Le blog de Claude Lelievre

Archives par auteur: Claude Lelièvre

Mai 68 : les corps du primaire et du secondaire déstabilisés bien avant

Mai 68 n’est pas vraiment compréhensible dans le domaine scolaire si l’on ne saisit pas que le corps des instituteurs ainsi que le corps des professeurs avaient été déstabilisés durant les années précédentes. Ce qui n’est pas le cas actuellement, cinquante ans après. 1)Un corps enseignant du primaire en expansion rapide, moins  »normalisé » et  »mixé » Durant les années qui précèdent Mai 68, les effectifs de l’enseignement primaire croissent brutalement sous l’effet du ‘’baby-boom’’ de l’après-guerre et de l’augmentation très rapide de la préscolarisation. Ainsi, de 1950 à 1965, le nombre d’enfants scolarisés en maternelle passe de 400 000 à un million, et celui de l’enseignement élémentaire de 4,5 millions à plus de 6 millions. Le nombre total des instituteurs et des institutrices croît de 155 000 à 260 000, alors que les départs à la retraite durant cette période se montent à 55 000. On doit donc recruter – en une quinzaine d’années seulement – 160 000 nouveaux enseignants, qui sont donc largement majoritaires dans le corps de l’enseignement primaire en 68. Or, contrairement aux plus anciens, plus de la moitié d’entre eux n’ont pas été formés dans les écoles normales, car, compte tenu de l’urgence, beaucoup ont été recrutés… Savoir plus >

Mai 68 : un corps universitaire chamboulé bien avant

On ne peut pas comprendre Mai 68 (et sa possibilité) à l’Université sans prendre la mesure de la transformation profonde du corps des universitaires qui avait eu lieu durant la décennie précédente. Et nous sommes à cet égard, cinquante après, dans une situation bien différente. Dans l’enseignement supérieur, la croissance des effectifs est encore encore plus rapide que dans le primaire et dans le secondaire, sous l’effet en particulier de la politique volontariste de Charles de Gaulle.(le budget du supérieur, en francs constants, est multiplié par quatre sous sa présidence). De 1959 à 1968, le nombre des étudiants est multiplié par deux et demi (de 200 000 à 500 000) et celui des enseignants du supérieur fait plus que tripler (il passe de 7200 à 22 500). Il n’y a jamais eu, avant ou après, une telle accélération. Mais cette croissance est diversifiée selon les ordres d’enseignants qui constituent l’encadrement universitaire. L’effectif des professeurs et assimilés ne fait que doubler tandis que celui des maîtres-assistants et assistants quadruple. Alors qu’en 1959 les effectifs de professeurs et ceux des maîtres assistants et assistants s’équilibraient presque (3100 contre 4100), le corps des assistants et maîtres-assistants l’emporte largement en nombre sur celui des… Savoir plus >

Mai 68 :une réforme gaullienne des universités fondatrice pour 50 ans !

La loi d’ « orientation de l’enseignement supérieur » dite loi  »Edgar Faure » a été votée, le 7 novembre 1968. Et on peut tout à fait souscrire au jugement de l’historien Antoine Prost: « cette loi d’orientation de l’enseignement supérieur marque une rupture capitale dans l’histoire des universités françaises. Elle leur a donné un cadre administratif et institutionnel qui a globalement résisté aux alternances politiques. Sur la durée, il s’est même plutôt renforcé qu’altéré » (« Du changement dans l’école ; les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours », 2015, Seuil, p. 167). Les universités disposaient jusque là d’une administration faible et dispersée. Elles étaient structurées en facultés quasi indépendantes (lettres, sciences, droit, médecine) dont chacune était dirigée par un doyen élu, assisté de deux assesseurs, et par un conseil où les professeurs seuls se taillaient la part du lion. La loi ‘’Edgar Faure’’ chamboule ces anciennes structures ‘’facultaires’’, et l’on va assister à la naissance de vraies ‘’universités’’. La loi fait éclater le cadre des anciennes facultés en deux instances nouvelles, les unes plus restreintes (les Unités d’Enseignement et de Recherche), l’autre plus large (l’Université). A la tête des UER sont élus des directeurs sans autres pouvoirs que de coordination pédagogique. A la tête des… Savoir plus >

Une politique scolaire d’un an manifestement surestimée par le président Macron

C’est ce qui apparaît en tout cas dans ses interviews de jeudi et dimanche derniers, surtout si on compare par exemple avec ce qui a été mis en place par le Général de Gaulle, son alter ego  »jupitérien », qu’il semble ignorer en l’occurrence. Une telle superbe ne manque pas d’intriguer, voire d’inquiéter. Image empruntée au blog de Christophe Chartreux  « Vivement l’Ecole » Le  »moment gaullien » (quoi que l’on puisse penser de l’opportunité de ses orientations) a été pourtant indéniablement dans les faits un grand moment de changements dans le système éducatif français depuis le  »moment ferryste » (sans doute même le moment le plus important), sans commune mesure avec les embryons actuels de changements conduits depuis près d’un an (cf mon billet sur « le bilan scolaire faramineux d’Emmanuel Macron » psté sur Médiapart vendredi dernier) Certes, cela a demandé plusieurs années (comme la  »réforme ferryste » d’ailleurs). Mais il est justement très présomptueux (et pour le moins fort  »léger ») de considérer qu’après une petite année on puisse dire : « on change tout, et cela n’était pas arrivé depuis Jules Ferry » (comme l’a pourtant soutenu le chef de l’Etat dans son interview de jeudi dernier). Par méconnaissance  de son illustre alter ego ? Voyons sur pièces ! Le Chef… Savoir plus >

Mai 68: une situation initiale fort différente de la nôtre pour ce qui concerne l’Ecole

Si on prend la peine de saisir ce qui était déjà en mouvement avant Mai 68, on ne peut manquer d’être surpris par l’ampleur et la diversité des éléments qui n’étaient plus véritablement en place et se trouvaient parfois déjà en changements concrets ou projetés, prêts à se  »précipiter » (au sens d’un  »précipité chimique ») vers l’avenir. Dans le primaire, 160 000 nouveaux enseignants ont été recrutés durant les quinze années qui précèdent. Ils sont largement majoritaires dans le corps de l’enseignement primaire en 1968. Or, contrairement aux  »anciens », plus de la moitié d’entre eux, recrutés en urgence, n’ont pas été ‘’normalisés’’ idéologiquement et pédagogiquement par les écoles normales, ce qui a eu pour conséquence de déstabiliser le corps enseignant du primaire et de le faire entrer peu ou prou dans une zone de turbulence ouverte à des changements diversifiés et à des postures diverses. Dans les années qui précèdent Mai 68, les effectifs de l’enseignement secondaire croissent encore plus brutalement que ceux du primaire sous l’effet surtout de la  »massification  »du secondaire qui a débuté beaucoup plus tôt qu’on ne le croit généralement. En 1968, les deux tiers des professeurs ont moins de 9 ans d’ancienneté et pour la plupart… Savoir plus >

Mai 68 et l’Ecole :  »précipitation  »et  »cristallisation »

 » Précipitation » au sens d’un  »précipité chimique » d’éléments déjà là en cours d’évolution ou projetés.  »Cristallisation » au sens d’une focalisation plus ou moins ardente et exclusive, clivante, qui rend les  »accommodements raisonnables » incertains ou difficiles. Avant Mai 68. Le 28 février1968, le ministre très gaullien de l’Education nationale- Alain Peyrefitte – présente au conseil des ministres les principaux points de « la réforme de l’enseignement engagée » (groupés sous le nom significatif de « rénovation pédagogique ») qui doivent faire l’objet d’une mise en œuvre dès la rentrée de septembre 1968 dans cent écoles primaires et trente collèges. Il est dit explicitement que « le cours magistral doit disparaître presque complètement à tous les niveaux ». Il est prévu que le latin et le grec disparaissent entièrement en sixième et cinquième. Les classes seront structurées « comme de petites républiques », avec des équipes de six à huit élèves élisant leur chef. Les membres de l’important colloque qui se tient à Amiens du 15 au 17 mars 1968 (soutenu et conclu par le ministre de l’Education nationale Alain Peyrfefitte) s’accordent sur « l’urgence d’une rénovation éducative aussi bien que pédagogique qui ne saurait être différée». Le rapport final stigmatise « les excès de l’individualisme qui doivent être supprimés en renonçant au principe… Savoir plus >

L’impayable Blanquer annonce une troisième distribution  »gratuite » de « Fables » de La Fontaine

Ce mercredi, il a annoncé tout de go à l’Assemblée nationale la réédition de l’opération  »Fables de La Fontaine » . Fabuleux Blanquer ! Il est tellement pour le redoublement qu’il en vient à tripler . Et sans aucune évaluation d’aucune sorte! En réponse à une interpellation de la députée (Modem) Géraldine Bannier qui interrogeait le gouvernement sur ses engagements « pour faire de la France un pays de lecteurs », le ministre de l’Education nationale a terminé en martelant: « nous redistribuerons des  »Fables »  de La Fontaine en juin prochain ». Le 23 juin 2017, il avait déjà annoncé urbi et orbi que 150000 élèves de CM2 allaient recevoir gratuitement les « Fables » de La Fontaine. Pourquoi 150000 ? Pourquoi dans trois académies choisies : Aix-Marseille, Nantes et Lille ? Pourquoi à la fin du CM2 ? On ne sait toujours pas!. Ni quels ont pu être les résultats d’une telle « distribution »… D’autant que Jean-Michel Blanquer, lorsqu’il était Directeur de l’enseignement scolaire, avait déjà mené en 2010 la même « opération » (Blanquer aime redoubler, même lorsqu’il n’a pas été évalué). Il s’agissait en l’occurrence déjà des « Fables » de La Fontaine, mais pour 178000 élèves de CM1 (ce qui pouvait certes mieux se comprendre, car ils allaient se retrouver dans la… Savoir plus >

Une école maternelle obligatoire dès l’âge de 3 ans ou bien l’instruction?

Selon « Le Monde », l’âge de la scolarisation obligatoire va être abaissé, dès la rentrée 2019, à 3 ans, quand il ne débutait qu’à 6 ans actuellement. Selon l’Elysée, « la décision d’abaisser l’âge de l’instruction obligatoire à trois ans traduit la volonté du président de la République de faire de l’école le lieu de l’égalité réelle et une reconnaissance de l’école maternelle, qui ne doit plus être considérée comme un mode de garde universel ou comme la simple préparation à l’école élémentaire […] L’enjeu est d’affirmer l’identité propre de l’école maternelle comme une véritable école tournée vers l’acquisition du langage et de l’épanouissement de l’enfant ». Pour être clair, s’agit-il d’obliger les enfants à fréquenter régulièrement une école maternelle dès l’âge de trois ans  ? Ce serait une grande curiosité car les enfants, à partir de six ans, ne sont pas tenus de fréquenter régulièrement une école, mais sont soumis à l’obligation d’ « instruction dans une école publique ou une école privée, ou dans la famille ». Ou s’agit-il d’une « obligation d’instruction » (mais laquelle, définie comment et par qui?) Et ce serait une rupture effective de principe avec l’école maternelle  »à la française » fondée au moment de la troisième République triomphante sous Jules Ferry. L’arrêté… Savoir plus >

Le ministre Blanquer n’a pas tenu l’engagement du candidat Macron de  »simplification » du bac

Il était pourtant  »simple » (en son principe) de simplifier le baccalauréat en prenant pour principe de base le  »vrai »contrôle continu. C’est d’ailleurs ce que vient de rappeler clairement le SGEN qui était partisan de cette réforme : « A ce jour, c’est 100% des notes données par les professeurs qui sont prises en compte pour l’affectation dans les filières sélectives de l’enseignement supérieur (CPGE, IUT, STS…). D’un côté on ferait confiance aux enseignants, d’un autre côté, on se méfierait de leur façon de noter. Les opposants au contrôle continu n’ont jamais remis en cause cette affectation sur les notes données par les professeurs des élèves… ». Or le ministre Blanquer n’a accordé que 10 % pour le baccalauréat à ce  »contrôle continu ». Pourtant, dans son interview parue dans « L’Etudiant » le 30 mars dernier, Emmanuel Macron avait été lui aussi très clair , et dans le même sens: « Nous faisons confiance au contrôle continu et au jugement des professeurs pour l’entrée dans les formations sélectives (écoles préparatoires aux grandes écoles, sections de techniciens supérieurs, IUT, écoles post-bacs). Pourquoi en seraient-ils incapables pour le baccalauréat? ». Il s’agissait bien du  »contrôle continu » entendu comme l’ensemble des évaluations ordinaires faites au fil des années (en première et terminale) présentes… Savoir plus >

Au nom du bac. Mais quel(s) bac(s)?

Le mot baccalauréat serait issu de l’altération du latin médiéval baccalarius, « jeune homme qui aspire à devenir chevalier » et de la reprise de laureare « couronner de lauriers »,  les universitaires parant le front des nouveaux bacheliers de baies de lauriers. Le terme serait apparu au sein de l’Université de Paris au XIIIe siècle, pour désigner un premier grade universitaire avant la maîtrise es Arts ou les doctorats en droit, en théologie et en médecine. On retiendra de ces épisodes que le terme  »baccalauréat » relève initialement du domaine de la noblesse, de la distinction, des lauriers. Et aussi et surtout de l’université. Au début du XXème siècle, un sociologue, Edmond Goblot , traite du baccalauréat sous le titre significatif :’‘la barrière et le niveau. » ; et il affirme que le baccalauréat est un  »brevet de bourgeoisie », une distinction culturelle sociale. Cela n’empêche pas, bien au contraire, que le baccalauréat soit célèbre voire populaire, comme le montre ses désignations raccourcies et familières . A l’instar du certificat de fin d’études primaires (l’autre examen emblématique en France) désigné par le terme de  »certif », voire  »certoche » , le baccalauréat est désigné par le terme raccourci  »bac », voire  »bachot. ». C’est ce qui permet d’aborder un autre thème récurrent quand on… Savoir plus >