, artistiques, manuelles, physiques et sportives et permet de révéler les aptitudes et les goûts. Elle constitue le support de formations générales ou professionnelles ultérieures, que celles-ci la suivent immédiatement ou qu’elles soient données dans le cadre de l’éducation permanente.

Les collèges dispensent un enseignement commun, réparti sur quatre niveaux successifs. Les deux derniers peuvent comporter aussi des enseignements complémentaires dont certains préparent à une formation professionnelle ; ces derniers peuvent comporter des stages contrôlés par l’État et accomplis auprès de professionnels agréés. La scolarité correspondant à ces deux niveaux et comportant obligatoirement l’enseignement commun peut être accomplie dans des classes préparatoires rattachées à un établissement de formation professionnelle ».

Quelques rappels significatifs de prises de positions venant des deux principaux syndicats de professeurs de l’époque, le SNES et le SNALC (que l’on pourra éventuellement comparer avec celles que l’on entend actuellement à propos de « la réforme du collège », un point toujours éminemment  »sensible »).

Déclarations du SNES (dont la direction est alors considérée comme proche du PCF)

Dès le 15 février 1975, le SNES met en garde « contre les formules publicitaires qui visent à cacher la nature réelle ds dispositions arrêtées par M. Giscard d’Estaing et son gouvernement »

Le 19 février 1975, le SNES déclare que « les dispositions réelles contenues dans le projet Haby visent à renforcer sous des formes nouvelles la ségrégation et la sélection sociale des enfants et des jeunes, à aggraver les conditions de travail des élèves et des maîtres, à appauvrir le contenu scientifique de l’enseignement, à mettre en place un carcan idéologique au service du pouvoir politique, à renforcer considérablement l’autoritarisme, à soumettre plus étroitement le service public à la domination et aux intérêts du patronat et du pouvoir »

Le 21 septembre 1976, le SNALC présente un livre vert de 80 pages : « Le SNALC et la réforme de l’enseignement : une analyse, une doctrine, une attitude »

Dans l’avant-propos, Gérard Simon, le président du syndicat, dénonce la réforme Haby qui, sous couvert d’égalité des chances, « médiocrise » le système public d’enseignement au détriment de « la promotion intellectuelle et sociale d’élites potentielles étrangères à l’intelligentsia ». Gérard Simon met en cause, à ce propos, « la technocratie marxiste, généralement issue d’une grande bourgeoisie, ou d’une aristocratie culpabilisées, décadentes et grandes productrices de petits gauchistes », qui « pour pérenniser leur pouvoir, élabore de mauvaises réformes dont pâtissent les enfants des autres ».

Et le SNALC dénonce une « OPA sur le ministère » dont le ministre René Haby serait l’instrument : faire passer dans les faits le plan Langevin-Wallon et s’inspirer de la doctrine du Parti communiste

Au Congrès du SNALC du 13 avril 1976, son président avait déclaré que le SNALC est favorable « à la notion de libéralisme, mais récuse la notion d »‘avancé » [la notion de « libéralisme avancé » est alors la formule politique de Valéry Giscard d’Estaing] et son sous-produit le libéralisme avarié tel que nous le vivons dans nos établissements. Nous croyons déceler dans cette notion une nouvelle forme de totalitarisme inspiré du modèle suédois »

Le SNALC s’en prend particulièrement à la création du tronc commun en sixième et cinquième « où l’on mélangerait des élèves de capacités différentes et qui mènerait à rendre  »débile » la population française d’ici à l’an 2000 »

Le 28 décembre 1976, le SNALC estime que « les textes du ministre annoncent pour les prochaines années la fin d’un enseignement de qualité et de culture générale. La volonté délibérée de freiner les bons élèves est flagrante ».

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Commentaire (1)

  1. Julien

    Auriez-vous oublié que la position du SGEN à l’époque? Auriez-vous la mémoire sélective?

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