Le blog de Claude Lelievre

Réforme du lycée et du bac: bis repetita et peau de chagrin?

 En lisant les conclusions de la mission dirigée par Pierre Mathiot, on peut se demander si le processus de réduction en peau de chagrin que l’on a connu lors de la réforme du lycée engagée il y a une dizaine d’années n’a pas d’ores et déjà recommencé. Et pour les mêmes raisons.

Nicolas Sarkozy, président de la République nouvellement élu, proclame qu’il faudrait un lycée « où chacun pourrait, selon ses goûts, ses compétences et sans référence à une norme préétablie, construire un parcours qui lui ressemble ». Son ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, annonce en mai 2008 qu’il s’agit de bâtir « le lycée à la carte ». En juillet, il précise que l’emploi du temps des élèves serait composé de modules semestriels d’une cinquantaine d’heures dans l’esprit de ce qui se pratique à l’université.

Mais les enseignants des diverses disciplines stabilisées dans les différentes filières s’inquiètent quant à la place (désormais non assurée) que leurs disciplines occuperont dans le nouveau dispositif. Et cela dans un contexte où l’annonce du non-remplacement d’un poste sur deux de fonctionnaires partant à la retraite induit une défiance a priori. D’autant que le chef de l’Etat avait indiqué en avril 2008 que ce n’est pas la réduction des postes qui oblige à réformer, mais « les réformes qui permettront les réductions de postes ».

Face à la mobilisation des jeunes dans la rue en décembre 2008 contre la réforme du lycée, le chef de l’Etat dessaisit son ministre de l’Education nationale de ce dossier, et confie en janvier 2009 à Richard Descoing une mission « d’analyse, d’écoutes et de propositions ».

Le 3 juin 2009, Richard Descoings indique dans une interview au « Monde » qu’ « il faut arrêter de rêver au Grand Soir de l’éducation […]. A l’automne 2008, on s’est focalisé sur les questions d’organisation et de structure . Du coup, les lycéens se sont demandé pourquoi on réformait et les professeurs ont voulu protéger leurs disciplines . Un point essentiel demeure : les trois heures hebdomadaires dévolues à l’orientation et à l’accompagnement » . C’est effectivement le seul point essentiel qui sera acté dans la réforme mise finalement en place. Et Richard Descoings ajoute : « Il faut distinguer réforme et refondation. Si l’on veut refonder le lycée, il faut traiter avec ambition les deux sujets essentiels que sont l’emploi du temps des lycéens et la mission des enseignants. Deux sujet très compliqués et immensément conflictuels, sur lesquels il est indispensable de prendre le temps nécessaire ».

Avec les conclusions de la mission dirigée par Pierre Mathiot est-on beaucoup plus avancé, dix ans après ? C’est loin d’être évident. Lorsqu’elle a débuté, il y a quelques mois, on était encore dans l’idée d’un « lycée modulaire » et d’un rapprochement du lycée avec les us et coutumes de l’université. Rappelons qu’à l’université l’organisation modulaire des enseignements, l’annualisation des services des enseignants, le contrôle continu, l’évaluation (et la certification) des étudiants par leurs propres professeurs sont foncièrement admises. On en est loin dans l’enseignement secondaire ; et ces perspectives éventuelles suscitent généralement la préoccupation des intéressés voire des oppositions de  »principe »… In fine, certaines des propositions de la mission dirigée par Mathiot sont moins des conclusions tranchées et cohérentes que des propositions qui tentent de tenir compte de la complexité et de la conflictualité potentielle de la situation : des propositions finalement le plus souvent  »contournées » et plus ou moins  »à géométrie variable ». Et cette inclination n’est sans doute pas terminée.

On n’en prendra que deux pour l’exemple. Les élèves auront à choisir deux « mineures » et deux « majeures » (ce qui va dans le sens d’une organisation modulaire des enseignements) . Mais toutes les combinaisons ne seront pas possibles : une dizaine, définies nationalement, pour les baccalauréats généraux (6 ou 7 pour les baccalauréats technologiques) ; ce qui, finalement, ne sera pas très éloigné, de fait, de l’organisation en filières (cf celle de 1965 avec ses 8 séries : A, B, C, D, E, F, G, H). La combinaison de ces deux modalités d’organisation ( »modulaire » et  »filière ») permet en effet (si elles sont conjuguées d’une certaine façon) à la fois de  »réassurer » l’existant contre les  »aléas » des choix des élèves et de faire des économies de postes (le surcroît de postes qui va être dévolu au primaire devant être compensé par ceux perdus par le secondaire dans l’équilibre du statu quo des postes de l’enseignement scolaire voulu par Emmanuel Macron).

Le chef de l’Etat s’est aussi prononcé pour une  »simplification »’ du baccalauréat : quatre épreuves terminales et le reste en  »contrôle continu ». Les propositions de la mission Mathiot à ce sujet s’avèrent fort complexes (voire éventuellement plus » lourdes » et plus encombrantes dans le temps) : cinq épreuves terminales, dont une en première et quatre en terminale (sur la philosophie, le grand oral en juin, et les disciplines des deux majeures au printemps).. Pour le reste , valse hésitation : recours au contrôle continu, avec les notes de première et terminale ; ou des examens ponctuels (les sujets proviendraient d’une base nationale ou académique ; les copies seraient anonymes) ; ou panachage de ces deux modalités….

Le sujet qui était à l’origine de la réforme ( la   »simplification  »du bac) n’est pas tranché!  Et l’on agite  un « Grand oral »  ( un mirifique  »Grand oral » pour presque tous: le symbolique est fort, mais sa détermination faible). C’est le principe même de l’action des  illusionnistes: on attire l’attention sur quelque chose que l’on fait miroiter ( ah, le nom du  »Grand oral » des  »Grands concours »…) pendant que l’on vous fait les poches…

Bref, le processus que l’on a déjà connu de réduction en peau de chagrin de la réforme du lycée et du baccalauréat paraît d’ores et déjà bien engagé. A suivre….

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