Le blog de Claude Lelievre

laïcité

Une politique scolaire d’un an manifestement surestimée par le président Macron

C’est ce qui apparaît en tout cas dans ses interviews de jeudi et dimanche derniers, surtout si on compare par exemple avec ce qui a été mis en place par le Général de Gaulle, son alter ego  »jupitérien », qu’il semble ignorer en l’occurrence. Une telle superbe ne manque pas d’intriguer, voire d’inquiéter. Image empruntée au blog de Christophe Chartreux  « Vivement l’Ecole » Le  »moment gaullien » (quoi que l’on puisse penser de l’opportunité de ses orientations) a été pourtant indéniablement dans les faits un grand moment de changements dans le système éducatif français depuis le  »moment ferryste » (sans doute même le moment le plus important), sans commune mesure avec les embryons actuels de changements conduits depuis près d’un an (cf mon billet sur « le bilan scolaire faramineux d’Emmanuel Macron » psté sur Médiapart vendredi dernier) Certes, cela a demandé plusieurs années (comme la  »réforme ferryste » d’ailleurs). Mais il est justement très présomptueux (et pour le moins fort  »léger ») de considérer qu’après une petite année on puisse dire : « on change tout, et cela n’était pas arrivé depuis Jules Ferry » (comme l’a pourtant soutenu le chef de l’Etat dans son interview de jeudi dernier). Par méconnaissance  de son illustre alter ego ? Voyons sur pièces ! Le Chef… Savoir plus >

Conseil des sages de la laïcité :  »en même temps », ce serait grotesque.

Si l’on en juge par les noms qui circulent avant la réunion de présentation du « Conseil des sages de la laïcité »  qui aura lieu ce lundi 8 janvier, il serait pour le moins incongru (voire grotesque) que certaines des personnalités évoquées siègent ensemble,  »en même temps » comme on dit si bien en ce moment. Par exemple (et ce n’est pas le seul exemple possible..), comment comprendre que Laurent Bouvet puisse envisager (sans renier ses propres professions de foi en faveur d’une stricte et intangible séparation d’avec le religieux quand il s’agit de laïcité) de siéger avec Ghaleb Bencheikh ou Rémi Blague (eux aussi, semble-t-il, nominés, et en tant que représentants experts de telle ou telle confession religieuse) ? Ghaleb Bencheikh, islamologue, théologien, philosophe, est animateur de l’émission radiophonique “Questions d’islam” sur France Culture ; et, depuis l’an 2000, de l’émission Islam sur France 2 . Rémi Brague est un philosophe catholique (spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive) membre depuis 2009 de l’Académie catholique de France, qui intervient volontiers sur  »Radio Courtoisie ». Laurent Bouvet est co-fondateur du  »Printemps républicain » (association créée en 2016 avec le préfet Gilles Clavreul). Professeur de science politique à l’université Versailles-Saint-Quentin (Yvelines), il est le théoricien de « l’insécurité… Savoir plus >

« Laïcité et fonction publique »

C’est le titre de la synthèse des travaux menés par une commission présidée par Emile Zuccarelli (ancien ministre de la Fonction publique ), qui a été publiée il y a une dizaine de jours. Cette « synthèse » mérite d’être connue en ces temps quelque peu troublés car elle a été rendue sans retard (ce qui est plutôt rare pour une commission de cette nature, et le signe qu’une certaine sérénité a sans doute prévalu). D’autant que la commission n’a pas hésité à faire un certain nombre de préconisations précises dont on peut espérer qu’elles pourront être suivies d’effets. Comme le rappelle le texte de synthèse, « cette commission a été formée par le ministre de la Fonction publique pour apporter des réponses concrètes aux interrogations des agents publics. Le ministre avait en effet constaté, lors de ses déplacements, que ce n’était pas tant l’affirmation du principe de laïcité que son application au quotidien qui pouvait soulever de réelles difficultés ». La commission n’a pas été avare de « recommandations », puisqu’elles sont au nombre de vingt. Même si elles ont toutes manifestement un intérêt , il ne saurait être question de rendre compte ici de toutes. On en choisira seulement trois, à prendre comme une… Savoir plus >

Le choeur des papes: « le nivellement égalitaire »!

Le pape François, généralement mieux inspiré, vient de reprendre malencontreusement à son compte une  »appréhension » de type » intégriste » de manuels scolaires français. Mais cette  »appréhension » (dans tous les sens du terme) n’est peut-être pas si circonstancielle que cela. Le 15 avril 2015, le pape François ( en audience générale, place Saint-Pierre de Rome), a déclaré que la suppression de la différence entre homme et femme « est le problème et non la solution », en affirmant que  « la prétendue théorie du genre » est « un pas en arrière ». « Sans l’enrichissement réciproque dans cette relation (homme-femme) – dans la pensée et dans l’action, dans les sentiments et dans le travail, et aussi dans la foi – ni l’un ni l’autre ne peuvent comprendre jusqu’au fond ce que signifie être un homme et être une femme […]. Oui, nous risquons de faire un pas en arrière. En fait, la suppression de la différence est le problème et non la solution ». Et le pape François s’est interrogé sur le lien entre « la crise collective de confiance en Dieu » et la crise « de l’alliance entre l’homme et la femme  […]. En effet, le récit biblique commence avec sa grande fresque symbolique… Savoir plus >

De nouvelles assises pour l’Ecole?

L’Ecole s’est retrouvée au premier rang lors des événements dramatiques de janvier. C’est une tradition de longue portée historique en France de penser que l’Ecole doit (et peut) avoir un rôle tout particulier dans la résolution des problèmes majeurs (ce qui est parfois lourd à porter, car cet  »excès d’honneur » initial peut se solder ensuite par  »un excès d’indignité » final…). Toujours est-il qu’elle a fait face et qu ‘une « grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République » a été engagée . On peut penser que, dans ce cadre, c’est la sagesse même de tenter d’élargir les assises de la réponse en en débattant et en l’amplifiant avec d’autres partenaires. Le processus lancé aujourd’hui par le Premier ministre Manuel Valls, la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem et le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner (devant les préfets, les recteurs et les IA-DASEN réunis à la Sorbonne) est donc fort bien venu. Ce processus d’ « Assises de l’Ecole pour les valeurs de la République » devrait aboutir à une « synthèse nationale » non pas repoussée aux calendes grecques (comme il arrive…), mais présentée dans trois mois, à la mi-mai. Cela commencera par une série de « réunions sur… Savoir plus >

Marseillaise, canonniers, Ulm et ESPE

Les piques (de  »sans-culottes » ou de  »post-soixante-huitards » ?) n’ont pas manqué à l’évocation de l’éternel retour de la Marseillaise à l’Ecole. Il y a trente ans, Jean-Pierre Chevènement a tenté urbi et orbi de la remettre à l’honneur. Il y a 10 ans, elle a été inscrite, dans la loi (la loi d’orientation de 2005). Et cela a été deux simples coups de baïonnettes dans l’eau. Faut-il en faire toute une histoire ? A propos d’histoire justement, on ne peut manquer de faire le rapprochement entre le principe ( »mobilisateur » et  »démultiplicateur ») du « plan exceptionnel de formation continue » commençant en urgence par la formation avant la prochaine rentrée de 1000 enseignants, chefs d’établissement, directeurs d’école ou autres afin qu’ils deviennent eux-mêmes formateurs pour d’autres (et ainsi de suite?) en matière de laïcité et d’enseignement moral et civique, et le principe ( »démultiplicateur ») qui a présidé sous la Révolution française à ce qui est resté dans l’Histoire sous le nom de l’Ecole des canonniers. Par l’arrêté du 14 pluviose an II ( en 1794), le Comité de salut public décide que 1000 citoyens pris parmi les canonniers et la garde nationale doivent suivre, à Paris, des cours sur le raffinage du salpêtre, la fabrication de… Savoir plus >

« La lutte anticléricale,oui! La lutte antireligieuse, jamais! »

La situation dans laquelle nous nous trouvons n’est pas vraiment neuve, car elle a été à certains égards constitutive de l’institution de l’Ecole laïque et républicaine. Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881 :« Nous sommes institués pour défendre les droits de l’Etat contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j’appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d’une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui , nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l’ai dit et la majorité républicaine m’ a acclamé quand j’ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais » Qu’est-ce à dire ? La « question laïque » est fondamentalement liée à l’institution même de la République. C’est ce que développe très nettement Jules Ferry dans son discours du 23 décembre 1880 à la Chambre des députés : « Il importe à la sécurité de l’avenir que la surintendance des écoles et la déclaration des doctrines qui s’y enseignent n’appartiennent pas aux prélats qui ont déclaré que la Révolution française est un déicide, qui ont proclamé comme l’éminent prélat que j’ai l’honneur de… Savoir plus >

La loi Combes du 7 juillet 1904 interdit l’enseignement aux congrégations

Une leçon d’histoire : cette loi d »’exception » va être de fait  »tournée » pour l’essentiel, et va diviser le  »camp républicain laïque ». Une  »législation d’exception » a de fortes chances d’être  »tournée’‘ car si la loi refuse à une catégorie de citoyens des droits qu’elle reconnaît à d’autres, il suffit de changer de catégorie pour disposer à nouveau des droits perdus. Le  »congréganiste » se prétend simplement prêtre, ou même » laïc », et le tour est joué. L’enseignement congréganiste interdit se  »sécularise » tout simplement. Selon la statistique, les « écoles privées congréganistes » passent de 1257 000 à 188000 élèves de 1901 à 1906 ( les congréganistes ayant un délai de dix ans pour fermer toutes les écoles congréganistes), tandis que les  «écoles privées laïques » gagnent 695000 élèves dans le même temps. Mais cette question divise fortement le  »camp républicain laïque ». Nombre d’entre eux, comme le dit clairement Ferdinand Buisson ( l’ex-lieutenant de Jules Ferry) dans son rapport sur la loi de 1904, considèrent qu’une fois  »sécularisé », le  »congréganiste » doit retrouver tous les droits communs, et qu’il n’est donc pas question de lui retirer alors le droit d’enseigner. Cependant, moins sensibles aux droits juridiques, de nombreux autres républicains considèrent que même  »sécularisé » le  »congréganiste » doit être interdit… Savoir plus >

ABCD: la légitimité intrinsèque de l’Ecole en question?

Selon le rapport sur le  »programme ABCD » que vient de rendre l’Inspection générale, « l’’école n’a pas ou n’a plus de légitimité intrinsèque […]. Les professeur(e)s n’auraient jamais imaginé que des parents puissent voir l’école comme source de danger, jamais pensé qu’on puisse suspecter l’école – et eux en même temps – d’avoir un projet organisé qui les autoriserait à attenter à la pudeur des enfants, à violer leur intimité, à intervenir sur leur sexualité, à manipuler leur conscience ». En réalité, cela n’est pas vraiment nouveau . Il y a déjà eu des périodes historiques très tendues à cet égard comme peuvent en témoigner les quelques citations enflammées qui vont suivre pour mémoire. Réaction de l’écrivain Octave Mirbeau, dans le journal « Le Gaulois » du 25 novembre 1880, lors de la création d’un enseignement secondaire public pour les jeunes filles : « La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été avec soin préservée de l’éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses. Et cette paix candide de jeune fille, cette délicieuse floraison de pudiques désirs, tout cela va disparaître ! On va supprimer la jeune fille. Assez de ces… Savoir plus >

« L’enseignement n’est point matière d’industrie »

  Aux Etats-Unis la création d’écoles privées ouvertes par des fondations ou des entreprises, mais financées au moins partiellement par de l’argent public, est encouragée. Ainsi l’école de l’ex-champion de tennis André Agassi à Las Vegas, par exemple, perçoit près de 12 000 dollars d’argent public pour chaque élève, soit environ le double des versements faits aux écoles publiques qui, elles, sont contraintes d’accepter tous les élèves.   On peut ici se souvenir de la mise en garde de Jules Ferry, certes lointaine mais étrangement ciblée : « on me trouvera toujours au premier rang de ceux qui protesteront contre la doctrine qui consiste à dire que l’enseignement est une industrie comme une autre. Vous pouvez citer l’Angleterre et les Etats-Unis pour d’autres choses, pour de grandes choses qu’ils font, qu’ils possèdent et que nous n’avons pas ; mais nous avons sur l’Angleterre et sur les Etats-Unis cette supériorité de considérer que l’enseignement – l’enseignement de l’enfance surtout, à quelque degré qu’il soit et de quelque nature qu’il soit – n’est point matière d’industrie, mais matière d’Etatet que les intérêts intellectuels de l’enfance sont sous le contrôle et sous la surveillance de l’Etat » ( Discours au Sénat du 31 mars 1881 ).