Le blog de Claude Lelievre

agrégation

L’agrégation. « Donner un sexe » aux études des filles

  C’est du moins ce que soutenait Eugène Manuel, président du jury de l’agrégation de lettres, au moment où la troisième République triomphante venait d’ouvrir aux jeunes filles la possibilité de faire des études secondaires, mais dans un enseignement secondaire féminin spécifique : « elles enseigneront en femmes les doctrines les plus nobles ; elles donneront un sexe aux analyses morales, plus fines et plus ingénieuses », écrit-il à propos des nouvelles agrégées reçues en 1885. Charles Lemonnier, membre éminent de la « Société pour l’étude des questions d’enseignement secondaire », s’était déjà prononcé en 1884 dans le même sens : « On a affaire à des tempéraments et à des esprits féminins […]. Qu’on ne demande pas à des jeunes filles d’être professeurs à la façon de nos agrégés ; qu’on fasse pour elles un examen où leur originalité personnelle puisse rester intacte, où il leur soit possible de développer des aptitudes qui ne sont pas les nôtres ».   On était donc, alors même que la République instituait un enseignement de haut niveau pour les jeunes filles, à des années lumières de la notion de « genre » et des « gender studies ». On vient donc de très, très loin ; et l’on revient de loin (  »républicains » ou pas) . D’autant… Savoir plus >

Les agrégés en mouvement vers le lycée et le supérieur?

A défaut de le constater dans la réalité, c’est en tout cas ce que préconise la « Société des agrégés » qui a publié le 20 janvier son « rapport sur l’affectation des agrégés » où elle déplore «  l’injustice subie par les agrégés lors du mouvement : tandis que le texte réglementaire dispose que l’affectation en collège des agrégés reste exceptionnelle, ce sont près de 25% de titulaires et 33% des stagiaires qui sont affectés au collège sans l’avoir expressément demandé, voire sans avoir su qu’une telle affectation était possible ». Au printemps dernier, la Société des agrégés a posé 25 questions aux candidats à l’élection présidentielle. Et parmi celles-ci, on pouvait déjà remarquer tout particulièrement la question 16 qui marque la volonté très déterminée de la Société des agrégés de ‘’faire mouvement’’ vers le ‘’haut’’ ( le supérieur) en quittant la place du ‘’bas’’ ( le collège ) : « Vous engagez-vous à permettre l’affectation des professeurs agrégés sur des postes correspondant à leur qualification, à leurs compétences et à leur statut ( c’est à dire, conformément aux textes en vigueur, dernières années du lycée et classes post-baccalauréat ) et à mettre fin au gâchis que l’on observe actuellement, faute de telles affectations systématiques ? » . « De même,… Savoir plus >

« Des grandes écoles vraiment pour tous. Allons plus loin dans l’ouverture sociale »

  C’est le titre d’une tribune parue dans « Le Monde » de ce jeudi 9 janvier que j’ai co-signé avec une douzaine d’autres personnes. C’est l’un de mes étudiants en  »master » lors de ma dernière année d’enseignement à Paris V qui m’a proposé de signer ce texte, Jean-Baptiste Mauvais (qui, après ses études à l’ENS de Lyon et l’obtention d’une agrégation d’allemand, avait choisi d’enseigner dans un dispositif –  »Nouvelles chances »- dédié aux décrocheurs scolaires en Seine Saint-Denis).   Jean-Baptiste Mauvais ne devrait pas être un inconnu pour certains, puisqu’il est déjà intervenu deux fois sur  »Educpros » : le 18 février 2011 (  »Un service civique obligatoire permettant d’éduquer les élèves des grandes écoles aux réalités sociales ») et le 6 février 2012, en tant que l’un des trois fondateurs du collectif « Responsabiliser les élites » dont le site internet s’est prononcé en faveur de la création d’un service civique (« De futures élites responsables ! Oui mais comment ?»). Dans ces conditions, on ne devrait pas s’étonner que le texte de la tribune publiée dans « Le Monde » aille résolument dans ce sens. Quelques extraits significatifs. « En se contentant de défendre par divers moyens l’ouverture et l’augmentation des chances d’accès aux filières prestigieuses, on occulte presque totalement… Savoir plus >

Supérieur. Une focalisation présidentielle:4) Mitterrand

  Sous la présidence de François Mitterrand, le ministre de l’Education nationale Alain Savary a mené à bien une loi sur l’enseignement supérieur : la loi dite  »Savary » de janvier 1984. Le président, lui, s’est focalisé uniquement sur deux questions: celles du  »corps unique » et du  »collège unique ».  La question du  »corps unique » renvoie à la problématique du rapprochement de statut entre les maîtres-assistants et les professeurs ; celle du  »collège unique » aux pouvoirs de décision des uns et des autres.  Les syndicats de gauche ( le SNESsup et le SGEN ) militent en ce sens, d’autant que les professeurs ( enseignants dits  »de rang A ») votent plutôt à droite, alors que les maîtres-assistants ou assistants ( enseignants dits  »de rang B ») votent plutôt à gauche.  Dans sa volonté d’affaiblir la gauche dans les universités, la ministre de l’enseignement supérieur Saunier-Seïté avait pris entre 1977 et 1979 des décrets allant dans le sens du renforcement des pouvoirs des enseignants  »de rang A » dans les instances chargées de gérer les carrières ( recrutements, mutations promotions). Et la loi dite  »Sauvage » ( du nom de son rapporteur ) promulguée le 20 juillet 1980 avait décidé que les enseignants  »de rang A » disposeraient désormais de… Savoir plus >

Du nouveau dans la formation des enseignants?

A la suite notamment des déclarations faites par Geneviève Fioraso – la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche – ce mercredi, on voit se dessiner quelques lignes essentielles acquises. Mais est-ce vraiment nouveau ? La ministre a annoncé que la formation des enseignants reposera sur trois principes : 1) enseigner est un métier 2) les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation seront des composantes universitaires 3) il y aura un cahier des charges national. Les ESPE auront une double accréditation ( MEN et MESR ) et seront dans une université ou un Etablissement public de coopération scientifique ( EPCS, ex ‘’P¨RES’’ ). Enfin les masters devraient fonctionner sur le ‘’modèle’’ des masters professionnels en alternance. On sait par ailleurs qu’il est très vraisemblablement acquis que le concours sera placé en M1, l’une des raisons majeures ayant présidé à ce choix étant les contraintes budgétaires ( même en recrutant au niveau de M1, il est prévu qu’un bon tiers des 60000 postes promis devront être affectés à la formation des personnels de l’éducation ). D’aucuns en concluent que cette formation reviendra pour l’essentiel à ce que l’on a connu avant la réforme Darcos-Sarkozy, et qu’il n’y aura pas… Savoir plus >

« Sciences médico-sociales »: une nouvelle agrégation

L’arrêté du 14 septembre 2012 ajoute à l’article 1er de l’arrêté du 28 décembre fixant les sections et les modalités d’organisation des concours de l’agrégation l’alinéa suivant : « Section sciences médico-sociales ». Cette nouvelle ( et dernière ) agrégation se situe dans la longue  procession historique des créations d’agrégations : en premier les agrégations de la ‘’culture humaniste’’ ( grammaire, lettres classiques, philosophie, histoire ), puis celles du domaine des mathématiques et des sciences ( qui vont se diversifiant ) , sans compter celles de langues vivantes ( en plusieurs étapes temporelles ). Et enfin les dernières venues, dont l’ordre d’apparition n’est pas non plus sans signification : en 1962, création d’une agrégation de techniques économiques et de gestion ( transformée en 1980 en économie et gestion) ; suivent celles de mécanique en 1968, de génie civil, de génie électrique, de génie mécanique en 1975. L’agrégation d’éducation musicale apparaît en 1974, celle d’arts plastiques en 1975. En 1977 est créée une agrégation de sciences sociales. L’éducation physique et sportive ( créée en 1982 ) fermait jusqu’alors la marche de  la reconnaissance des excellences disciplinaires ( à l’exception de la création de l’agrégation d’une dernière langue vivante – le japonais… Savoir plus >

Les deux moutures originelles du CAPES

Au moment où se repose la question de la « refondation » de la formation des professeurs, il n’est sans doute pas sans intérêt de faire un retour sur la valse-hésitation qui a présidé à l’établissement du CAPES. Deux versions très différentes du CAPES nouvellement institué vont en effet se succéder en un temps très court, au début des années 1950. Jusqu’en 1950, les enseignants du secondaire ont été recrutés soit via l’agrégation, soit embauchés sur la base d’une licence puis titularisés sur leur poste à l’instar, en quelque sorte, de ce que l’on a appelé plus tard les « adjoints d’enseignement ». Le décret du 1° avril 1950 institue un certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement public ( CAPES ), qui comprend deux parties : « Premièrement, une partie pratique dont les épreuves ne peuvent être subies qu’au cours de la seconde année d’un stage d’au moins deux années scolaires dans un collège ou un lycée ; deuxièmement, une partie théorique ». D’abord, donc, un stage pratique et son évaluation ; ensuite un examen écrit, qui ne doit pas être livresque mais directement professionnel : « Le stagiaire, pourvu de conseillers pédagogiques, apprend son métier ; c’est la preuve… Savoir plus >

Postes aux concours de recrutement du secondaire pour 2013

Ils viennent de paraître au BO, et ils sont en nette augmentation. Ainsi, 1589 postes sont proposés à l’agrégation contre 1248 en 2012 ( + 27% ), et  6135 postes sont offerts aux CAPES externes contre 4727 en 2012 ( + 27% également ). Même si on peut compter sur une certaine augmentation des inscrits ( et sans doute surtout des présents effectifs aux concours, en raison précisément de l’augmentation des postes offerts ) , il est loin d’être évident que tous les postes pourront être pourvus si l’on en juge par les ‘’déficits’’ dans certaines disciplines enregistrés en 2012, en particulier aux concours des CAPES externes. 1210 postes mis au concours du CAPES externe de mathématiques en 2013 ( contre 950 en 2012, et 652 reçus ) ; 200 en lettres classiques ( contre 170 en 2012, et 75 reçus ) ; 1000 en lettres modernes ( contre 733 en 2012, et 681 reçus ) ; 1050 en anglais ( contre 790 en 2012, et 679 reçus ) ; 270 en allemand ( contre 230 en 2012, et 184 reçus ) ; 200 en documentation ( contre 157 en 2012, et 105 reçus ).

Les agrégés de la  »culture humaniste » au-dessus du panier

Près du tiers des membres du nouveau gouvernement ont enseigné. Parmi eux, un seul ancien instituteur ( François Lamy, ministre délégué à la Ville ), aucun certifié ou PLP, et sept agrégés ( dont l’un n’a pas enseigné, à savoir Laurent Fabius, agrégé de lettres, ministre des Affaires étrangères ). Une agrégée de lettres classiques ( Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la communication ), un agrégé de philosophie ( Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale ), deux agrégés d’histoire ( Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense ; et Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille  ), un agrégé d’allemand ( Jean-Marc Ayrault, Premier ministre ), une agrégée de sciences économiques et sociales ( Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé ). Si l’on excepte la création de l’agrégation de ‘’sciences’’ en 1821 ( qui se dédouble en celles de ‘’mathématiques’’ et de ‘’sciences’’ ‘’ en 1841, laquelle se scinde elle-même en celles de ‘’sciences physiques’’ et ‘’sciences naturelles’’ en 1885 ), on a l’ordre de création des agrégations, avec en tête celles de la ‘’culture humaniste’’ : lettres classiques ( en 1766 ), puis philosophie ( en 1825 ) et histoire ( en… Savoir plus >

Des agrégés interpellent les candidats

La Société des agrégés ( qui va fêter bientôt son centenaire ) vient de poser 25 questions aux candidats à l’élection présidentielle. Les réponses à ce questionnaire seront mises en ligne sur son site internet et feront l’objet d’une publication dans L’Agrégation, sa revue bimestrielle. Nombre de questions portent sur des domaines qui intéressent l’ensemble des professeurs ( statut de fonctionnaire, service, évaluation des professeurs, existence de concours de recrutement, évaluation des politiques éducatives ), mais d’autres sont spécifiques au recrutement des agrégés, à leur affectation, à leurs ‘’missions’’. Parmi celles-ci, on peut remarquer tout  particulièrement la question 16 qui marque la volonté très déterminée de la Société des agrégés de ‘’faire mouvement’’ vers le ‘’haut’’ ( le supérieur) en quittant la place du ‘’bas’’ ( le collège ) : « Vous engagez-vous à permettre l’affectation des professeurs agrégés sur des postes correspondant à leur qualification, à leurs compétences et à leur statut (c’est-à-dire, conformément aux textes en vigueur, dernières classes du lycée et classes post-baccalauréat) et à mettre fin au gâchis que l’on observe actuellement, faute de telles affectations systématiques ?  À cette fin, en ce qui concerne l’enseignement secondaire, vous engagez-vous à faire appliquer strictement les textes… Savoir plus >