Le blog de Claude Lelievre

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Fillon: la posture de l’imposture du retrait des allocations familiales

Dans la ligne des rigueurs financières qu’il envisage pour les pauvres (mais pas pour lui-même), François Fillon vient de déclarer qu’il « rétablirait la loi sur la suspension des allocations familiales pour les familles n’assurant pas la présence de leurs enfants à l’école » Le 17 janvier 2013, la majorité de gauche du Parlement a définitivement adopté une proposition de loi qui supprimait la loi proposée par le député UMP Eric Ciotti et votée par la majorité de droite en septembre 2010. Mis effectivement en place en janvier 2011, le dispositif prévoyait, en cas d’absentéisme trop fréquent et non justifié, après une convocation des parents et un avertissement, que l’inspection d’académie puisse exiger de la Caisse d’allocations familiales (CAF) la suspension partielle des allocations. La ministre déléguée à la Réussite scolaire, George Pau-Langevin, a défendu la proposition d’abrogation. Elle a notamment jugé que la loi Ciotti était « injuste et inefficace dans plus de 80% des cas ». Il y aurait eu quelque 80 000 signalements notifiés lors de l’année scolaire 2011-2012 et 620  suspensions d’allocations décidées. Si l’on en juge par la proportion d’élèves  »absentéistes » les mois de janvier de 2011 à 2015 (le mois de janvier étant retenu comme élément de comparaison le plus… Savoir plus >

Modes de légitimation du financement public du privé

Dix ans après le vote de la loi Debré, on a pu trouver cette  »profession de foi » dans le « Bulletin du Secrétariat général à l’enseignement catholique » du 15 mai 1969 : « L’enseignement libre constitue un appoint indispensable à l’oeuvre éducative de l’Etat ; il gère une partie importante du service public d’enseignement. Partant de cette constatation, la loi Debré, dans cette grande ligne, ne fait que rependre, en les adaptant au domaine de l’enseignement, des techniques déjà employées avec succès dans d’autres secteurs : la sauvegarde de l’esprit d’initiative et de responsabilité conduit souvent à recourir au procédé de la gestion d’une activité d’intérêt général par une personne ou un organisme de droit privé. Au sein même du secteur public économique, le récent rapport Nora a préconisé l’accroissement de l’autonomie des entreprises publiques ou semi-publiques. Réconciliant l’intérêt général, l’action administrative, en un mot le service public avec la souplesse, l’autonomie et la liberté, cette formule (gestion des services publics par des personnes privées) est une forme authentique de participation. La loi Debré en est un bon exemple ». A bien des égards, la conférence de presse donnée mardi dernier par Pascal Balmand, le secrétaire général de l’enseignement catholique, s’est inscrite dans cette ligne historique (avec… Savoir plus >

« Ce que vivre m’a appris »

Ce nouveau livre de Pascal Bouchard, agrégé de lettres et journaliste spécialiste des questions d’éducation est précieux parce qu’il lui ressemble : il est écrit à hauteur d’hommes (dans le  »frottement », les liaisons et les  »déliaisons » des hommes entre eux). À partir de la vie, de sa vie. Sans acrimonie (mais non sans alacrité et un certain bonheur d’écriture), Pascal Bouchard s’en prend aux pièges de différentes  »verticalités » qui nous clivent., avec des titres de chapitres provocants. La Nature. « Le  »bio », meilleur allié du capitalisme ». Dieu. « Dieu, quia absurdum ». Le Peuple. « Et le sacré changea de camp ». « Le peuple, comme les individus, a parfois le goût de la mort ». L’argent. « L’argent n’existe pas, sauf pour ceux qui n’en ont pas » En pleine actualité (mais sans l’avoir voulu), Pascal Bouchard traite ensuite de « La valeur travail », dans la ligne anthropologique qu’il a adoptée dès le début de son livre. Intéressant. Il poursuit par ce qui a été le centre de ses activités, à savoir l’Ecole, à partir -là encore- de la mise en cause de la  »verticalité » (impossible, et imposture). Le Savoir. « Le savoir n’existe pas, sa transmission encore moins ». Bilan (de « Transition ») : « Ainsi donc, nous nous référons constamment à des principes transcendants,… Savoir plus >

« Laïcité et fonction publique »

C’est le titre de la synthèse des travaux menés par une commission présidée par Emile Zuccarelli (ancien ministre de la Fonction publique ), qui a été publiée il y a une dizaine de jours. Cette « synthèse » mérite d’être connue en ces temps quelque peu troublés car elle a été rendue sans retard (ce qui est plutôt rare pour une commission de cette nature, et le signe qu’une certaine sérénité a sans doute prévalu). D’autant que la commission n’a pas hésité à faire un certain nombre de préconisations précises dont on peut espérer qu’elles pourront être suivies d’effets. Comme le rappelle le texte de synthèse, « cette commission a été formée par le ministre de la Fonction publique pour apporter des réponses concrètes aux interrogations des agents publics. Le ministre avait en effet constaté, lors de ses déplacements, que ce n’était pas tant l’affirmation du principe de laïcité que son application au quotidien qui pouvait soulever de réelles difficultés ». La commission n’a pas été avare de « recommandations », puisqu’elles sont au nombre de vingt. Même si elles ont toutes manifestement un intérêt , il ne saurait être question de rendre compte ici de toutes. On en choisira seulement trois, à prendre comme une… Savoir plus >

« Repenser l’échec et la réussite scolaire »

Encore un livre sur l’échec scolaire dira-t-on ! Mais celui-ci est vraiment spécial. Il mérite donc une présentation spéciale, faite d’extraits choisis. « Repenser l’échec et la réussite scolaire. Vers une clinique des apprentissages » par Jean-Sébastien Morvan ( Editions ESF, septembre 2015, 127 pages) « Dis, papa, c’est vrai que je suis t’obligé d’aller à l’école ? » (un écolier de 6 ans) Chapitre 1 . L’échec : difficultés, impasses et dynamique. « Ernesto :  »M’man, je ne retournerai pas à l’école parce que à l’école on m’apprend des choses que je ne sais pas » ( Marguerite Duras, « La pluie d’été ») Chapitre 2. De l’échec à la réussite : intérêts, forces, trames et trajectoires « Je n’ai jamais vu de cancres. Je n’ai jamais mis un zéro à un élève. J’ai toujours eu le respect du travail fait, même s’il n’était pas bon. L’élève avait toujours donné quelque chose de lui-même, une application et si ce n’était pas bon, ce n’était pas exprès » ( Edouard Bled, l’auteur des célèbres manuels d’orthographe, Apostrophes, mars 1987) Chapitre 3. Blocages, ouvertures, interfaces et fondements : quelques élèves en situation d’échec/réussite. « L’école ne leur fournissait pas seulement une évasion à la vie de famille…Elle nourrissait en eux une faim plus essentielle encore à l’enfant qu’à… Savoir plus >

Les  »Gaulois » de Sarkozy: une méprise

Les  »Gaulois » sont mis à contribution dans le cadre de sa campagne sur « l’identité française », mais sur la base d’un contre-sens historique qui repose moins sur la lecture de Lavisse que sur celle des albums d’Astérix. Et pourtant, lors du discours qu’il a tenu le 25 mai 2016 sur l’identité française au colloque organisé par le think-tank France Fière, Nicolas Sarkozy semblait bien avoir appris sa leçon : .« Voilà ce qu’écrivait le grand Ernest Lavisse à l’intention des instituteurs de la IIIème République dans son Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié en 1887 : « Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c’est un malheur que nos légendes s’oublient, que nous n’ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne… Savoir plus >

La Marseillaise: nous voilà (avec le Maréchal!), ou nous voici!

Nous voilà, avec la Marseillaise qui a accompagné « Maréchal, nous voilà !» durant l’Occupation et l’Etat français ? Ou bien, nous voici, avec la « Marseillaise » républicaine, celle de la Résistance et de la Libération ? Pour en venir tout de suite à l’histoire récente, on peut partir du (re)commencement de l’enseignement de la « Marseillaise » à l’école primaire en 1985 avec le souvenir marquant dans les médias du ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chévènement à ce sujet. Dans les programmes du primaire (arrêté du 15 mai 1985), ce fut beaucoup plus modeste : un simple mot dans l’une des lignes du programme d’instruction civique du…cours préparatoire : « les symboles de la République : Marianne, le drapeau tricolore, la Marseillaise, le 14 juillet ». Quelque temps après l’épisode de sifflets contre la « Marseillaise » lors d’un match de football au Stade de France, il est instauré -dans le cadre d’une « loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure » votée le 18 mars 2003 – une amende de 7500 euros en cas d’insulte publique à l’hymne national. A la rentrée 2002, le ministre de l’Education nationale Jack Lang avait fait diffuser dans les établissements scolaires un livre-CD sur les différentes versions de la «Marseillaise ». Fin février 2005, lors de… Savoir plus >

Une journée scolaire dédiée au drapeau?…

Plus de 80 députés de droite ont déposé un projet de loi « visant à instaurer une journée dédiée au drapeau dans les établissements scolaires », enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 19 janvier 2016. « Il est proposé d’instaurer une journée dédiée au drapeau dans les établissements scolaires. À partir d’une réflexion sur notre emblème national comme symbole fort d’unité et de conquête de nos libertés, cette journée aurait vocation à développer la transmission des valeurs fondamentales de la République française aux élèves d’aujourd’hui, citoyens de demain. Célébré partout en France le même jour, cet hommage n’en aurait que plus d’écho et de force. Aussi, est-il également proposé de fixer la célébration de cette journée au premier mardi du mois d’octobre, jour ouvré le plus proche de la date du 4 octobre, anniversaire de l’adoption de notre Constitution, qui dispose, à l’article 2 de son titre premier, que l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ». La loi de refondation de l’Ecole du 9 juillet 2013, à l’initiative du ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, indique en son article L. 111-1-1 :« La devise de la République, le drapeau tricolore et le drapeau européen sont apposés sur la façade des écoles et des établissements… Savoir plus >

Le cœur du réacteur de la refondation a bien fonctionné!

Contrairement à ce que certains (mauvais) augures ont prédit à plusieurs reprises ces deux dernières années, le Conseil supérieur des programmes installé il y a deux ans est allé avec honneur jusqu’au bout de sa première mission que l’on peut qualifier d’historique.   Et cela en dépit de certaines turbulences incontournables (en particulier dans le domaine de l’enseignement de l’histoire, une de nos passions françaises qui n’incitent pas à être vraiment raisonnable). Mais le fait est là ; et il est advenu sans drames majeurs (ce qui a pour effet qu’il passe médiatiquement le plus souvent quasi inaperçu) : pour la première fois dans notre histoire scolaire, les programmes de la scolarité obligatoire – depuis le cours préparatoire jusqu’à la troisième – ont été pensés ensemble, toutes disciplines confondues, par cycles successifs de trois années . Et cela-même devrait assurer un net progrès dans la continuité et la cohérence des progressions, et dans leur faisabilité. La démission du premier président du CSP à l’été 2014 (qui avait été d’ailleurs nommé à ce poste par défaut en janvier de cette même année, suite à la décision finale de celui qui avait été initialement pressenti par le ministère) a provoqué certes une perte de temps… Savoir plus >

L’immigration ne devrait pas être traitée comme un  »détail » de l’histoire

Elle est pourtant toujours réduite à la portion congrue dans les nouveaux programmes d’histoire de l’Ecole obligatoire alors même que la question de l’immigration est sur le devant de la scène, et sans doute pour bien des années. On pourra certes objecter qu’il ne faut pas surcharger les programmes si on veut qu’ils soient effectivement traités et surtout maîtrisés par les élèves. Et l’on aura mille fois raison. Mais cela signifie qu’il faut savoir choisir, quitte à  »sacrifier » des questions secondaires (et parfois traditionnellement traitées) à ce qui apparaît manifestement de plus en plus essentiel pour que les (futurs) citoyens aient davantage de repères pour mieux se situer, en particulier sur cette question ( à la fois vive, complexe et d’avenir). Là aussi, comme cette question est  »vive », on peut certes comprendre que l’on y va avec beaucoup de retrait (voire à reculons). Pourtant, c’est ce qui a des enjeux qui fait le plus souvent sens et suscite l’intérêt véritable. C’est certes plus difficile et plus délicat à traiter que des questions (presque)  »mortes ». Mais c’est aussi ce qui donne en réalité sa dignité et son plein enjeu à l’enseignement de l’histoire, qui a entre autres pour tâche de contribuer à… Savoir plus >