Le blog de Claude Lelievre

Les élections de parents d’élèves dans l’Ecole publique

C’est la semaine du retour annuel des élections de parents d’élèves ; et c’est le moment de revenir sur l’histoire longue et tourmentée de leurs représentations

Cela commence de façon particulièrement tendue. En septembre 1909, les cardinaux et évêques de France préconisent la création d’une nouvelle forme d’organisation, les « associations des pères de famille » : « vous avez le devoir et le droit de surveiller l’école publique. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit vous échapper : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous ». Finalement, fin janvier 1914, la Chambre des députés vote des dispositions afin d’ « assurer la défense de l’école laïque » contre les parents qui empêcheront leurs enfants de participer aux exercices réglementaires de l’école communale, ou de se servir des livres qui y sont régulièrement mis en usage.

Dans l’enseignement secondaire public, une fédération d’associations de parents d’élèves est créée en 1910, essentiellement par des pères d’élèves de milieux bourgeois qui accordent une primauté à la famille dans l’éducation des enfants. En 1926, cette fédération est reconnue officiellement sous le sigle FAPELC (Fédération des associations de parents d’élèves des lycées et collèges). Elle se développe surtout à partir de la dernière décennie de l’entre-deux-guerres car le contexte change. Jusqu’en 1930, l’enseignement secondaire public était resté payant et les établissements étaient généralement de petite taille. Dans ce contexte, les familles n’avaient pas vraiment besoin d’être représentées pour peser. La généralisation de la gratuité des classes du secondaire qui a lieu au cours des années 1930 et l’augmentation des effectifs changent la situation : pour compter, alors qu’ils sont moins connus personnellement et qu’ils ne payent plus, les parents ont maintenant besoin d’être représentés. En 1966, cette fédération décide d’élargir son champ à l’ensemble de l’espace scolaire et devient la PEEP (l’association des « parents d’élèves de l’enseignement public »).

L’autre grande fédération de parents d’élèves – la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) – a une histoire et des débuts non moins significatifs de la place qui a pu être accordée aux parents dans l’Ecole publique. Elle naît en 1947 essentiellement à l’initiative du principal syndicat des instituteurs (le SNI) qui s’efforce d’organiser des alliés parmi les parents d’élèves dans sa lutte pour la laïcité et l’enseignement primaire public (et contre le camp clérical et l’enseignement privé catholique). Il ne s’agit alors nullement de favoriser au premier chef l’intervention des parents dans l’Ecole primaire publique elle-même (et encore moins d’aller dans le sens d’une  »co-éducation »). Après le vote de la loi Debré en 1959 qui accorde d’importants moyens financiers publics aux écoles privées  »sous contrats », la FCPE décide de s’implanter aussi dans l’enseignement secondaire public, où elle devient vite majoritaire. Après mai 1968, et au cours des années 1970, on voit de plus en plus de membres de la FCPE remettre en cause la  »tutelle » de fait du SNI. Dans les années 1980, la FCPE s’émancipe finalement de ses  »tuteurs » initiaux et du rôle (essentiellement limité à la défense de l’école publique laïque) qui lui avait été initialement conféré.

A partir de la fin du XX° siècle, dans l’enseignement primaire public, on assiste à la croissance continue des suffrages qui vont aux  »listes indépendantes ». La part des suffrages accordés aux « associations locales non affiliées » (à une fédération nationale de parents d’élèves) ou à des « listes de parents non constitués en association » aux élections des représentants des parents d’élèves aux « conseils des écoles » est en effet passée de 25% en 1978 à 42% en 1988, à 58% en 1998, à 65% en 2005 et à 74% en 2013.

De son côté la principale Fédération de parents d’élèves dans le premier degré public, la FCPE (située clairement à gauche), a enregistré une baisse très sensible lors de ces élections. Alors qu’elle obtenait encore 42% des suffrages en 1986, elle tombe à 32% en en 1998, 23% en 2005 et 14,2 % en octobre 2014. Sa rivale historique, la PEEP, a subi une chute encore plus sensible que la FCPE de 1986 à 1998 (passant de 21% des suffrages à 7%), et reste depuis à un étiage très faible ( 5% en 2005 et 2,4% en octobre 2014).

Il en va différemment dans l’enseignement secondaire public où la FCPE, en octobre 2014, a recueilli 44,6% des suffrages dans les collèges et 57% dans les lycées généraux et technologiques (mais seulement 19,5 % dans les lycées professionnels) tandis que la PEEP recueillait dans le même temps 8,3% des suffrages dans les collèges et 18% dans les lycées généraux et technologiques (mais 6,9% seulement dans les lycées professionnels).

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