Le blog de Claude Lelievre

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Bac et post-bac: les lycées l’ont emporté sur les universités

On est d’abord passé de jurys d’universitaires hégémoniques à des jurys de professeurs de lycée hégémoniques. Mais cela fait si longtemps que l’on a tendance à l’oublier ; et à oublier l’importance et le sens de cet état de fait. A l’origine, les jurys d’examens du baccalauréat sont composés exclusivement d’universitaires, puisque c’est un examen d’entrée à l’université (même s’il porte sur la fin du secondaire). Au tout début du baccalauréat, une circulaire du 5 avril 1810 prescrivait que les examens universitaires devaient commencer le 1er août. Les aspirants au doctorat subissaient les premiers les épreuves. Puis venaient les aspirants au grade de la licence. Les candidats au baccalauréat étaient examinés les derniers. Les professeurs d’université ne pouvaient partir en vacances que lorsque tous les examens étaient terminés. Cette règle, respectée pour l’essentiel tout au long du XIX° siècle, va se heurter à la croissance du nombre des candidats qui devient relativement importante au début du XX° siècle. On va donc étoffer les jurys en y intégrant progressivement de plus en plus de professeurs du secondaire. D’abord des professeurs agrégés ou possédant le doctorat, directement choisis par le ministre. Puis le décret du 13 août 1931 fait passer du ministre au… Savoir plus >

Petit répertoire historique du bachotage

Dans « Le Parisien » d’aujourd’hui, le ministre de l’EN Jean-Michel Blanquer a déclaré : « on voit bien que le bac tel qu’il existe aujourd’hui est arrivé à la fin d’une époque et qu’il faut passer à autre chose. Il faut en finir avec le bachotage pour lui redonner du sens » Le moins que l’on puisse dire, c’est que la thématique du « bachotage », loin d’être une nouveauté ( pressante),  a une longue histoire. L’expression même de « bachotage » a fait le titre d’un livre paru il y a plus d’un siècle, en 1910, sous la plume d’un professeur de physique de l’université de Toulouse, Ernest Bouasse. Dès 1880, Jules Ferry lui-même tente une réforme de l’examen : « La question du baccalauréat, dit-il, s’est ainsi posée : arracher cet examen aux misères, aux écueils et aux mensonges de la préparation mnémonique et mécanique ». Après soixante-dix ans d’existence… Mais le résultat de sa réforme est pour le moins incertain car, quatre-vingts ans plus tard, au tout début de la cinquième République, il ne semble pas que l’on ait été beaucoup avancé si l’on en juge par le rapport motivant le décret du 18 août 1959 relatif au baccalauréat : « Il est normal qu’un examen de qualité incontestable sanctionne… Savoir plus >

La réforme Fouchet du supérieur

Les deux décrets du 22 juin 1966 signés par le ministre de l’Education nationale Christian Fouchet ont modifié profondément la structure des enseignements littéraires et scientifiques à l’Université, il y a tout juste cinquante ans. Quelques années après la Libération, une année de « propédeutique » avait été créée, en sciences (1947) et en lettres (1948). Elle était suivie de deux années de licence. L’année de propédeutique avait été  instituée pour permettre aux étudiants de s’adapter aux méthodes du supérieur et de choisir leur discipline. Mais leur encadrement laissait à désirer. Et les novateurs disciplinaires reprochaient à la  »propédeutique » d’ignorer les disciplines émergentes, surtout en lettres. En lettres , la propédeutique se divisait en deux sections : classique et moderne. En sciences, elle était structurée en trois sections : mathématiques générales et physique (MGP), mathématiques, physique et chimie (MPC) et sciences physiques, chimiques et naturelles (SPCN). Le premier cycle littéraire, sanctionné par un diplôme universitaire d’études littéraires (DUEL) est structuré désormais en neuf sections (l’histoire de l’art, la psychologie et la sociologie conquérant en particulier leur autonomie). Le premier cycle scientifique n’est plus accessible qu’aux bacheliers scientifiques. Il distingue désormais mathématiques et physique (MP), physique et chimie (PC), biologie et géologie (BG). Le second… Savoir plus >

Victoire de Chevènement? Ou victoire à la Pyrrhus?

Avec 77,3% de bacheliers 2014 dans la génération, l’objectif que l’on prête à Jean-Pierre Chevènement semble enfin prêt d’être atteint ( avec 14 ans de retard?). En réalité, lorsque le ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chevènement a présenté en 1985 l’objectif de « 80% d’une classe d’âge au niveau bac » ( c’est à dire en terminale) pour l’an 2000, il avait dûment précisé qu’en tablant sur un taux de succès des candidats au bac de 75% on devrait alors atteindre 60% de bacheliers effectifs dans une classe d’âge Et c’est ce qui s’est passé ; et même de façon un peu anticipée. Le taux de réussite aux baccalauréats qui était de l’ordre de 66% depuis 1969 jusqu’en 1985 monte à 70% en 1986 et 1987, puis à environ 75% de 1988 à 1995. Le taux de 60% de bacheliers dans une classe d’âge est atteint dès 1994 ( 6 ans avant la date prévue) : 36% de bacheliers généraux dans la classe d’âge de 1994, 16% de bacheliers technologiques, et 8% de bacheliers professionnels. La  »victoire » de Jean-Pierre Chevènement a eu lieu en réalité dès 1994 ; mais la confusion entretenue autour de l’expression « 80% d’une classe d’âge au niveau bac » n’a pas permis… Savoir plus >

Ministres et secrétaires d’Etat du Supérieur et/ou de la Recherche

  L’inattendu retournement de situation de Geneviève Fioraso qui passe du statut de ministre de plein exercice de l’Enseignement supérieur et de la recherche à celui de simple secrétaire d’Etat invite à un retour vers le passé des titulaires de ces différentes responsabilités, à commencer par Alice Saunier-Seïté qui a connu – elle- un destin tout à fait inverse puisqu’elle est passée directement de son statut de secrétaire d’Etat aux Universités (de janvier 1974 à janvier 1976) à celui de ministre de plein exercice (le premier du genre) des Universités (de janvier 1978 à mai 1981). Le seul autre cas de changement de statut dans ce domaine (mais de façon discontinue et dans un sens qui peut être considéré comme » normal ») est arrivé à François d’Aubert, qui a été secrétaire d’Etat à la Recherche de novembre 1995 à juin 1997 avant d’être ministre délégué chargé de la recherche de mars 2004 à juin 2005. Il y a eu sous la cinquième République, depuis la nomination du premier secrétaire d’Etat aux Universités décidée par Valéry Giscard d’Estaing le 8 juin 1974 ( à savoir Jean-Pierre Soisson, qui a exercé de juin 1974 à juin 1976), seize personnes en tout à ces… Savoir plus >

« Des grandes écoles vraiment pour tous. Allons plus loin dans l’ouverture sociale »

  C’est le titre d’une tribune parue dans « Le Monde » de ce jeudi 9 janvier que j’ai co-signé avec une douzaine d’autres personnes. C’est l’un de mes étudiants en  »master » lors de ma dernière année d’enseignement à Paris V qui m’a proposé de signer ce texte, Jean-Baptiste Mauvais (qui, après ses études à l’ENS de Lyon et l’obtention d’une agrégation d’allemand, avait choisi d’enseigner dans un dispositif –  »Nouvelles chances »- dédié aux décrocheurs scolaires en Seine Saint-Denis).   Jean-Baptiste Mauvais ne devrait pas être un inconnu pour certains, puisqu’il est déjà intervenu deux fois sur  »Educpros » : le 18 février 2011 (  »Un service civique obligatoire permettant d’éduquer les élèves des grandes écoles aux réalités sociales ») et le 6 février 2012, en tant que l’un des trois fondateurs du collectif « Responsabiliser les élites » dont le site internet s’est prononcé en faveur de la création d’un service civique (« De futures élites responsables ! Oui mais comment ?»). Dans ces conditions, on ne devrait pas s’étonner que le texte de la tribune publiée dans « Le Monde » aille résolument dans ce sens. Quelques extraits significatifs. « En se contentant de défendre par divers moyens l’ouverture et l’augmentation des chances d’accès aux filières prestigieuses, on occulte presque totalement… Savoir plus >

Quelles destinations pour les bacheliers professionnels?

Selon Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « c’est une tuerie d’envoyer les bacs pros à l’université » ( cf Educpros du 11 janvier ). Un détour historique par le moment de la fondation des baccalauréats professionnels et l’évolution limitée qui a eu lieu depuis leur création permet sans doute de mieux comprendre la situation actuelle. Le 22 mai 1985, au cours de l’émission télévisée « Parlons France », le Premier ministre Laurent Fabius annonce que le gouvernement prépare « une loi-programme sur cinq ans pour l’ enseignement technique ». Il s’agit de favoriser « un gigantesque bond en avant, fondamental pour la modernisation du pays ». Laurent Fabius précise que cette loi permettra la création de nouveaux établissements scolaires, les « lycées professionnels », et la mise en place d’un nouveau baccalauréat, « le baccalauréat professionnel ». La loi-programme prévoit également « l’augmentation de 50% du nombre des instituts universitaires de technologie et la création de plusieurs universités de technologie ». Le Premier ministre indique par ailleurs que l’objectif du gouvernement est d’augmenter le nombre des bacheliers et de porter 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat en l’an 2000. Le 28 mai… Savoir plus >

Le ministre « pas hostile » à une part de contrôle continu au bac

Le ministre de l’Education nationale , Vincent Peillon, vient d’indiquer  lors d’un entretien sur RMC et BFMTV qu’il n’était « pas hostile » à l’introduction d’une part de contrôle continu au baccalauréat et que cette question ferait partie des « discussions de cet été ». Dans d’autres pays, cette question est réglée depuis longtemps. Pour citer ( en exemple ? ) un pays  dans l’actualité ( à savoir la Grèce ), l’enseignement secondaire se termine vers 17 ans, et les jeunes Grecs passent un examen final propre à chaque lycée, qui tient compte de leurs résultats durant toute l’année. Pour accéder à l’enseignement supérieur, ils doivent ensuite passer un examen national dans la discipline de leur choix. En Irlande ( pour citer un autre pays européen qui a défrayé en son temps la chronique dans le domaine financier et budgétaire ) les élèves, pour obtenir leur « Leaving Certificate », choisissent six matières ( dont l’anglais et les mathématiques qui sont obligatoires ) et deux ou trois niveaux pour chacune d’elles. Leurs notes dans chaque matière leur donnent un certain nombre de points qui leur permettent ( ou non ) d’entrer à l’université. En Allemagne ( pour prendre le pays… Savoir plus >

La licence: comment résoudre un problème qui perdure?

Cela fait très longtemps que les taux d’obtention de la licence sont faibles. Et la dernière note d’information publiée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche confirme l’étendue du problème. Propositions de la dernière conférence des présidents d’université. « Les résultats aux examens des trois dernières années montrent qu’à Paris 23% seulement des étudiants en lettres arrivent à obtenir leur licence trois ans après le baccalauréat ( dont le taux de réussite ne dépasse pas 60% des présentés ). 35% d’entre eux obtiennent leur licence en quatre ans, 22% en cinq ans et 10% en six ans » ( « Le Monde » du 6 octobre 1959 ). Quelques années plus tard, en novembre 1967, le ministre de l’Education nationale Alain Peyrefitte se montre très préoccupé par les résultats en licence des universités françaises comparés, par exemple, à ceux de Grande Bretagne : avec deux fois plus d’étudiants, il y aurait deux fois moins de diplômés : « Tout se passe comme si l’université organisait un naufrage pour repérer les nageurs qui échapperont à la noyade ». La récente note d’information ( 11-08 ) indique ( à partir de l’étude d’un groupe de 12000 lycéens ayant obtenu… Savoir plus >

LA VAE, une affaire de filles?

On pourrait le croire  puisque, selon la note d’information du ministère de l’éducation nationale qui vient d’être publiée, les deux tiers des candidats sont des filles. Cela s’explique avant tout parce que la demande de validation par les acquis de l’expérience concerne en premier lieu des diplômes et des métiers où les femmes sont très nombreuses ( 90% des dossiers ont trait à des diplômes de la catégorie des services et, pour les deux tiers d’entre eux, il s’agit de diplômes appartenant aux secteurs très féminisés du travail social, du tertiaire administratif ou de la coiffure ) Sur les quelques 22000 dossiers qui ont été examinés en 2009, presque 3500 d’entre eux  relevaient du CAP petite enfance ( qui permet d’accéder à des emplois d’agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles ou ATSEM ), 1000 du baccalauréat professionnel secrétariat et 2500 du BTS assistant de direction ( introduisant à des emplois massivement investis par les femmes ). De façon plus générale, même si l’éventail des diplômes visés est très large en principe ( et même pour une part dans les faits, car les candidatures pour des VAE existent pour de très nombreux diplômes, même si souvent il s’agit de petits nombres,… Savoir plus >