Le blog de Claude Lelievre

« On ne naît pas femme, on le devient »

On peut mieux savoir pourquoi et comment en lisant « L’enseignement ménager en France » qui vient de paraître aux Presses universitaires de Rennes.

On doit cet ouvrage remarquable à …un homme, Joël Lebeaume (professeur de sciences de l’éducation à Paris V, spécialiste de l’éducation scientifique et technique). Son histoire didactique de l’enseignement ménager menée sur un siècle (de 1880 à 1980) se situe à la croisée de l’histoire de l’éducation et de l’histoire des femmes, et fait bien voir comment ce type d’enseignement a contribué à une appréhension du  »féminin » qui est loin d’être figée dans le temps.

Les titres des parties, des chapitres ou sous-chapitres sont le plus souvent tout à fait évocateurs de ce qu’il en est, et des évolutions .

Naissance et organisation d’un enseignement féminin. L’évidence des vertus de la vie domestique et des talents utiles. L’enrôlement de la maîtresse de maison , de la ménagère ouvrière et de la fermière.

Préceptes, maximes, recettes, secrets : la tradition au service de l’école de la République. Pour le ministère des femmes. La femme, l’épouse, la mère et l’éducatrice. Les proverbes du ménage. Un parcours initiatique. La science des détails ou la science ménagère. Les esquisses des sciences du foyer et du ménage.

De l’économie domestique à l’enseignement ménager : au tournant du siècle. Contre une éducation sentimentale. Des applications aux principes scientifiques. Les façons de faire et les manières de penser. La pédagogisation et la configuration d’un enseignement.

Pour l’éducation ménagère et des sciences appliquées dans l’Après Grande Guerre. Les arts ménagers ou un nouvel art de vivre. Le ménage simplifié ou la vie en rose. Le faible impact de la pédagogie du geste juste.

L’obligation de l’éducation ménagère des jeunes filles à la veille et dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Pour la préparation du  »métier de ménagère et celui de maman ». Pour les  »futurs devoirs de ménagères et de mères de famille ». Pour une  »carrière bien féminine ».

Diversité des positionnements dans le technique, le primaire et le secondaire à la Libération. Les arts ménagers de l’enseignement technique. L’éducation ménagère et l’enseignement post-scolaire ménager de l’enseignement primaire. Les travaux manuels éducatifs et l’enseignement ménager de l’enseignement secondaire.

L’apogée de l’enseignement ménager au cœur des années 1950. La reconnaissance de la méthode française. Une dynamique sociale.

Le déclin et la réorientation de l’enseignement ménager dans la modernité des sixties. Vers un enseignement d’économie sociale et familiale. La rupture de la fin des sixties.

Le sursis puis la disparition d’une époque et d’une action éducative au milieu des années 1970. Vers un enseignement de perfectionnement des filles. Vers un enseignement de technologie domestique pour les collégiens et les collégiennes. Vers une éducation du consommateur non disciplinaire.

Pour finir, on citera la conclusion de la préface écrite par l’historienne de l’éducation des filles Rebecca Rogers : « Ces enseignements ont maintenant disparu de l’école, mais les responsabilités domestiques restent l’apanage de femmes, dorénavant moins bien prépares à ces tâches et – peut-être- moins convaincues qu’il s’agit de compétences relevant par excellence du féminin ».

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Commentaire (1)

  1. Olivier Rey

    Cher Claude,
    C’est aussi un remarquable exemple de « disciplinarisation » ou comment la mis en discipline scolaire domine les autres formes éducatives dans l’école française depuis les années 60.

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