Le blog de Claude Lelievre

refondation de l’Ecole

Laisser du temps au temps pour bien refonder l’école républicaine

Tribune parue dans « Le Monde des Idées », il y a quatre ans… Il faut déterminer les enseignements et former les maîtres avant de se pencher sur l’organisation de l’école et le statut des enseignants, estime Claude Lelièvre, historien de l’éducation. LE MONDE | 12.03.2013 à 16h33 • Mis à jour le 12.03.2013 à 17h21 | Par Claude Lelièvre, historien de l’éducation Il ne saurait s’agir de « révolutionner » ou de « réformer » d’un seul coup, globalement, le système éducatif dans toutes ses composantes – tâche impossible, et qui n’a jamais existé de près ou de loin dans l’histoire de l’éducation en France -, mais de commencer (enfin !) par le commencement, à savoir « les fondations » et ce qui apparaît « fondamental ». La « refondation de l’école républicaine » ne peut être possible et faisable que si, précisément, elle établit clairement des priorités et fait – momentanément ou non – des impasses sur certains secteurs ou certains sujets, et ne prétend pas tout traiter en même temps ou de la même façon. Il doit être clair aussi qu’une vraie refondation doit prendre du temps et prendre son temps. Il y a lieu de se rappeler, à cet égard, que le moment fondateur de l’école républicaine, pour le… Savoir plus >

Fillon: la posture de l’imposture du retrait des allocations familiales

Dans la ligne des rigueurs financières qu’il envisage pour les pauvres (mais pas pour lui-même), François Fillon vient de déclarer qu’il « rétablirait la loi sur la suspension des allocations familiales pour les familles n’assurant pas la présence de leurs enfants à l’école » Le 17 janvier 2013, la majorité de gauche du Parlement a définitivement adopté une proposition de loi qui supprimait la loi proposée par le député UMP Eric Ciotti et votée par la majorité de droite en septembre 2010. Mis effectivement en place en janvier 2011, le dispositif prévoyait, en cas d’absentéisme trop fréquent et non justifié, après une convocation des parents et un avertissement, que l’inspection d’académie puisse exiger de la Caisse d’allocations familiales (CAF) la suspension partielle des allocations. La ministre déléguée à la Réussite scolaire, George Pau-Langevin, a défendu la proposition d’abrogation. Elle a notamment jugé que la loi Ciotti était « injuste et inefficace dans plus de 80% des cas ». Il y aurait eu quelque 80 000 signalements notifiés lors de l’année scolaire 2011-2012 et 620  suspensions d’allocations décidées. Si l’on en juge par la proportion d’élèves  »absentéistes » les mois de janvier de 2011 à 2015 (le mois de janvier étant retenu comme élément de comparaison le plus… Savoir plus >

« Ce que vivre m’a appris »

Ce nouveau livre de Pascal Bouchard, agrégé de lettres et journaliste spécialiste des questions d’éducation est précieux parce qu’il lui ressemble : il est écrit à hauteur d’hommes (dans le  »frottement », les liaisons et les  »déliaisons » des hommes entre eux). À partir de la vie, de sa vie. Sans acrimonie (mais non sans alacrité et un certain bonheur d’écriture), Pascal Bouchard s’en prend aux pièges de différentes  »verticalités » qui nous clivent., avec des titres de chapitres provocants. La Nature. « Le  »bio », meilleur allié du capitalisme ». Dieu. « Dieu, quia absurdum ». Le Peuple. « Et le sacré changea de camp ». « Le peuple, comme les individus, a parfois le goût de la mort ». L’argent. « L’argent n’existe pas, sauf pour ceux qui n’en ont pas » En pleine actualité (mais sans l’avoir voulu), Pascal Bouchard traite ensuite de « La valeur travail », dans la ligne anthropologique qu’il a adoptée dès le début de son livre. Intéressant. Il poursuit par ce qui a été le centre de ses activités, à savoir l’Ecole, à partir -là encore- de la mise en cause de la  »verticalité » (impossible, et imposture). Le Savoir. « Le savoir n’existe pas, sa transmission encore moins ». Bilan (de « Transition ») : « Ainsi donc, nous nous référons constamment à des principes transcendants,… Savoir plus >

PISA 2015: quels ministres?

Les ministres de l’Education nationale sont loin d’être tout-puissants (et donc unilatéralement  »responsables » des résultats scolaires…). Mais ils en sont  »comptables » (selon nos interpellations habituelles, comme on le fait ordinairement envers -par exemple – le  »ministre de l’Intérieur » pour l’ordre et la façon dont il est assuré). Les élèves testés pour « PISA  »2015 » », dont nous avons les résultats en ce mois de décembre 2016, sont nés en l’an 2000. Ils sont donc arrivés, en principe, au cours préparatoire en 2006 et en troisième en 2014 (parcours  »normal » ou  »moyen »). Durant cette période, on a eu les ministres de l’Education nationale suivants : Gilles de Robien : de juin 2005 à mai 2007 Xavier Darcos : de mai 2007 à juin 2009 Luc Chatel de juin 2009 à mai 2012 Vincent Peillon de mai 2012 à avril 2014 Benoît Hamon d’avril 2014 à août 2014 Najat Valaud-Belkacem depuis fin août 2014. On peut donc noter que les élèves testés pour PISA 2015 ont effectué la totalité de leurs parcours élémentaires sous les trois ministres de droite (Gilles de Robien, Xavier Darcos, Luc Chatel), et seulement leurs trois dernières années de scolarité sous trois ministres de gauche (Vincent Peillon essentiellement), étant entendu que les politiques… Savoir plus >

Le choeur des papes: « le nivellement égalitaire »!

Le pape François, généralement mieux inspiré, vient de reprendre malencontreusement à son compte une  »appréhension » de type » intégriste » de manuels scolaires français. Mais cette  »appréhension » (dans tous les sens du terme) n’est peut-être pas si circonstancielle que cela. Le 15 avril 2015, le pape François ( en audience générale, place Saint-Pierre de Rome), a déclaré que la suppression de la différence entre homme et femme « est le problème et non la solution », en affirmant que  « la prétendue théorie du genre » est « un pas en arrière ». « Sans l’enrichissement réciproque dans cette relation (homme-femme) – dans la pensée et dans l’action, dans les sentiments et dans le travail, et aussi dans la foi – ni l’un ni l’autre ne peuvent comprendre jusqu’au fond ce que signifie être un homme et être une femme […]. Oui, nous risquons de faire un pas en arrière. En fait, la suppression de la différence est le problème et non la solution ». Et le pape François s’est interrogé sur le lien entre « la crise collective de confiance en Dieu » et la crise « de l’alliance entre l’homme et la femme  […]. En effet, le récit biblique commence avec sa grande fresque symbolique… Savoir plus >

Une scolarité obligatoire de 3 à 18 ans?

Cette proposition a été annoncée par Najat Vallaud-Belkacem, le 17 septembre dernier, à un rassemblement socialiste à Lomme, près de Lille. « Aller plus loin sur l’Education lors du prochain quinquennat, c’est proposer, comme je le ferai, d’étendre la scolarité obligatoire de 3 ans à 18 ans », a-t-elle déclaré. Une déclaration dûment reprise sur son compte twitter. Une scolarité obligatoire à partir de 3 ans ne va certes pas de soi (car, depuis 1882, ce n’est pas la  »scolarisation » à proprement parler qui est obligatoire, mais  »l’instruction »). Cependant elle ne pose pas un problème majeur dans la mesure où, dans les faits, les plus de trois ans sont déjà quasiment tous  »scolarisés » (même si c’est de façon plus ou moins continue et effective). Il n’en va pas du tout de même pour les plus de 16 ans, car un pourcentage non négligeable d’entre eux ne sont pas du tout scolarisés (même en comptant ceux en apprentissage). En France, pour l’année scolaire 2014-2015, le taux de scolarisation des jeunes qui avaient atteint 17 ans révolus au 1er janvier 2015 a été de 91,6% et celui de ceux qui avaient atteint 18 ans révolus de 77,5%. En 2012, année où une vaste enquête… Savoir plus >

Les  »Gaulois » de Sarkozy: une méprise

Les  »Gaulois » sont mis à contribution dans le cadre de sa campagne sur « l’identité française », mais sur la base d’un contre-sens historique qui repose moins sur la lecture de Lavisse que sur celle des albums d’Astérix. Et pourtant, lors du discours qu’il a tenu le 25 mai 2016 sur l’identité française au colloque organisé par le think-tank France Fière, Nicolas Sarkozy semblait bien avoir appris sa leçon : .« Voilà ce qu’écrivait le grand Ernest Lavisse à l’intention des instituteurs de la IIIème République dans son Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié en 1887 : « Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c’est un malheur que nos légendes s’oublient, que nous n’ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne… Savoir plus >

La refondation de l’Ecole: du  »plafond » au  »plancher »

La « refondation » ne concerne pas (directement) l’ensemble du système éducatif, mais est inscrite essentiellement dans le périmètre de l’Ecole obligatoire. Ce n’est pas une  »réforme » de plus. C’est une re-fondation de l’Ecole républicaine et laïque. L’alerte a commencé en l’an 2000 au moment des résultats de la première enquête internationale PISA. Mais elle a mis du temps à cheminer en raison de la politique dominante qui était mise en œuvre depuis des décennies, à savoir l’extension des lycées, de l’accès aux baccalauréats et aux enseignements supérieurs  (avec un certain souci, plus ou moins recherché, d’élargir la base sociale de l’accès à des postes inégalement convoités ; ce que d’aucuns ont appelé  »l’élitisme républicain » ). Mais ce qu’ont révélé les résultats de PISA, livraison après livraison, c’est que la France était particulièrement inégalitaire aux environs de l’âge de sortie de l’école obligatoire, dans l’accès aux compétences de base considérées (dans l’accès, en quelque sorte à un  »bien commun »). Pire, parmi une trentaine de pays, la France s’est retrouvée parmi ceux où l’écart des résultats entre les élèves de statuts socio-culturels favorisés et ceux de statuts socio-culturels défavorisés était le plus important. Et cela pouvait aller jusqu’à un écart inégalitaire double de celui… Savoir plus >

La Marseillaise: nous voilà (avec le Maréchal!), ou nous voici!

Nous voilà, avec la Marseillaise qui a accompagné « Maréchal, nous voilà !» durant l’Occupation et l’Etat français ? Ou bien, nous voici, avec la « Marseillaise » républicaine, celle de la Résistance et de la Libération ? Pour en venir tout de suite à l’histoire récente, on peut partir du (re)commencement de l’enseignement de la « Marseillaise » à l’école primaire en 1985 avec le souvenir marquant dans les médias du ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chévènement à ce sujet. Dans les programmes du primaire (arrêté du 15 mai 1985), ce fut beaucoup plus modeste : un simple mot dans l’une des lignes du programme d’instruction civique du…cours préparatoire : « les symboles de la République : Marianne, le drapeau tricolore, la Marseillaise, le 14 juillet ». Quelque temps après l’épisode de sifflets contre la « Marseillaise » lors d’un match de football au Stade de France, il est instauré -dans le cadre d’une « loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure » votée le 18 mars 2003 – une amende de 7500 euros en cas d’insulte publique à l’hymne national. A la rentrée 2002, le ministre de l’Education nationale Jack Lang avait fait diffuser dans les établissements scolaires un livre-CD sur les différentes versions de la «Marseillaise ». Fin février 2005, lors de… Savoir plus >

Une journée scolaire dédiée au drapeau?…

Plus de 80 députés de droite ont déposé un projet de loi « visant à instaurer une journée dédiée au drapeau dans les établissements scolaires », enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 19 janvier 2016. « Il est proposé d’instaurer une journée dédiée au drapeau dans les établissements scolaires. À partir d’une réflexion sur notre emblème national comme symbole fort d’unité et de conquête de nos libertés, cette journée aurait vocation à développer la transmission des valeurs fondamentales de la République française aux élèves d’aujourd’hui, citoyens de demain. Célébré partout en France le même jour, cet hommage n’en aurait que plus d’écho et de force. Aussi, est-il également proposé de fixer la célébration de cette journée au premier mardi du mois d’octobre, jour ouvré le plus proche de la date du 4 octobre, anniversaire de l’adoption de notre Constitution, qui dispose, à l’article 2 de son titre premier, que l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ». La loi de refondation de l’Ecole du 9 juillet 2013, à l’initiative du ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, indique en son article L. 111-1-1 :« La devise de la République, le drapeau tricolore et le drapeau européen sont apposés sur la façade des écoles et des établissements… Savoir plus >