Le blog de Claude Lelievre

Blanquer et la maladie imaginaire

Le ministre de l’Education nationale (  »l’inspecteur gadget » selon  »Marianne ») s’avère incorrigible en brandissant  son épouvantail à moineaux : la méthode globale. Qu’est-ce qui pourrait le guérir : une parodie méritée, le ridicule ?

Blanquette.- Je vais de ville en ville, de province en province, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver des maladies dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands et beaux secrets que j’ai trouvés. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de fiévrottes, à ces vapeurs, et à ces migraines. Je veux des maladies d’importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, c’est là que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire pour vous montrer l’excellence de mes remèdes, et l’envie que j’aurais de vous rendre service.

Professeur des écoles Arguant- Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

Blanquette.- Donnez-moi votre pouls. Ahy, je vous ferai bien aller comme vous devez. Hoy, ce pouls-là fait l’impertinent ; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Quelle est votre grande référence ?

Professeur des écoles Arguant.- Monsieur Roland Goigoux.

Blanquette.- Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grandes références. De quoi, dit-il, que vous êtes malade ?

Professeur des écoles Arguant- Il dit que c’est de la compréhension ; et d’autres disent que c’est du vocabulaire.

Blanquette.- Ce sont tous des ignorants, c’est de la Globale que vous êtes malade.

Professeur des école Arguant.- De la Globale ?

Blanquette.- Oui. Que sentez-vous ?

Professeur des écoles Arguant- Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

Blanquette.- Justement, la Globale.

Professeur des écoles Arguant.- Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux.

Blanquette.- La Globale.

Professeur des écoles Arguant.- J’ai quelquefois des maux de cœur.

Blanquette.- La Globale.

Professeur des écoles Arguant.- Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’était des coliques.

Blanquette.- La Globale, la Globale, vous dis-je. Que vous ordonne votre grand référent pour nourriture ?

Professeur des écoles.- Un bouillon de culture.

Blanquette.- Ignorant.

Professeur des écoles Arguant.- Il dit que ceux qui ont de l’expérience combinent analyse et synthèse.

Blanquette.- Ignorant.

Professeur des écoles Arguant.- Il dit que c’est dans le bon dosage des activités et de leur tempo que réside le secret

Blanquette.- Ignorant. Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Non, C’est de la Globale qu’il s’agit ! Pour en guérir, rien de mieux qu’une nourriture vraiment consistante. Commencez par faire cuire dans une casserole une dinde en morceaux avec de l’eau à hauteur de la viande. Dans une casserole à part, démarrez le roux : faites fondre le beurre, ajoutez la farine, remuez et faites cuire trois minutes. Poêlez au beurre les lardons et les champignons. Et vous aurez la blanquette de dinde à l’ancienne.

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Commentaires (3)

  1. Jc LÉON

    Excellent, très drôle, merci !

  2. Roland GOIGOUX
  3. liliane sprenger-charolles

    Pour ma part, je suis scandalisée par le fait qu’un universitaire (que j’ai connu et qui a travaillé comme moi à ParisDescartes) puisse tenir de tels propos. Je suis maintenant émérite et je continue à travailler sur l’apprentissage de la lecture, qui a été mon domaine de recherche au CNRS. Pour le moment, je suis atterrée par le niveau d’inculture de mes collègues linguistes, voire de la plupart de ceux issus des sciences de l’éducation (comme Claude Lelièvre), dans ce domaine, tout particulièrement ceux qui enseignent dans les ESPE (ou qui ont enseigné dans les IUFM): ce ne sont pas des paroles en l’air: j’ai participé à une commission d’évaluation des IUFM, avec Pierre Léna et Simone Bonnafous, entre autres. On sait maintenant clairement que, pour apprendre à lire dans une écriture alphabétique, il faut passer par le décodage… Nous le savions déjà, mais avec presque uniquement des recherches anglo-saxonnes, lors du colloque qui a eu lieu à la Villette en 1992 (Lecture-Ecriture / Apprentissage) et qui était soutenu par Lang alors Ministre de l’éducation (voir aussi les IO de 1992, donc je me suis largement occupée avec Jean Hébrard). Depuis les travaux français ont comblé cette lacune, y compris ceux issus de la sociolinguistique (Labov est toujours là)

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