Le blog de Claude Lelievre

L’enseignement moral et civique : retour vers un passé dépassé qui ne passe pas.

L ‘enseignement moral et civique (EMC) existe , sous cette appellation, depuis la loi de refondation de l’Ecole de 2013 et couvre la totalité de la scolarité, du CP aux classes terminales des lycées. Mais le passif d’un passé dépassé peut venir à  »restauration », et il peut durer longtemps (c’est bien long sur la fin, à l’instar de l’éternité de l’éternel retour).

Selon Pierre Kahn (l’une des chevilles ouvrières majeures de ce nouvel enseignement défini en 2015), le nouveau projet d’EMC annoncé cette semaine par la nouvelle direction du Conseil supérieur des programmes, « conserve comme vestige certains éléments des programmes d’EMC de 2015 ; mais leur tourne le dos et s’inscrit dans un discours général de la restauration à la fois préoccupant et probablement inopérant […]. Idéal d’un retour à l’ordre et à la discipline, à l’apprentissage des règles de conduite (langage, décence vestimentaire, hygiène) symbolisé dans le nouveau projet d’EMC par le recours insistant au thème du respect [omniprésent]. Des dispositifs mis en avant par le programme de 2015, il ne reste rien ou presque (une ou deux références au  »débat réglé »et, plus modestement, à  »l’éthique de la discussion ») […]. Rien des discussions à visée philosophiques pour le primaire, de l’examen des dilemmes moraux, du recours possible aux jeux de rôles, des exemples suggérés dans le programme de 2015. Rien, en somme, des implications pédagogiques que comporte la volonté de former des citoyens actifs et, comme le disait le philosophe Alain, «  incommodes » […]. Prenez-y vous comme vous voulez [dit le nouveau projet], pourvu que vous fassiez de vos élèves des individus et des citoyens respectueux des lois et des sociaux » (Tribune parue dans « Libération » du 11 juillet)

L’essentiel est dit. Mais on peut y ajouter une mise en perspective historique en reprenant ici à nouveau frais un billet que j’avais mis sur  »Educpros’‘ le 17 novembre 2013, en pleine réflexion sur « l’enseignement moral et civique à venir »

Alors que les leçons de morale ne sont plus obligatoires dès les premières années qui suivent mai 68, on assiste à la prescription d’un retour de l’enseignement de la morale à l’occasion de la rédaction des nouveaux programmes de 2008 sous la houlette du ministre de l’Education Xavier Darcos.. L’arrêté du 9 juin 2008 indique que « l’instruction civique et morale constitue un enseignement à part entière, comme le prévoient les [nouveaux] programmes de l’école primaire ».

La circulaire du 25 août 2011 (prise sous le ministère de Luc Chatel, alors que Jean-Michel Blanquer est DGESCO) préconise, pour l’essentiel, un retour de fait à un enseignement  »sentencieux » de la morale.

La circulaire privilégie en effet une approche (quasi quotidienne) par la  »maxime  » : « L’usage de la maxime morale, recommandé par les programmes de l’école primaire, vise essentiellement à construire une conscience et un jugement par la réflexion collective et individuelle sur des situations morales. Des lectures, des récits ou des événements présentant une problématique morale peuvent être aussi utilisés comme supports de travail et prendre la forme d’un dilemme ou d’une alternative. Il est recommandé d’y consacrer un temps régulier et quotidien. Le début de la journée est particulièrement approprié à cet exercice car il permet de placer le travail qui va suivre sous le signe des principes qui auront été dégagés […]. Le caractère lapidaire des maximes permet une mémorisation aisée des préceptes moraux ».

En septembre 2012, le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon annonce qu’il entend mettre en place un enseignement de « la morale laïque » depuis le primaire jusqu’à la fin du secondaire. On connaît la suite.

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Commentaire (1)

  1. Maerlis Krichewsky

    Donner le bon exemple serait déjà pas si mal. les enfants (souvent plus intelligents que leurs aînés) regardent plus ce que vous faites que ce que vous dites. Si nous avons tant de pbm avec les enfants c’est qu’il y a un énorme fossé entre ce que les adultes disent et ce qu’il font. Les valeurs d’une personne sont fortement marquées par la phase petite enfance où l’imitation est le principal mode d’apprentissage.

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