Le blog de Claude Lelievre

L’immigration ne devrait pas être traitée comme un  »détail » de l’histoire

Elle est pourtant toujours réduite à la portion congrue dans les nouveaux programmes d’histoire de l’Ecole obligatoire alors même que la question de l’immigration est sur le devant de la scène, et sans doute pour bien des années.

On pourra certes objecter qu’il ne faut pas surcharger les programmes si on veut qu’ils soient effectivement traités et surtout maîtrisés par les élèves. Et l’on aura mille fois raison. Mais cela signifie qu’il faut savoir choisir, quitte à  »sacrifier » des questions secondaires (et parfois traditionnellement traitées) à ce qui apparaît manifestement de plus en plus essentiel pour que les (futurs) citoyens aient davantage de repères pour mieux se situer, en particulier sur cette question ( à la fois vive, complexe et d’avenir).

Là aussi, comme cette question est  »vive », on peut certes comprendre que l’on y va avec beaucoup de retrait (voire à reculons). Pourtant, c’est ce qui a des enjeux qui fait le plus souvent sens et suscite l’intérêt véritable. C’est certes plus difficile et plus délicat à traiter que des questions (presque)  »mortes ». Mais c’est aussi ce qui donne en réalité sa dignité et son plein enjeu à l’enseignement de l’histoire, qui a entre autres pour tâche de contribuer à mettre à  »distance » et en  »perspectives » (par la médiation en particulier d’une bonne connaissance de « notre » passé, voire du passé des  »autres »).

Dans sa conférence d’ouverture à la dernière université d’automne organisée par le SNUipp, Benjamin Stora – un historien en pointe sur cette question – n’a pas hésité à soutenir que la France s’est construite en partie avec l’immigration, mais qu’elle a justement beaucoup de mal à se représenter comme une nation qui s’est construite sur l’immigration. C’est comme si elle avait choisi d’effacer les apports successifs (et les difficultés) des différentes vagues migratoires qu’elle a connues. On voit l’enjeu, plus que jamais à l’ordre du jour, si on veut être au clair sur le défi des années à venir, et le relever en toute connaissance de cause.

L’immigration ne doit pas être traitée en « détail de l’Histoire » (comme disait « l’Autre »).

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