Le blog de Claude Lelievre

examens

2005 : échec d’une réforme du bac… à venir

A l’adresse d’abord du redoublant Jean-Michel Blanquer, afin qu’il n’échoue pas sur les obstacles qui ont mis François Fillon à genoux. La répétition est généralement mortifère. On n’y échappe pas en ignorant le passé (ce qui est souvent de l’ordre de la dénégation plus ou moins apeurée), mais au contraire en le connaissant au mieux. Au début de l’année 2005, la réforme du baccalauréat est inscrite dans le rapport annexé de la future loi d’orientation de l’éducation (dite loi  »Fillon »). Sa préparation est confiée à un « groupe de travail comprenant des représentants des personnels, des parents d’élèves et des lycéens ». Ses conclusions sont attendues pour le 15 avril. Et la réforme doit rentrer en vigueur dès la session 2007. Le ministre de l’Education nationale François Fillon fixe le cadre lors de l’installation du groupe de travail le 17 janvier : reprofilage de l’examen autour de six épreuves terminales (au lieu d’une douzaine) qui pourront être différentes selon les séries ; évaluation sous d’autres formes des autres matières (contrôle continu ou en cours de formation ) ; et préservation de la valeur nationale du diplôme. Pour justifier cette réforme, François Fillon met en avant « l’immense tâche » que représente chaque année l’organisation du baccalauréat, le… Savoir plus >

Reports de notes pour les redoublants au bac

Près d’un quart de siècle après une tentative du même ordre menée par Jack Lang, un projet de décret permettant aux candidats ayant échoué à l’examen du baccalauréat de bénéficier de la conservation de notes égales ou supérieures à 10 sur 20 pendant les cinq sessions suivantes a été voté le 2 juillet par le Conseil supérieur de l’éducation. En 1989, au moment de la première « loi d’orientation » (celle de 1989), le ministre de l’Education nationale Lionel Jospin avait lancé le projet d’introduire le contrôle continu en cours de formation pour les baccalauréats. Mais devant les réactions très vives rencontrées (en particulier du SNES et du SNALC), il avait annoncé en juillet 1990 l’« ajournement » de ce projet. En décembre 1992, son successeur, Jack Lang, a présenté à son tour une réforme prévoyant notamment que les élèves ayant échoué à l’examen du baccalauréat puissent conserver pendant cinq ans le bénéfice de leurs notes supérieures à la moyenne. Cette mesure, interprétée comme une façon d’ouvrir la voie à des formes d’évaluation par contrôle continu, fut finalement circonscrite à certains publics très spécifiques. Le projet de décret adopté jeudi dernier par le Conseil supérieur de l’éducation indique que « pour l’examen du baccalauréat général… Savoir plus >

Notation sur 20, compositions et prix

« Dans les compositions, chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20 ». Cette première mention de ce type de notation est solidaire de la question des prix et accessits par le biais des  »compositions ». Elle figure à l’article 21 de l’arrêté du 5 juillet 1890 L’enseignement secondaire public (toujours payant, même après que les écoles communales soient devenues gratuites en 1882) était fréquenté alors presque exclusivement par la bonne bourgeoisie très friande des prix (et à défaut des accessits) pour ses enfants et de l’ostentation des remises de prix (dans un contexte de rivalité exacerbée avec les établissement privés après les lois Ferry). Il convient donc que les prix (et les accessits qui se multiplient) soient attribués de façon incontestable ( »mathématiqument »), d’où des notes chiffrées qui permettent des moyennes et même des moyennes de moyennes (avec  »classement général », par exemple, pour l’attribution du  »prix d’excellence ») en donnant l’impression qu’il existe en quelque sorte une  »unité de compte » puisque ce sont des  »chiffres »(et non pas des  »lettres » qui interdisent en principe l’établissement de moyennes). C’est cet ensemble (prix, compositions, notation sur 20) qui est remis en cause par le colloque d’Amiens de mars 1968 présidé par Alain Peyrefitte, puis par… Savoir plus >

Victoire de Chevènement? Ou victoire à la Pyrrhus?

Avec 77,3% de bacheliers 2014 dans la génération, l’objectif que l’on prête à Jean-Pierre Chevènement semble enfin prêt d’être atteint ( avec 14 ans de retard?). En réalité, lorsque le ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chevènement a présenté en 1985 l’objectif de « 80% d’une classe d’âge au niveau bac » ( c’est à dire en terminale) pour l’an 2000, il avait dûment précisé qu’en tablant sur un taux de succès des candidats au bac de 75% on devrait alors atteindre 60% de bacheliers effectifs dans une classe d’âge Et c’est ce qui s’est passé ; et même de façon un peu anticipée. Le taux de réussite aux baccalauréats qui était de l’ordre de 66% depuis 1969 jusqu’en 1985 monte à 70% en 1986 et 1987, puis à environ 75% de 1988 à 1995. Le taux de 60% de bacheliers dans une classe d’âge est atteint dès 1994 ( 6 ans avant la date prévue) : 36% de bacheliers généraux dans la classe d’âge de 1994, 16% de bacheliers technologiques, et 8% de bacheliers professionnels. La  »victoire » de Jean-Pierre Chevènement a eu lieu en réalité dès 1994 ; mais la confusion entretenue autour de l’expression « 80% d’une classe d’âge au niveau bac » n’a pas permis… Savoir plus >

Et si on recopiait la circulaire  »Edgar Faure » du 6 janvier 1969 sur les notes?

L’histoire ne repasse jamais les plats, dit-on. Et la tentative a échoué en son temps. Alors, ne copions pas ; mais relisons-là au moins pour ses  »attendus ». « Le développement des méthodes actives, des travaux d’équipe, ont rendu familiers des procédés de stimulation et d’émulation qui ne risquent pas d’engendrer un  »esprit d’âpreté » déplaisant, et surtout n’ont point sur les élèves qui ne figurent pas dans le » peloton de tête » les effets décourageants que maintes études psychopédagogiques ont mis en lumière [..]. C’est un texte ancien, l’arrêté du 5 juillet 1900, qui a prescrit que  »dans les compositions chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20 ». Il en résulte un  »classement linéaire », les différences entre élèves se chiffrant par point ou même demi-point. Or les études docimologiques dont l’origine est antérieure à 1930 ne laissent aucun doute sur le caractère illusoire d’un tel raffinement dans la précision de la note et du classement obtenus. Le principe du classement lui-même a été contesté pour de fortes raisons […] .En vérité, ce qui importe ce sont les progrès de l’élève par rapport à lui même ; et leur constatation n’exige pas nécessairement une note chiffrée. Elle l’exige d’autant moins que l’importance de la… Savoir plus >

L’agrégation. « Donner un sexe » aux études des filles

  C’est du moins ce que soutenait Eugène Manuel, président du jury de l’agrégation de lettres, au moment où la troisième République triomphante venait d’ouvrir aux jeunes filles la possibilité de faire des études secondaires, mais dans un enseignement secondaire féminin spécifique : « elles enseigneront en femmes les doctrines les plus nobles ; elles donneront un sexe aux analyses morales, plus fines et plus ingénieuses », écrit-il à propos des nouvelles agrégées reçues en 1885. Charles Lemonnier, membre éminent de la « Société pour l’étude des questions d’enseignement secondaire », s’était déjà prononcé en 1884 dans le même sens : « On a affaire à des tempéraments et à des esprits féminins […]. Qu’on ne demande pas à des jeunes filles d’être professeurs à la façon de nos agrégés ; qu’on fasse pour elles un examen où leur originalité personnelle puisse rester intacte, où il leur soit possible de développer des aptitudes qui ne sont pas les nôtres ».   On était donc, alors même que la République instituait un enseignement de haut niveau pour les jeunes filles, à des années lumières de la notion de « genre » et des « gender studies ». On vient donc de très, très loin ; et l’on revient de loin (  »républicains » ou pas) . D’autant… Savoir plus >

Quelles destinations pour les bacheliers professionnels?

Selon Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « c’est une tuerie d’envoyer les bacs pros à l’université » ( cf Educpros du 11 janvier ). Un détour historique par le moment de la fondation des baccalauréats professionnels et l’évolution limitée qui a eu lieu depuis leur création permet sans doute de mieux comprendre la situation actuelle. Le 22 mai 1985, au cours de l’émission télévisée « Parlons France », le Premier ministre Laurent Fabius annonce que le gouvernement prépare « une loi-programme sur cinq ans pour l’ enseignement technique ». Il s’agit de favoriser « un gigantesque bond en avant, fondamental pour la modernisation du pays ». Laurent Fabius précise que cette loi permettra la création de nouveaux établissements scolaires, les « lycées professionnels », et la mise en place d’un nouveau baccalauréat, « le baccalauréat professionnel ». La loi-programme prévoit également « l’augmentation de 50% du nombre des instituts universitaires de technologie et la création de plusieurs universités de technologie ». Le Premier ministre indique par ailleurs que l’objectif du gouvernement est d’augmenter le nombre des bacheliers et de porter 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat en l’an 2000. Le 28 mai… Savoir plus >

Le ministre « pas hostile » à une part de contrôle continu au bac

Le ministre de l’Education nationale , Vincent Peillon, vient d’indiquer  lors d’un entretien sur RMC et BFMTV qu’il n’était « pas hostile » à l’introduction d’une part de contrôle continu au baccalauréat et que cette question ferait partie des « discussions de cet été ». Dans d’autres pays, cette question est réglée depuis longtemps. Pour citer ( en exemple ? ) un pays  dans l’actualité ( à savoir la Grèce ), l’enseignement secondaire se termine vers 17 ans, et les jeunes Grecs passent un examen final propre à chaque lycée, qui tient compte de leurs résultats durant toute l’année. Pour accéder à l’enseignement supérieur, ils doivent ensuite passer un examen national dans la discipline de leur choix. En Irlande ( pour citer un autre pays européen qui a défrayé en son temps la chronique dans le domaine financier et budgétaire ) les élèves, pour obtenir leur « Leaving Certificate », choisissent six matières ( dont l’anglais et les mathématiques qui sont obligatoires ) et deux ou trois niveaux pour chacune d’elles. Leurs notes dans chaque matière leur donnent un certain nombre de points qui leur permettent ( ou non ) d’entrer à l’université. En Allemagne ( pour prendre le pays… Savoir plus >

Que veut-on faire du bachot?

C’est la question que posait déjà de façon abrupte Georges Pompidou ( avant Nicolas Sarkozy et son fidèle héraut Luc Chatel ) il y a plus de 40 ans, dans un discours à Albi en avril 1970. « Que veut-on faire du bachot ? Ou bien c’est un examen d’enseignement supérieur qui vous ouvre toutes grandes les portes des facultés, qui vous donne un droit de poursuivre des études, alors il faut qu’il constitue une sélection. Je n’ai pas peur du mot. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas laisser aller vers des études prolongées des gens qui n’ont pas subi la préformation indispensable et nécessaire.[…]. Si par contre on considère que l’enseignement supérieur doit assurer lui-même son recrutement, eh bien alors le baccalauréat peut devenir un simple certificat stipulant que vous avez fait convenablement des études secondaires sans plus, et que vous ne vous dirigez pas obligatoirement vers des études prolongées ». Trois ans plus tard, le 16 janvier 1974, un conseil des ministres présidé par Georges Pompidou prend connaissance d’un projet de loi sur l’enseignement où le baccalauréat est dûment évoqué. Un communiqué annonce que, « afin de valoriser la fonction d’orientation du baccalauréat, celui-ci sera modifié selon… Savoir plus >

La tyrannie des examens et des concours

Cette tyrannie aussi bien que l’étendue des programmes transforment la plupart des cours en épreuve de vitesse. Quand l’examen arrive, une sélection est déjà faite ; et la plupart des concurrents sont déjà hors de course. Méthode excellente, si l’on ne pense qu’à distribuer de bons emplois aux plus méritants. Méthode détestable, si l’on veut instruire le plus grand nombre. Si l’on croit que la culture de l’intelligence ne convient qu’à un petit nombre d’hommes bien doués, qui gouverneront ensuite les autres, alors oui il faut enseigner mal, et enseigner vite ; et c’est tant pis pour celui qui ne saura pas comprendre à demi-mot ; il apprendra, au cours de ses études, le respect qui est dû à l’élite ; et cela suffit, dans un régime aristocratique. A ce point de vue l’enseignement secondaire défie toute concurrence ; il possède l’art d’enseigner mal ce que l’on sait bien ; et ce n’est pas si facile qu’on le croirait. Mais si l’on considère que les esprits les plus lents, et qui sont quelquefois les plus riches, sont ceux qui ont le plus besoin de conseils et de leçons ; si l’on croit que des citoyens préparés à la réflexion et… Savoir plus >