Le blog de Claude Lelievre

L’école endoctrinerait nos enfants? Insoutenable!

C’est pourtant ce qui est annoncé dans le titre d’un dossier paru dans le cadre du « Figaro Magazine » la semaine dernière : « Antiracisme, idéologie LGTB+, décolonisation… Comment on endoctrine nos enfants à l’école ». Et il est soutenu que « au nom de la  »diversité » et de son corollaire pédagogique l »’inclusion », les idéologies  »woke » ont pénétré dans le temple scolaire avec la complicité d’une partie du corps enseignant et par le biais des outils pédagogiques »

Mais si l’on s’intéressait d’un peu près à certaines prescriptions ministérielles qui se sont succédé à ce propos depuis un demi-siècle, à commencer par celles de René Haby, ministre de l’Education nationale du président Valéry Giscard d’Estaing ? Début du texte sur l’éducation civique du 7 juillet 1978 pour le cours élémentaire : « le respect d’autrui avec ses différences (s’agissant notamment d’enfants handicapés ou d’immigrés )».

Indications durant le ministère de Jean-Pierre Chevènement . Arrêté du 15 mai 1985 pour le CP :« reconnaissance des droits d’autrui, de l’égalité des races et des sexes ». Programmes du collège de décembre 1985 en éducation civique, pour la classe de sixième : « diversité et solidarité des hommes. Diversité des origines, des croyances, des opinions, des modes de vie. La tolérance . Le refus des racismes ». En histoire et géographie : « la conscience de la diversité des milieux et des civilisations est particulièrement propice à la remise en question des idées reçues, à l’acquisition du sens de la relativité, au développement de l’esprit critique, à la reconnaissance de l’universel au sein des cultures. La présence dans les classes d’élèves d’origine étrangère peut constituer l’occasion de mieux présenter certains événements historiques ou des faits de civilisation »

Indications sous le ministère de François Bayrou, ministre de l’Education nationale du président Jacques Chirac. Education civique pour le CP, en 1995 : « éminemment morale, l’éducation civique développe l’honnêteté, le courage, le refus des racismes, l’amour de la République ». Programmes du collège en 1996, classe de cinquième : « refus des discriminations. Des exemples seront donnés sur les différentes discriminations (racisme, sexisme, rejet des handicapés et des malades)»

Indications sous le ministère de Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale du président Nicolas Sarkozy . Programme d’histoire-géographie-éducation civique pour la classe de cinquième du 28 avril 2008. « Même s’il existe des différences entre les individus et une grande diversité culturelle entre les groupes humains, nous appartenons à la même humanité. Assimiler les différentes cultures à des différences de nature conduit à la discrimination et au racisme […] L’étude d’un exemple de discrimination ou de racisme appuyé sur un texte littéraire ou un fait d’actualité permet de les définir et de montrer leurs conséquences pour ceux qui en sont victimes »

Circulaire ministérielle du 4 avril 2008 en vue de la rentrée 2008 : « au sein des établissements, une importance particulière devra être accordée aux actions visant à prévenir les atteintes à l’intégrité physique et à la dignité de la personne : violences racistes et antisémites, violences envers les filles, violences à caracactère sexuel, notamment l’homophobie »

Pour ce qui concerne les questions de la colonisation et de l’esclavage, on notera tout particulièrement les libellés des programmes d’histoire du collège datant d’août 2008.

Classe de cinquième : « La traite des noirs avant le XVI° siècle. Les traites orientales, transsahariennes et internes à l’Afrique noire : les routes commerciales, les acteurs et les victimes du trafic ». Classe de quatrième : « Les traites négrières et l’esclavage. La traite est un phénomène ancien en Afrique. Au XVIII°, la traite atlantique connaît un grand développement dans le cadre du  »commerce triangulaire » et de l’économie de plantation […]. Les colonies au XIX°. Les conquêtes coloniales assoient la domination européenne. Les colonies constituent, dès lors, un monde dominé confronté à la modernité européenne ». Classe de troisième : « Le Monde depuis 1918. L’évolution du système de production et ses conséquences sociales. Evolution de la structure de la population active et migration du travail. L’étude s’appuie sur l’histoire d’un siècle d’immigration en France […] . Des colonies aux Etats nouvellement indépendants. Processus de la décolonisation. Principales phases de la décolonisation : 1947-1962 ».

Mais que nous arrive-t-il, dans quel contexte sommes-nous, pour qu’il puisse être prétendu (et même cru par certains) qu’ « au nom de la  »diversité » et de son corollaire pédagogique l »’inclusion », les idéologies  »woke » ont pénétré dans le temple scolaire avec la complicité d’une partie du corps enseignant et par le biais des outils pédagogiques » , avec un effacement de fait de toute l’histoire antérieure comme non advenue (ou mal venue…) ? A l’évidence, ce n’est pas le moment de perdre de vue les préconisations ministérielles du dernier demi-siècle dans ce domaine, bien au contraire

Claude Lelièvre. Dernier livre paru ( aux éditions Odile Jacob):  » L’école d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire ».

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Commentaires (3)

  1. Dionysiac

    Oui, enfin, le problème c’est qu’il y a une différence entre « refuser les discriminations » (terme qui est d’ailleurs flou et passe-partout, qu’on pourrait tout aussi bien appliquer à la discrimination vaccinale et au passe sanitaire, mais c’est un autre sujet), combattre le « racisme » et « l’homophobie », et diffuser dans les programmes scolaires et les enseignements donnés aux élèves des idées, des injonctions et une morale venues tout droit des idéologies à la mode ces dernières années, et notamment l’idéologie du « genre » ! Défendre et protéger les homosexuels, c’est une chose, vouloir inciter les enfants à pratiquer eux-mêmes cette forme de sexualité et inciter à combattre notre société prétendument « hétéro-normée », ainsi qu’on peut le voir dans certains supports pédagogiques officiels, c’en est une autre ! Pour citer un article récemment paru sur le site de L’observatoire du décolonialisme », on est passé, à l’école maternelle et élémentaire, de la « lutte contre les discriminations » à la « déconstruction de l’hétéronormativité » et à la promotion des « orientations non-hétérosexuelles » (https://decolonialisme.fr/?p=6043). Et c’est bien là que réside le problème. Vous politisez la question en affirmant qu’il s’agirait d’une « attaque de la droite », mais en réalité, il est plutôt question de savoir si l’enseignement diffusé dans le cadre de l’Education Nationale doit être politiquement et idéologiquement engagé ou au contraire rester neutre sur ce plan-là. Les principes de la République française sont ceux de la liberté, l’égalité et la fraternité, et pas ceux de l’indifférenciation des sexes, de la lutte contre l’hétéro-normativité, et de la dénonciation d’un prétendu « privilège blanc » ! Et si vous éprouvez tant de méfiance envers un discours critique venant de la droite de l’échiquier politique, c’est sans doute parce que vous vous accommodez fort bien du fait que la gauche est politiquement dominante parmi les enseignants, et que le discours à la fois syndical et pédagogique est massivement orienté, lui, à gauche de ce même échiquier !
    Signé : Un enseignant de philosophie dans un lycée de la région parisienne.

  2. BiorX

    Dionysiac,

    Le point de vue que vous défendez n’est pas neutre comme vous le croyez. Il n’y a pas une idéologie de gauche d’un côté et un bon sens, une réalité de droite de l’autre.

    Vous mettez en avant l’Observatoire du décolonialisme… Les individus qui y opèrent, eux non plus ne sont pas des observateurs neutres.

    Le billet montre dans sa totalité que l’Éducation nationale est politiquement et idéologiquement engagée. Défendre l’égalité entre les hommes et les femmes, déconstruire les normes de genre en montrant qu’elles ne relèvent pas du naturel mais du social, c’est défendre les valeurs de la République française. En ce sens, il s’agit bien d’une posture idéologique. Pour autant, les savoirs transmis au cours de cette opération sont neutres. Vous me feriez rire à nier les connaissances produites par les universitaires sur ces questions.

    Je finis mon propos décousu en relevant votre fantasme « la promotion des « orientations non-hétérosexuelles ». Non, en déconstruisant les rôles genrées, l’école ne fait pas la promotion d’une orientation sexuelle particulière. L’article à charge que vous citez fait mention d’une conférence où un interlocuteur indique vouloir « promouvoir les représentations positives d’autres sexualités ». Ce n’est à mon sens pas pareil et j’aimerais avoir l’extrait contextualisé de ce propos plutôt que de croire sur parole en l’honnêteté intellectuelle du rédacteur de l’article.

  3. Chambon

    « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros »

    J’ai la conviction que la page 43 du Figaro Magazine du 12 novembre 2021 constitue une infraction caractérisée selon ces termes de l’article 27 de la loi du 29 juillet 1881

    J. Chambon

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