« La mère des batailles »?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas Marine Le Pen. Et ce n’est pas non plus l’ensemble de la question de l’Ecole comme l’avait affirmé le premier Alain Juppé. Ce n’est plus finalement que la priorité accordée à l’école primaire dans les questions scolaires.

C’est du moins ce qui est apparu dans la courte intervention d’Emmanuel Macron sur ces sujets lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours : « mon projet est de concentrer les moyens sur l’Ecole primaire […]. La mère des batailles, c’est l’école primaire ».

Les deux finalistes de l’élection présidentielle n’ont parlé que trois minutes chacun de l’Ecole. « Accident médiatique » sans trop de signification n’impliquant pas un net recul de ce thème (alors même qu’il avait été très présent depuis plus d’un an, en particulier lors des  »primaires » )?  Pas si sûr. On peut noter, par exemple, que Marine Le Pen a totalement fait l’impasse sur le sujet dans sa profession de foi de quatre pages d’avant-second tour ; et que seulement une dizaine de points concernent l’école et l’enseignement supérieur dans son programme complet en 144 points.

Il en va plutôt différemment pour Emmanuel Macron, même s’il a rétrogradé le « chantier de l’éducation et de la culture » de la première à la deuxième place de ses priorités dans son dernier tract. Mais il consacre au moins un chapitre entier de son programme au thème de l’éducation.

Il apparaît même qu’il n’est pas dans le renoncement sur ce sujet (bien au contraire) puisqu’il a indiqué juste avant le premier tour qu’il s’agissait de rien moins que de « refonder l’Ecole ». S’agirait-il de « refonder » la « refondation » qui est en cours depuis le début du quinquennat ? Apparemment non, puisque Emmanuel Macron a aussi indiqué en préambule de sa réponse écrite au questionnaire de la Société des agrégés envoyé aux candidats à l’élection présidentielle : « Il faut mobiliser les énergies pour faire, non pour défaire, Il ne s’agit pas de dire que tout ce qui a été fait précédemment est nul et non avenu : si de profonds changements doivent être engagés, il faut bannir le mythe du Gand soir ».

Et cela est effectivement possible (sous réserve d’éclaircissements sur certains points ou certains aspects ) si l’on en juge par référence à la définition de la « refondation » telle qu’elle a été donnée à certains députés de droite qui s’interrogeaient sur son sens lors du débat à l’Assemblée nationale du 12 mars 2013 par le rapporteur de la loi d’orientation Yves Durand (approuvée par le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon) : « Le thème de la refondation de l’école républicaine doit d’abord et avant tout être compris comme la priorité enfin donnée aux fondations, c’est-à-dire à l’école maternelle dans sa spécificité et à l’école élémentaire dans toute son importance, puis au collège, ainsi qu’à ce qui est jugé fondamental, à savoir la qualité et la formation professionnelle des enseignants, la question de la culture qui doit être effectivement maîtrisée par chacun, l’attention privilégiée aux élèves « fragiles »‘ ».

Contrairement à Marine Le Pen qui souhaite « une refonte complète des programmes et de l’enseignement »  selon son conseiller Alain Avello, Emmanuel Macron ne les a nullement mis en cause (alors que c’est une pièce maîtresse de la refondation, et une nouveauté historique de première grandeur ; cf mon billet précédent). Emmanuel Macron, contrairement à Marine Le Pen là aussi, ne s’en est pas pris à la création des « Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation » (et au choix fort qui a été fait d’accorder près de la moitié des postes budgétaires créés durant le quinquennat à la formation professionnelle des enseignants). Et il se situe aussi dans la continuité de ce qui a été défini comme le cœur de la refondation par la priorité qu’il accorde aux « fondations », au « primaire ».

Il reste qu’un certain nombre de points avancés également par Emmanuel Macron lors de ces présidentielles suscitent bien des interrogations ( et demandent des éclaircissements que l’on espère à venir pour en juger au mieux). Ce sera l’objet de prochains billets, au cours des législatives qui vont suivre. Pour le moment, il est avéré qu’il n’y a pas photo avec Marine Le Pen, cela va sans dire.

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This entry was posted on Vendredi, mai 5th, 2017 at 11:53 and is filed under ESPE, refondation de l'Ecole. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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