Le blog de Claude Lelievre

Archives par auteur: Claude Lelièvre

Mieux vaut être DASEN que directeur d’école pour commenter le projet de loi Blanquer…

On se retrouve là à rebours de la jurisprudence où l »’obligation de réserve » peut peser d’autant plus que l’on est haut dans la hiérarchie de l’Education nationale. Libération.fr du 2 mai:  »Au micro, ses mots étaient pourtant mesurés. «Partir en guerre, je ne dirais pas ça. C’est plutôt un appel lancé aux citoyens et sénateurs pour qu’ils regardent de près ce projet de loi sur l’école de la confiance.» C’était le 14 mars, de bon matin, sur France Bleu Hérault. Sébastien Rome, directeur d’école et maire adjoint de la petite ville de Lodève, en Occitanie, voulait alerter contre cette mesure, passée inaperçue jusque-là, qui vise à fusionner par endroits une école avec le collège voisin. «Ce qui signifie la suppression du directeur d’école, là où ces établissements des savoirs fondamentaux seront créés. Si le projet de loi est adopté en l’état, c’est la disparition d’un service public de proximité», expose-t-il calmement. Mais deux semaines plus tard, Sébastien Rome se retrouve convoqué au rectorat. «Les propos que vous avez tenus n’ont pas été conformes à la nécessaire neutralité liée au statut de fonctionnaire de l’Etat», écrit l’inspecteur d’académie, dans une lettre «d’admonestation». Officiellement, ce courrier n’est pas une sanction disciplinaire, «mais… Savoir plus >

Qui rappelera à Blanquer que la suspension de la fermeture des écoles n’est pas  »historique »? Sarkozy!

Samedi dernier, Jean-Michel Blanquer a prétendu que « la non fermeture d’écoles primaires est une mesure historique. Elle rompt avec des décennies de fermetures massives dues à l’exode rural« . Il ignore ainsi  »superbement » un précédent dûment établi, en ignorant du même coup totalement l’un de ses prédécesseurs, François Bayrou. Le 8 avril 1993, le tout nouveau Premier ministre Edouard Balladur annonce devant l’Assemblée nationale que « toute suppression de services publics en zone rurale sera suspendue pour six mois« . Ce délai devra être mis à profit par le gouvernement pour étudier un nouveau dispositif. En réalité, le moratoire va durer plus de cinq ans (durant toute la période où François Bayrou est à la tête du ministère de l’Education nationale). Le 17 novembre 1998, le Premier ministre Lionel Jospin annonce la fin du gel de la fermeture des services publics en milieu rural devant l’Association des maires de France: « la politique d’aménagement du territoire ne doit pas se traduire par le statu quo en matière d’implantation des services publics. Elle doit tenir compte des mouvements de population et suppose une plus grande coordination entre les acteurs publics […] Le gouvernement arrêtera dans les prochains mois un dispositif coordonné de pilotage» Ah oui,… Savoir plus >

Non, Debré, la première  »ENA » n’a pas été supprimée par un Empereur!

Jean-Louis Debré vient de prétendre que l’Ecole d’administration créée en mars 1848 dans l’élan de l’institution de la Seconde République a été supprimée par un Empereur, Napoléon III. Par Napoléon-le-petit (à l’instar d’Emmanuel Macron)? En réalité, sa suppression a été décidée par un vote de l’Assemblée nationale (républicaine) en août 1849, le comte Albert de Falloux (le ministre de l’Instruction publique auteur de la réactionnaire  »loi Falloux », vilipendée dès cette époque par Victor Hugo lui-même) étant à la manoeuvre . Cette Assemblée et les ministres n’étaient nullement alors à la botte de Louis-Napoléon Bonaparte. Et c’est même pourquoi il a fait un coup d’Etat le 2 décembre 1851 afin d’instaurer l’Empire et son pouvoir personnel. Falloux est arrêté le lendemain du coup d’Etat à cause de son opposition ouverte à Bonaparte. Libéré peu après, il quitte la politique. Les raisons données par le comte de Falloux lors de la déposition de son projet en faveur de la suppression de la première Ecole d’administration résonnent d’une façon toute particulière dans le contexte actuel: «  Le but avoué du premier projet était d’assimiler les étudiants en droit administratif aux étudiants en sciences exactes et de leur appliquer le régime de l’internat tel… Savoir plus >

Un raté historique du boycott des notes d’examens

En février 1965, le SNES appelle à une grève administrative en vue de tenter de s’opposer à la réforme du secondaire (création de filières A,B, C, D, E, F, G) envisagée par le ministre de l’Education nationale Christian Fouchet. La situation se tend au troisième trimestre. Le Conseil national du SNES des 5 et 6 mai 1965 décide de poursuivre la grève administrative, et demande qu’ « aucune note de composition ne soit donnée au troisième trimestre, y compris dans les classes d’examens » ; que les enseignants ne participent pas aux conseils de classe, et, pour le BEPC (le  « brevet ») et le baccalauréat, qu’ils ne portent sur le livret des élèves que des appréciations « sans mention de notes ». Le ministère fait planer la menace de rétorsions financières sévères, voire de réquisitions. Et quinze jours plus tard, le même Conseil national du SNES estimant que la poursuite de la grève « risquait de rendre difficile le maintien de la liaison, déjà délicate », avec les parents d’élèves, décide de « transformer la forme d’action engagée, en demandant aux syndiqués du SNES de reprendre la communication normale des notes et la participation aux conseils de classe ». Finalement, le 12 juin 1965, un décret instituant des filières A, B, C,… Savoir plus >

 »Faire progresser tous les élèves au collège »

C’est le titre d’un type d’ouvrage dont on n’hésite pas à faire la promotion car il conjugue les références et les réflexions théoriques aux expériences pratiques effectives et aux pistes opératoires possibles. Ce qui est rare, précieux et utile. Il vient d’être publié chez « L’Harmmatan » (220 pages, 22 euros 50) et il est l’oeuvre de deux professeures de collège qui interviennent en formation continue dans leurs disciplines, en  »transversale », et en formation de formateurs dans l’académie de Versailles. Anne-Marie Sanchez est professeure de mathématiques au collège Le Village à Trappes (78). Annie Di Martino est professeure d’histoire-géographie-EMC au collège Anatole France à Claye-Sous-Bois (78). Elles savent de quoi elles parlent, d’où elles parlent et pour qui. Le nombre et la diversité de leurs référents théoriques impressionnent. Et cela d’autant plus que c’est le plus souvent en relation avec des pratiques effectives ou avec des indications pragmatiques claires (ou clarifiées). Quatre domaines sont explorés: « Accompagner les apprentissages’‘ (Apprendre à l’Ecole, des enjeux pour chacun; Apprendre à son rythme; Apprendre les ressources du programme); « Apprendre à mobiliser ses ressources » (Tâches complexes et compétences; Programmation de la mobilisation; Des dispositifs de mobilisation) ; ‘‘Faire évoluer l’évaluation » (La base de l’évaluation; Evaluer pour progresser;… Savoir plus >

Les » Stylos rouges » et leurs exigences de maxima d’élèves par classe

Sont-elle crédibles? Si oui, en combien de temps? Un détour pas la comparaison avec d’autres pays et des évolutions historiques passées s’impose. Dans la plate-forme actuelle de leurs revendications, les  »Stylos rouges » exigent la limitation du nombre d’élèves à 20 par classe dans le premier degré, à 24 au collège et en classe de seconde, à 30 en première et en terminale, et à 24 dans les voies professionnelles. Cela n’est pas a priori impossible puisque cela peut exister à l’évidence dans certains pays où le nombre d’élèves par classe peut être nettement inférieur à ce qui a lieu en France. Selon une analyse du  »Centre d’analyse stratégique » publiée en décembre 2010, certains pays en Europe ont en effet un taux d’encadrement (tout type d’établissements confondus) supérieur de plus de 50% à celui de la France: à savoir notamment le Danemark, l’Italie, la Norvège, le Portugal. Selon une étude de l’OCDE parue en 2008 qui concerne spécifiquement le préélémentaire, la France fait partie des pays au plus faible taux d’encadrement, d’un quart inférieur à la moyenne de l’OCDE ou de l’UE. Certains pays ne sont pas loin d’avoir le double du taux de l’encadrement français dans ce secteur ( l’Italie,… Savoir plus >

 »Réveillons-nous! Pour un monde plus juste ».

C’est le titre d’un livre qui est paru récemment chez  »L’Harmattan » et qui fait partie en fait d’une trilogie dont l’auteur principal est le sociologue Gabriel Langouët. Il a travaillé pour cet ouvrage avec Dominique Groux, professeure émérite en sciences de l’éducation et présidente de l’Association française d’éducation comparée. Dans son livre paru aussi chez L’Harmattan, en 2011, sous le titre « Les inégalités entre Etats et populations de la planète. Trop c’est trop! ») Gabriel Langouët s’était emparé, avec la rigueur qu’on lui connaît, de statistiques plus ou moins éparses concernant 182 pays pour scruter et ordonner les inégalités face à l’espérance de vie ou quant à l’accès aux biens indispensables à la vie ou à la survie (de la nourriture aux soins médicaux),et, bien sûr aussi, les inégalités quant à l’accès des jeunes et des adultes à l’éducation. Et il avait alors procédé à une mise à l’épreuve serrée (et finalement à une validation ) de l’Indice de Développement humain qui a été construit selon les orientations théoriques du prix Nobel Amartya Sen (sur trois composantes : le Produit intérieur brut par habitant, l’espérance de vie et le taux d’accès à l’instruction), en mesurant les effets séparés puis combinés des trois… Savoir plus >

Les mouvements lycéens existaient déjà sous Jules Ferry

A partir de la condamnation de certaines formes d »’action » qui peuvent être effectivement inacceptables, certains en viennent à s’en prendre à la légitimité même de l’existence d’organisations lycéennes en croyant sans doute que c’est l’effet d’un laxisme actuel post-soixante-huitard. Bien à tort! Par exemple, en réponse à un tweet de Luc Cédelle (journaliste au « Monde ») qui réagissait à juste titre à l’annonce d’un incendie dans un lycée lors d’une manifestation près de Toulouse : « un jour ou l’autre un drame peut advenir du fait de cette forme de  »lutte » qui rencontre une complaisance insensée », René Chiche (un dirigeant du syndicat d’enseignant nouveau venu « Action et Démocratie ») n’a pas hésité à tweeter : « ce qui est insensé, c’est d’encourager les lycéens à manifester au lieu d’étudier; ce qui est insensé et même ridicule, c’est de leur faire croire qu’il y a un syndicalisme lycéen« . Eh bien ce qui est d’abord frappant en l’occurrence, c’est l’absence (ridicule?) de recul historique de René Chiche Pages 34 et 35 de mon livre « Histoires vraies des violences à l’école » (paru chez Fayard en 2007): « Quelques mois avant la grande révolte du lycée Louis-le-Grand de janvier 1883, le premier congrès des lycéens du Sud de la… Savoir plus >

Castaner choisit Sarkozy plutôt que Bayrou. Court historique des policiers à l' »Ecole

Castaner vient de déclarer qu’il « n’exclut pas la présence physique de forces de l’ordre à l’école » ( »avec l’accord du chef d’établissement  » a-t-il précisé par la suite). Ce faisant il choisit la position de Sarkozy à laquelle s’opposait Bayrou dans une querelle historique passée (mais pas dépassée; et en un sens qui en dit long sur le tropisme gouvernemental actuel) Retour en arrière. La question de la violence à l’Ecole est très présente – et plus que jamais – durant la longue campagne de l’élection présidentielle de 2007. Dès février 2006, Nicolas Sarkozy s’empare de ce thème et le développe longuement en appelant à la ‘’mobilisation ». Et, comme il l’avait déjà fait dès janvier 2004, Nicolas Sarkozy appelle de façon réitérée à l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande. François Bayrou se démarque très tôt de lui, dès la clôture du colloque sur l’éducation organisé par l’UDF le 11 mars 2006 : « retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loi de l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est… Savoir plus >

Banco Blanquer: pour de vrais états généraux de la sécurité à l’école!

On peut reprendre la tribune que j’avais publiée dans  »Le Monde » en vue des  »Etats généraux de la sécurité à l’école » organisés en avril 2010 par le ministre de l’Education nationale Luc Chatel ( et son DGESCO Jean-Michel Blanquer) Il faudrait une révolution copernicienne pour réussir les Etats généraux, par Claude Lelièvre LE MONDE | 02.04.2010 à 13h51 • Mis à jour le 02.04.2010 à 13h51.Enseignants et élèves sont confrontés à des situations de plus en plus tendues dans les établissements scolaires. Le ministère de l’éducation réunit les 7 et 8 avril des états généraux pour tenter de trouver des remèdes à ce fléau. « Pour que l’on ait de véritables Etats généraux de la sécurité à l’école, il faudrait sans doute que soient rédigés par tous les intéressés des « cahiers de doléances », et que l’on aboutisse à une « révolution copernicienne » dans le traitement du problème. La guerre, dit-on, est chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains des militaires ; il serait fâcheux de laisser les violences scolaires uniquement entre celles des experts. Il apparaît d’ailleurs que le premier d’entre eux, Eric Debarbieux, président du conseil scientifique installé par le ministre de l’éducation nationale, convient que les intéressés doivent… Savoir plus >