Le blog de Claude Lelievre

Blanquer, ministre de l’hésitation nationale ? Une simplification du bac compliquée

A Jack Lang qui lui prédisait un  »Vietnam » en raison de son projet de réforme du lycée, Xavier Darcos avait répondu qu’il ne serait pas un  »ministre de l’hésitation nationale ». Dix ans après, cela va-t-il être le cas pour Jean-Michel Blanquer, en particulier pour le bac et le contrôle continu ?

A priori, cela devait être clair et sans bavure. Et le 23 janvier dernier, j’écrivais sur  »’Médiapart «  le baccalauréat un nœud gordien à trancher ? Mais, pour accomplir cette tâche historique, il faudrait un Alexandre : Blanquer, ou Macron ? »

En effet, Jean-Michel Blanquer (dans un livre) et Emmanuel Macron (dans ses déclarations de candidat à la présidence de la République) ont annoncé de longue date une solution de principe  »tranchante »  : « quatre épreuves terminales », et le reste en « contrôle continu ».

Les tenants de ce type de proposition (ainsi que ses adversaires) ont toujours compris  »contrôle continu » dans le sens qu’il a dans l’une des propositions faites par la mission Mathiot. C’est d’ailleurs l’un des trois scénarios proposés : les matières autres que celles figurant dans les cinq épreuves terminales (à savoir les épreuves terminales anticipées de français dès la première ; les deux épreuves sur les deux disciplines choisies en  »majeure » au printemps, la philosophie et un Grand oral en juin) seraient évaluées en  »contrôle continu » (c’est à dire avec les notes de première et de terminale).

Un autre scénario prévoit, en sus des cinq épreuves terminales, des épreuves nationales anonymisées, administrées sous forme de partiels tout au long de la scolarité ; et l’on peut penser que ce bac là serait encore plus lourd et plus encombrant dans le temps( et dans les préoccupations des lycéens) que ne l’est l’existant (tout en étant en désaccord formel avec l’annonce d’Emmanuel Macron lors des présidentielles). Quant au troisième scénario proposé (le  »mixte »), il risque de cumuler davantage les inconvénients des deux autres scénarios que leurs avantages. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Ce qui serait un comble alors que l’un des buts trompetté est la  »simplification  » du baccalauréat…

Pierre Mathieu l’a confessé sans fard (cf son interview dans  »Le NouvelObs  » du 24 janvier : « Je suis très hésitant, moi-même. C’est pour cela que j’ai proposé trois scenarii avec l’accord du ministre ». Avec l’accord du ministre ! L’hésitation est en marche !

Et même en marche façon  »crabe » si l’on en juge par les dernières rumeurs persistantes. Cf, par exemple, cet article d’Erwin Canard paru dans l’Etudiant » du 9 février : « Jean-Michel Blanquer aurait rapidement abandonné l’idée de prendre en compte uniquement les bulletins scolaires pour la partie de l’évaluation autre que les épreuves terminales, ce qui était un des trois scénarios. En revanche, entre les deux autres, le ministre hésiterait : soit la totalité des matières serait évaluée par des épreuves ponctuelles en cours d’année, soit celles-ci vaudraient moins (30 %, par exemple) et serait accompagnée (pour 10 %, par exemple) par l’examen des bulletins. Une des solutions qui aurait les faveurs du ministre consisterait en des épreuves ponctuelles tirées d’une banque nationale publique de sujets soumis à des critères d’évaluation également nationaux. Les jours de ces épreuves seraient laissés à l’appréciation des établissements. L’anonymat serait préservé, même si les copies pourraient être corrigées en interne (à l’image des bacs blancs actuels) »

Certes, on a le droit (et même sans doute le devoir) de faire des  »compromis » quand cela peut faciliter effectivement les  »choses ». Mais si cela, comme on est amené à le penser, peut aboutir à l’inverse même de ce qui est proclamé (à savoir la  »simplification’…), où va-t-on, monsieur le ministre de « l’hésitation nationale » ?

Partagez ce billet !

Commentaires (2)

  1. mal_pensant

    De toutes façons les admissions dans les formations supérieures sélectives étant faites avant le bac, celui-ci ne sert plus à rien. Autant le faire décerner sur la base du seul contrôle continu par un jury interne à l’établissement. Et ne faire passer le grand oral qu’à ceux qui ne l’obtiennent pas sur la seule base de leurs bulletins.

  2. Jeanine Rovet

    Bien vu.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *