Le blog de Claude Lelievre

Obligation, assiduité, sanctions: Jules es-tu là?

Par deux fois, Blanquer vient de se référer à Jules Ferry. Il ferait mieux de s’en inspirer.

Jean-Michel Blanquer tente de se raccrocher à la symbolique des lois d’obligation scolaire pour que la loi en discussion au Sénat (en passe d’être sensiblement grignotée par LR) conserve un minimum d’identification et de lustre, en affirmant que , comme pour l’obligation d’instruction à partir de trois ans, la presque totalité des enfants étaient déjà scolarisés au moment de la loi du 28 mars 1882 instituant l’obligation d’instruction à partir de six ans.

Ce qui est vrai, sauf que Jules Ferry n’a jamais mis en avant cet aspect de la loi de 1882 (dans lequel il ne voyait qu’un achèvement d’un long processus), au contraire de l’autre aspect de la loi de 1882 qui lui importait de loin au plus haut degré : la laïcisation de l’école primaire publique, le début fondateur d’une longue aventure.

Par ailleurs, Jules Ferry a été aussi en butte pour ce faire à une forte opposition, comme l’a rappelé à juste titre aussi Jean-Michel Blanquer. Mais cette opposition ne visait pas au premier degré l’obligation scolaire mais le fait qu’elle était en liaison avec le projet fondamental d’une laïcisation de l’école primaire publique.

La loi  »Jules Ferry » du 28 mars 1882 a rendu l’instruction obligatoire. La loi précise que lorsqu’un enfant « se sera absenté quatre fois sans justification, le père sera invité à comparaître devant la commission municipale scolaire, qui lui expliquera son devoir ». En cas de récidive dans les douze mois, il est prévu que la personne responsable de l’enfant ait son nom exposé à la porte de la mairie. Si elle persiste, l’infraction devient une contravention.

Les adversaires de la loi (qui instituait d’un même 
mouvement l’obligation et la laïcité) se prononcent contre des sanctions. Hervé de Saisy – leader 
de la droite cléricale – s’écrie : « C’est la pauvreté que vous mettez en prison ! » Mais, pour 
Jules Ferry, l’efficacité ne saurait être là : 
« On ne passera pas notre temps à des procès ; 
ce n’est pas le gendarme qui sera le grand ressort de cette loi ; la condamnation judiciaire 
est nécessaire comme réserve ; mais notre loi 
est toute faite de contrainte morale. ». Là encore, au lieu de se référer à Jules Ferry, Blanquer ferait mieux de s’en inspirer.

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