Le blog de Claude Lelievre

Archives par auteur: Claude Lelièvre

Giordan et Dehaene: « Apprendre! »

  Deux ouvrages au même titre ( »Apprendre! ») sont parus à vingt ans d’intervalle. Et ce n’est nullement anecdotique. Le premier ouvrage est paru en 1998, il y a tout juste vingt ans. Il a été écrit par André Giordan , une figure historique de la mouvance dite  »pédago’‘. Plus précisément, André Giordan est agrégé en biologie, spécialiste de la physiologie des régulations et de la didactique des sciences. Il est surtout connu pour son nouveau modèle de l’apprendre, le modèle  »allostérique ». En 2015, il a publié aux éditions Librio un ouvrage qui a eu un grand succès de librairie:  »Apprendre à apprendre Le second ouvrage vient de paraître. Il a été écrit par Stanislas Dehaene, directeur de l’unité de neuroimagerie cognitive, unité mixte INSERM-CEA à NeuroSpin5 dans l’Essonne et professeur au Collège de France à la chaire de psychologie cognitive expérimentale4. Depuis janvier 2018, il préside le Conseil scientifique de l’Education nationale créé à l’iniative du ministre de l’EN Jean-Michel Blanquer (dont il est considéré comme un proche) . Ce conseil scientifique est censé éclairer les décisions du ministre concernant les apprentissages, et la pédagogie ad hoc à mettre en place. Sur son compte  »Facebook », Andé Giordan a réagi d’une… Savoir plus >

Un petit déjeuner gratuit en ZEP: une mesure qui irait de soi?

Ce serait sans doute prolonger d’une certaine façon ce qui a commencé historiquement avec Mendès-France en 1954. Alors chef du gouvernement, Mendès-France décrète la distribution d’un verre de lait et d’un morceau de sucre à l’heure de la récréation dans toutes les écoles avec pour objectif de lutter contre la dénutrition et la consommation d’alcool par les enfants (qui n’était pas alors prohibée, loin s’en faut…) Mais, au fil du temps, cette distribution de lait s’est accompagnée dans nombre d’établissements, d’une consommation de boissons et d’aliments  : sodas, biscuits, gâteaux, céréales, viennoiseries (riches en sucres et en graisses). L’ennemi  »soda » a remplacé l’ennemi  »alcool » … En janvier 2004, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) dénonce les méfaits de la collation de 10 h à l’école en remettant en cause sa composition et son utilité. En effet, 93 % des enfants de 3 à 5 ans prennent un petit-déjeuner et les enquêtes alimentaires ne montrent pas de déficiences calciques dans cette tranche d’âge. De plus, face au contexte de l’augmentation de l’obésité infantile, la multiplication des prises alimentaires n’apparait pas souhaitable, bien au contraire. Elle recommande donc la suppression de toute collation, tout en laissant la possibilité de proposer aux seuls enfants concernés un petit-déjeuner équilibré à base de lait… Savoir plus >

Blanquer piégé sur le participe passé par manque de tolérance

Le ministre de l’Education nationale a subi une épreuve quelque peu humiliante  faute que soient prises en compte  par ses  »examinateurs » (des journalistes) et par lui-même (!) les « tolérances grammaticales ou orthographiques » de l’arrêté  »Haby » du 28 décembre 1976. Sur France Info, le jeudi 6 septembre. L’un des journalistes interroge Jean-Michel Blanquer: « Les crèpes que j’ai mangées. Mangées? » «  »ées ». « Oui.! Les crèpes, virgule, j’en ai mangé. Mangé? » »ées, aussi ».  »Non , j’en ai mangé; avec en, c’est é ».  »Vous auriez dû dire les crèpes, virgule, j’en ai mangé’‘.  »C’est ce que j’ai dit, virgule ». L’autre journaliste prend le relais dans l’interrogation du ministre de l’Education nationale: « Les deux euros que m’a coûté ce livre. Coûté?  » .  » é’‘.  »Oui ».  »Ce n’est pas si difficile que ça. Puisque ce n’est pas le complément d’objet direct« .  »C’est plus subtil que cela en fait. Lorsque le participe passé du verbe coûter est employé au sens propre, il est invariable; mais il est variable lorsqu’il est utilisé au sens figuré » Il est remarquable que ni les journalistes, ni surtout le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer n’ont songé aux « tolérances grammaticales ou orthographiques » de l’arrêté du 28 décembre 1976: « Accord du participe passé conjugué… Savoir plus >

Les Gaulois du  »roman national » de Lavisse ne sont pas  »réfractaires » comme le dit Macron

Bien au contraire, à l’inverse justement du sens des albums d’Astérix avec leurs  »irréductibles Gaulois »! Confondre les deux est un symtôme de la confusion historique et idéologique actuelle Que dit Lavisse dans son manuel d’histoire de France pour le cours élémentaire datant de 1884 ?  «  Autrefois notre pays s’appelait la Gaule. Vous voyez en haut et à droite de la page un Gaulois. Il a les cheveux très longs. Son manteau est fait d’une peau de bête. Si vous rencontriez un homme comme celui-là dans la rue, vous croiriez que c’est un sauvage. Le garçon va suivre son père à la chasse. Il n’ira pas à l’école pour une bonne raison : c’est qu’il n’y a pas d’écoles en Gaule. Vous, vous ne voudriez pas être ignorants comme ces petits-là […]. « Vous voyez maintenant une ville gauloise. Vous devez être étonné de voir une si belle ville en Gaule car vous avez vu auparavant une maison gauloise bien misérable ! Des enfants vont à l’école. Qu’est-il donc arrivé ? Il est arrivé que les Romains sont devenus les maîtres de la Gaule, après les victoires de César. Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les… Savoir plus >

La « Riposte » de Philippe Meirieu

On pourrait croire que Philippe Meirieu est pris par une certaine lassitude, voire le découragement. Mais non, bien au contraire. Et son dernier livre qui vient de paraître chez  »Autrement » le montre à l’évidence, même s’il admet en exergue qu’il s’agit encore une fois de « dépasser les malentendus et revenir à l’essentiel« . Mais il ne s’agit nullement pour lui de se répéter pour se faire entendre ou pour se faire enfin comprendre (en dépit des  »brouillages » plus ou moins développés par nombre de ses adversaires). Il s’agit surtout pour lui d’aller à l’essentiel tout en prenant en compte le contexte actuel. D’où des chapitres aux titres évocateurs de cet  »air du temps » tels que « L’antipédago et l’hyperpédago sont dans un bateau » ou « Du consumérisme scolaire aux écoles alternatives » ou « Au bout de la crête : un passge risqué mais peut-être possible« . Car il s’agit aussi et toujours de descendre « Dans l’arêne » (titre significatif de la deuxième partie de l’ouvrage) tout en traçant rapidement mais nettement quelques pistes à emprunter (à partir d’une interrogation essentielle:  »Quelles finalités éducatives pour faire face aux défis d’aujourd’hui? »):  »Quelles connaissances mobiliser pour atteindre nos finalités?« ; « Faire de l’Ecole un espace de décérélation« ; « Former à l’attention »;… Savoir plus >

L’enseignement moral et civique : retour vers un passé dépassé qui ne passe pas.

L ‘enseignement moral et civique (EMC) existe , sous cette appellation, depuis la loi de refondation de l’Ecole de 2013 et couvre la totalité de la scolarité, du CP aux classes terminales des lycées. Mais le passif d’un passé dépassé peut venir à  »restauration », et il peut durer longtemps (c’est bien long sur la fin, à l’instar de l’éternité de l’éternel retour). Selon Pierre Kahn (l’une des chevilles ouvrières majeures de ce nouvel enseignement défini en 2015), le nouveau projet d’EMC annoncé cette semaine par la nouvelle direction du Conseil supérieur des programmes, « conserve comme vestige certains éléments des programmes d’EMC de 2015 ; mais leur tourne le dos et s’inscrit dans un discours général de la restauration à la fois préoccupant et probablement inopérant […]. Idéal d’un retour à l’ordre et à la discipline, à l’apprentissage des règles de conduite (langage, décence vestimentaire, hygiène) symbolisé dans le nouveau projet d’EMC par le recours insistant au thème du respect [omniprésent]. Des dispositifs mis en avant par le programme de 2015, il ne reste rien ou presque (une ou deux références au  »débat réglé »et, plus modestement, à  »l’éthique de la discussion ») […]. Rien des discussions à visée philosophiques pour le primaire, de l’examen… Savoir plus >

La dissertation de philo au bac: une création pour l’élite aux difficultés pérennes

La dissertation de philosophie au baccalauréat a été instaurée en 1864 explicitement pour l’élite (alors que la philosophie avait été jusqu’alors  »examinée » dans le cadre d’un oral). Cela n’a pas été sans difficultés, qui ont eu tendance à s’aggraver au fil de la » massification » des baccalauréats généraux et de l’apparition des baccalauréats technologiques dans ce champ là. A sa création, en 1808, le baccalauréat est une épreuve exclusivement orale (de 30 à 45 minutes) qui porte sur les matières enseignées durant les deux dernières années du secondaire (dont la philosophie) En 1840, une véritable épreuve écrite à caractère éliminatoire et préalable à l’épreuve orale est substituée au « morceau de français » introduit en 1830 en plein cours de l’épreuve orale. Il s’agit d’une version latine. L’écrit va s’alourdir peu à peu. En 1852, on ajoute une composition latine de trois heures à la version latine de deux heures. En 1864, le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy rajoute en sus une dissertation sur un sujet de philosophie d’une durée de trois heures. Cette création est à replacer dans le cadre de la refondation foncièrement élitiste de la classe de philosophie (et du baccalauréat  »es lettres ») voulue par Victor Duruy : « Puisque la… Savoir plus >

L’uniforme à l’école: un slogan insistant à droite!

 Contre-vérités historiques et perversité conceptuelle. Le referendum tenu à Provins ce dimanche sur le port de l’uniforme à l’école appelle quelques éclaicissements en le replaçant dans un passé à la fois proche et lointain. En juillet 2016, il y a moins de deux ans, les députés Bernard Debré et Eric Ciotti ont défendu des amendements au projet de loi « Egalité et citoyenneté »’ en vue de la « réintroduction de l’uniforme à l’école« . Bernard Debré avait déjà adressé une question sur ce sujet à la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem lors de la séance de l’Assemblée nationale du 24 mai 2016 en rappelant qu’il avait déposé en janvier 2015 (avec le concours d’une quarantaine de députés, dont Eric Ciotti, déjà ; mais aussi avec Nicolas Dupont-Aignan) un projet de loi sur cette question. Attendus de ce projet de loi de janvier 2015 : « L’Ecole doit être le lieu où se forme le sentiment d’appartenance à notre communauté nationale et à la République française. C’est pourquoi des mesures à la fois symboliques et fortes s’imposent. D’abord, le port d’une tenue commune dans les établissements scolaires du premier et du second degré doit redevenir la règle ». Deux ans auparavant, en janvier 2013, une quinzaine de… Savoir plus >

A l’Elysée pour sauver le château de Le Pelletier de Saint-Fargeau

Ce marquis régicide est connu pour avoir écrit un  »Plan d’éducation nationale » présenté par Robespierre et soutenu par Danton. Il a été déclaré  »martyr de la Révolution ». En ce jeudi 31 mai, Annie Roucoux (maire de la commune de Pont-Rémy où se trouve le château de Saint Fargeau) a été conviée à l’Elysée pour « une réception donnée par le président de la République en l’honneur des personnalités engagées pour le patrimoine ». Dans le cadre de la « mission d’identification de sauvegarde du patrimoine » dirigée par Stéphane Bern, le projet de sauvegarde du château de Saint-Fargeau a été sélectionné avec 270 autres dossiers (sur les 2000 adressés à la mission) et devrait recevoir 155000 euros. Selon Jean-Pierre Roucoux (l’époux d’Annie Roucoux, la maire de la commune de Saint Rémy) qui a fait des recherches approfondies dans les archives locales, le château de Saint-Fargeau est à l’origine un château-fort. Ce n’est qu’à l’issue du traité des Pyrénées en 1659 qu’il abandonne son rôle de « chien de garde du Ponthieu ». Il est racheté en 1720 par Michel Robert le Pelletier des Forts, comte de Saint Fargeau. Le père du marquis Louis Michel de Saint-Fargeau ( le régicide et l’auteur d’un « Plan d’éducation nationale »)  a… Savoir plus >

Mai 68 : les corps du primaire et du secondaire déstabilisés bien avant

Mai 68 n’est pas vraiment compréhensible dans le domaine scolaire si l’on ne saisit pas que le corps des instituteurs ainsi que le corps des professeurs avaient été déstabilisés durant les années précédentes. Ce qui n’est pas le cas actuellement, cinquante ans après. 1)Un corps enseignant du primaire en expansion rapide, moins  »normalisé » et  »mixé » Durant les années qui précèdent Mai 68, les effectifs de l’enseignement primaire croissent brutalement sous l’effet du ‘’baby-boom’’ de l’après-guerre et de l’augmentation très rapide de la préscolarisation. Ainsi, de 1950 à 1965, le nombre d’enfants scolarisés en maternelle passe de 400 000 à un million, et celui de l’enseignement élémentaire de 4,5 millions à plus de 6 millions. Le nombre total des instituteurs et des institutrices croît de 155 000 à 260 000, alors que les départs à la retraite durant cette période se montent à 55 000. On doit donc recruter – en une quinzaine d’années seulement – 160 000 nouveaux enseignants, qui sont donc largement majoritaires dans le corps de l’enseignement primaire en 68. Or, contrairement aux plus anciens, plus de la moitié d’entre eux n’ont pas été formés dans les écoles normales, car, compte tenu de l’urgence, beaucoup ont été recrutés… Savoir plus >