Le cœur du réacteur de la refondation a bien fonctionné!

Contrairement à ce que certains (mauvais) augures ont prédit à plusieurs reprises ces deux dernières années, le Conseil supérieur des programmes installé il y a deux ans est allé avec honneur jusqu’au bout de sa première mission que l’on peut qualifier d’historique.

 

Et cela en dépit de certaines turbulences incontournables (en particulier dans le domaine de l’enseignement de l’histoire, une de nos passions françaises qui n’incitent pas à être vraiment raisonnable). Mais le fait est là ; et il est advenu sans drames majeurs (ce qui a pour effet qu’il passe médiatiquement le plus souvent quasi inaperçu) : pour la première fois dans notre histoire scolaire, les programmes de la scolarité obligatoire – depuis le cours préparatoire jusqu’à la troisième – ont été pensés ensemble, toutes disciplines confondues, par cycles successifs de trois années . Et cela-même devrait assurer un net progrès dans la continuité et la cohérence des progressions, et dans leur faisabilité.

La démission du premier président du CSP à l’été 2014 (qui avait été d’ailleurs nommé à ce poste par défaut en janvier de cette même année, suite à la décision finale de celui qui avait été initialement pressenti par le ministère) a provoqué certes une perte de temps fâcheuse, mais non pas l’échec de cette tentative sans précédent historique. En septembre 2014, la ministre Najat Vallaud-Belkacem à peine nommée a choisi en effet « l’oiseau rare » qu’il fallait (cf mon billet du 25 septembre 2014) : Michel Lussault.

Dans un autre billet (paru -lui- sur « Médiapart ») j’avais présenté le 8 octobre 2013 le Conseil supérieur des programmes créé par la loi de refondation de l’école républicaine comme « le cœur du réacteur de la Refondation ». Et lors de l’installation du CSP en janvier 2014 , le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon avait repris cette expression à son compte (en n’hésitant pas à me citer lors du point de presse d’ailleurs).

Citation : « Le  »réacteur » de la refondation de l’Ecole, c’est l’ensemble constitué par la redéfinition des programmes d’enseignement (en commençant par les  »fondations », c’est à dire le primaire puis le collège), le problème des évaluations précises de ce qui doit être maîtrisé effectivement par les élèves, et enfin la question de la formation professionnelle ad hoc (initiale et continue) des enseignants (les questions d’organisation ou de statuts étant considérées comme  »secondes » dans le cadre de cette refondation, contrairement à l’option dominante à droite qui privilégie au contraire ces deux  »entrées »). Le Conseil supérieur des programmes est au cœur de ce  »réacteur » car il est chargé de faire des propositions publiques dans une approche non seulement  »programmatique », mais aussi   »curriculaire » : le Conseil est en effet dûment chargé par la loi d’orientation de 2013 de faire des propositions, dans le même mouvement, pour les programmes certes mais aussi la façon  précise de les évaluer, et des recommandations pour une formation des enseignants ad hoc ».

A cet égard , le troisième volet est resté quelque peu évanescent même si, dans la « Charte » élaborée et décidée par le Conseil supérieur des programmes, on peut trouver les indications suivantes, concernant la formation des enseignants : « Cette formation visera en particulier le développement chez tous les maîtres de la capacité :

– à situer les prescriptions des enseignements dans leur enracinement sociohistorique et à caractériser leurs enjeux contemporains ;

– à se saisir de façon autonome des programmes officiels pour construire les médiations pédagogiques et les évaluations nécessaires à leur mise en oeuvre et à leur assimilation par les élèves ;

– à travailler en équipe et en réseaux, avec des maîtres enseignant aux mêmes niveaux et les mêmes disciplines, mais aussi à d’autres niveaux et d’autres disciplines, afin de rechercher les meilleures modalités de mise en oeuvre des programmes, en mettant à profit les ressources du territoire et des enseignants, comme les expériences des élèves ;

-à développer des contenus et des collaborations interdisciplinaires afin que les prescriptions des programmes sur tout ce qui ne relève pas de façon univoque d’une discipline soient effectivement prises en charge et évaluées ;

– à auto-évaluer leur mise en oeuvre effective des programmes, ainsi que leurs stratégies d’évaluation des élèves, en bénéficiant d’occasions de comparaison formative ave d’autres professeurs, ainsi que des conseils de tous les professionnels pouvant les accompagner, et notamment des corps d’inspection. »

Encore un effort ! On l’attend de vous et de vos mérites.

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This entry was posted on Lundi, janvier 18th, 2016 at 17:52 and is filed under collège, Non classé, refondation de l'Ecole. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Le cœur du réacteur de la refondation a bien fonctionné!”

  1. Viviane Micaud Says:

    Absolument d’accord, le travail fait par le CSP est immense et cohérent. Le socle est pertinent. C’est un travail extrêmement difficile de définir des finalités simples et pertinentes dans un travail collectif.
    Les programmes sont un ensemble cohérent, bien que je ne suis pas d’accord avec toutes les approches. C’est un résultat remarquable dans le temps imparti.

  2. B. Girard Says:

    « Le coeur de la refondation » ? Pour ce qui me concerne, je ne m’étais pas encore rendu compte que la refondation avait commencé. Qu’est-ce qui a changé depuis 2012 ? Rigoureusement rien et ce n’est pas la perspective d’une réforme du collège au rabais à la rentrée 2016 qui changera la donne.

    Pour ce qui est des programmes, non seulement ils n’ont rien de révolutionnaire mais ceux d’histoire-géographie sont les pires qui aient jamais été conçus, le CSP s’inclinant honteusement devant le lobby identitaire.

    Quant aux cycles, il faut bien reconnaître que, pour l’instant, ils n’ont d’existence que sur le papier : est-ce vraiment sérieux de parler d’un cycle 3 à cheval sur l’école élémentaire et le collège et de s’en remettre au bon ou au mauvais vouloir sur le terrain pour lui donner un semblant d’existence ?

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