Le blog de Claude Lelievre

Au nom du bac. Mais quel(s) bac(s)?

Le mot baccalauréat serait issu de l’altération du latin médiéval baccalarius, « jeune homme qui aspire à devenir chevalier » et de la reprise de laureare « couronner de lauriers »,  les universitaires parant le front des nouveaux bacheliers de baies de lauriers. Le terme serait apparu au sein de l’Université de Paris au XIIIe siècle, pour désigner un premier grade universitaire avant la maîtrise es Arts ou les doctorats en droit, en théologie et en médecine. On retiendra de ces épisodes que le terme  »baccalauréat » relève initialement du domaine de la noblesse, de la distinction, des lauriers. Et aussi et surtout de l’université.

Au début du XXème siècle, un sociologue, Edmond Goblot , traite du baccalauréat sous le titre significatif :’‘la barrière et le niveau. » ; et il affirme que le baccalauréat est un  »brevet de bourgeoisie », une distinction culturelle sociale. Cela n’empêche pas, bien au contraire, que le baccalauréat soit célèbre voire populaire, comme le montre ses désignations raccourcies et familières . A l’instar du certificat de fin d’études primaires (l’autre examen emblématique en France) désigné par le terme de  »certif », voire  »certoche » , le baccalauréat est désigné par le terme raccourci  »bac », voire  »bachot. ».

C’est ce qui permet d’aborder un autre thème récurrent quand on parle du  »bac », du  »bachot » : à savoir le  »bachotage’‘. C’est d’ailleurs le titre d’un ouvrage paru en 1912 : « Le bachot et le bachotage ». Et c’est encore l’une des problématiques actuelles : est-ce qu’il y aura moins (ou plus) de  »bachotage » avec la nouvelle organisation du baccalauréat qui vient d’être annoncée par le ministre Jean-Michel Blanquer ? Sans doute plus!

On parle du  »baccalauréat », du  »bac », comme s’il n’y en avait qu’un seul. Mais c’est depuis longtemps très inexact. L’institution du  »bac » sous sa forme moderne par Napoléon I, en 1808, a été le point de départ des baccalauréats dits  »généraux » préparant aux études longues à l’université ou dans les grandes écoles. A la fin des années 1960, il y a eu la création d’un nouveau type de » bac »: les bacs dits  »technologiques » , destinés à alimenter les formations dites courtes de l’enseignement supérieur mises en place au début des années 1960 (à savoir les sections de techniciens supérieurs et les IUT). Enfin , au milieu des années 1980 il y a eu la création d’un troisième type de baccalauréat, les baccalauréats dits  »professionnels » ouvrant en principe sur la vie active (même si, comme tout baccalauréat, ils donnent juridiquement droit jusqu’ici à l’entrée à l’université)

Comme l’a dit leur promoteur (à savoir Jean-Pierre Chevènement) : « en parant du terme de baccalauréat ce troisième type d’examens du secondaire, il s’agissait de mettre en place une égalité de  »dignité » ( et l’on retrouve là, la dimension symbolique voire distinctive conféré au baccalauréat depuis ses débuts).

Mais il ne s’agissait pas, comme l’a d’ailleurs souligné alors Jean-Pierre Chevènement d’une égalité de fonction, de destination, de condition. Le baccalauréat est donc finalement une Sainte Trinité( une sorte de mystère) : une divinité unique en trois personnes singulières et inégales. On voit bien quelle est la principale, à savoir les bacs généraux ( on point que, parfois, en parlant du  »bac », on ne parle en fait que des bacs généraux) . Et l’on voit bien quelle est la troisième ( à savoir les bacs professionnels, qui n’ont pas été traités en même temps que les deux autre types de bacs dans la soit-disant réforme du bac qui vient d’être annoncée. Le  »bac » est bien une divinité en trois personne ( une entité aussi célèbre que mystérieuse voire opaque).

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Commentaires (2)

  1. RenaudL

    Je ne suis pas sûr que le bac techno ait été traité. Au moins n’a-t-il pas (encore ?)été maltraité.

  2. Leçons d'étiquette

    Point d’histoire intéressant, merci !

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