Le blog de Claude Lelievre

Petit répertoire historique du bachotage

Dans « Le Parisien » d’aujourd’hui, le ministre de l’EN Jean-Michel Blanquer a déclaré : « on voit bien que le bac tel qu’il existe aujourd’hui est arrivé à la fin d’une époque et qu’il faut passer à autre chose. Il faut en finir avec le bachotage pour lui redonner du sens »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la thématique du « bachotage », loin d’être une nouveauté ( pressante),  a une longue histoire.

L’expression même de « bachotage » a fait le titre d’un livre paru il y a plus d’un siècle, en 1910, sous la plume d’un professeur de physique de l’université de Toulouse, Ernest Bouasse.

Dès 1880, Jules Ferry lui-même tente une réforme de l’examen : « La question du baccalauréat, dit-il, s’est ainsi posée : arracher cet examen aux misères, aux écueils et aux mensonges de la préparation mnémonique et mécanique ». Après soixante-dix ans d’existence…

Mais le résultat de sa réforme est pour le moins incertain car, quatre-vingts ans plus tard, au tout début de la cinquième République, il ne semble pas que l’on ait été beaucoup avancé si l’on en juge par le rapport motivant le décret du 18 août 1959 relatif au baccalauréat : « Il est normal qu’un examen de qualité incontestable sanctionne les études de l’enseignement du second degré. Mais il est anormal que ce même examen compromette les études dont il doit couronner le terme […]. Ces études, qui devraient être uniquement orientées vers l’acquisition de la culture générale, s’orientent de plus en plus vers le ‘’bachotage’’, c’est à dire l’acquisition hâtive, superficielle et indigeste d’un savoir encyclopédique ».

Il y a tout juste 70 ans (!), en 1947, le célèbre (et mythique?) Plan Langevin-Wallon contenait les propositions ou observations suivantes.« Les examens à tous les degrés [dont le baccalauréat] devront être conçus sur un type nouveau qui dissocie les épreuves de connaissances et l’appréciation des aptitudes. Les examens de fin d’études [poursuivies obligatoirement jusqu’à 18 ans] doivent être un contrôle portant sur l’ensemble des études et ne doivent pas permettre la préparation spéciale d’un programme limité. Par des sondages multipliés on s’efforcera d’explorer l’ensemble des acquisitions et des aptitudes en éliminant le plus possible le hasard »

Ainsi, alors même que durant plus d’un siècle et demi, le baccalauréat a été réservé à une élite (1% d’une classe d’âge sous Jules Ferry, 3% sous le Front populaire, 4 % à la Libération, moins de 10% à la fin de la quatrième République), les mises en cause des types d’épreuve de cet examen (et donc de sa valeur réelle ) ont été récurrentes et persistantes.Il serait sans doute bon de s’en souvenir aujourd’hui, tout en prenant clairement conscience de la réalité de la grande diversité actuelle du baccalauréat, ou plutôt des baccalauréats. Une fois n’est pas coutume, on souhaite bien du courage en l’occurrence au ministre actuel de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer…

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