Le blog de Claude Lelievre

Derniers billets

Les Roms, le poète et l’ordre

Envoi  d’un ami philosophe: « Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils  excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me  suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. » G. Flaubert, lettre à G. Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, éd. de la Pléiade tome 5, pp. 653-654) Les roulottes – Vincent Van Gogh. ——

Le traitement inégal des nouveaux enseignants

La circulaire de cadrage de leur ‘’accueil’’ ( parue au BO le premier avril ! ) permet en effet des mesures à géométrie variable sur le territoire national. Et cela commence à se traduire ( et à se voir ) sur le ‘’terrain’’. On peut d’abord noter que cette circulaire portant sur le « dispositif d’accueil, d’accompagnement et de formation des enseignants stagiaires des premier et second degrés et des personnels d’éducation stagiaires » ( adressée aux recteurs et aux inspecteurs d’académie ) revêt selon – une expression qui figure dans le texte même – un caractère « souple » car son application peut être variable en fonction ( explicitement ) des moyens et des possibilités pouvant exister dans chaque académie ou département. La circulaire ne manque pas – loin s’en faut ! – d’expressions non contraignantes. « Déclinées selon les académies et les départements ». « Sauf situations particulières que vous apprécierez ». « Autant se faire que peut ».« En fonction des personnels ressources dont vous disposerez ». On appréciera tout particulièrement la réitération, dans cette circulaire, de la formule « dans toute la mesure du possible » : « Dans toute la mesure du possible, l’emploi du… Savoir plus >

Capes de lettres classiques: 20 démissions

On peut lire ci-dessous, in extenso, la lettre de démission adressée au ministre de l’ Education nationale signée  par 20 membres du jury du Capes de Lettres classiques à l’issue de la session 2010. C’est l’épilogue d’un affrontement ( rare )  qui a commencé en février 2010 ( cf mes billets datés du 3 février, du 10 mars et du 4 avril ). Paris, le 14 juillet 2010 Les membres soussignés du jury du Capes de Lettres Classiques à Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale S/C Monsieur le Président du jury du Capes de Lettres Classiques Nous, soussignés membres du jury du Capes de Lettres Classiques, avons fait savoir et tenons à faire de nouveau savoir notre franche et ferme opposition à la réforme présentée par l’Arrêté du 28 décembre 2009 fixant les sections et les modalités d’organisation des concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré, publié au Journal Officiel du 6 janvier 2010. Nous avons demandé à plusieurs reprises l’ouverture de la concertation qui avait été promise par le Ministère comme préalable à la publication des arrêtés, et qui n’a pas eu lieu. Nous tenons à rappeler ici les principaux points de contestation qui relèvent… Savoir plus >

Des tuteurs très exposés et incertains

La réforme ‘’mastérisée’’ de la formation professionnelle va avoir pour effet à la rentrée prochaine de devoir compter essentiellement sur le suivi de ‘’tuteurs’’ lors de la première année de l’entrée en fonction des nouveaux enseignants ( du moins dans le secondaire, car dans le primaire il est possible de s’appuyer sur des dispositifs issus des IUFM, et notamment sur les maîtres formateurs confirmés dans leur rôle et leur service ), Or, le moins que l’on puisse dire est que cela va se passer ‘’à géométrie variable’’. Actuellement, les enseignants du secondaire à qui l’on propose de devenir tuteur ne savent toujours pas quel sera précisément leur temps de service, leur rémunération, et a fortiori leur formation. Dans certaines académies, nombre d’enseignants refusent d’être tuteur, soit par incertitude sur les conditions d’exercice, soit par refus de ‘’cautionner’’ la réforme. L’Apmep ( association de professeurs de mathématiques ) paraît se prononcer dans ce sens en déclarant que « le nombre d’heures en responsabilité du jeune enseignant est trop élevé et ne lui permet pas de se consacrer à une formation professionnelle digne de ce nom ». D’autres acceptent, parfois en ‘’désespoir de cause’’, notamment pour ne pas laisser leurs futurs collègues… Savoir plus >

Une nouvelle préparation aux concours?

Il serait finalement possible, pour les étudiants détenteurs d’un master et ayant échoué à un concours de recrutement d’enseignants, de s’inscrire une nouvelle fois en préparation au concours. Selon la présidente de la séance du 21 juin de la CNESER concernant la formation des enseignants, ces préparations aux concours, maintenues dans les universités, feraient l’objet d’une prise en compte dans le système d’attribution des moyens SYMPA. Selon le SNESUP, «  cette annonce […] traduit un changement de discours politique d’un ministère qui a dû finir par reconnaître le problème des étudiants reçus au master et collés au concours et qui n’ont aucune possibilité de préparer à nouveau  ce concours à l’université. Et le ministère a dû reconnaître implicitement l’impossibilité de mener de front une formation de master et une préparation au concours ». Devant l’importance potentielle de cette annonce, il a été demandé confirmation à Patrick Hetzel, directeur général de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’insertion professionnelle. Mais il a réservé sa réponse compte tenu de sa portée politique. Dans ces conditions la quasi totalité des organisations syndicales a voté une motion en vue de la suspension des travaux de la CNESER, en attente d’une réponse claire :… Savoir plus >

Concours et mastérisation: qui comprend quelque chose à quoi?

Les textes qui se sont succédé dans la période récente concernant les conditions d’inscription aux concours de recrutement de professeurs ne semblent pas à l’abri d’interprétations divergentes. Sur le site du ministère une « lettre » du ministre annonçant de « nouvelles dates d’inscription » indique que «  sont concernés les étudiants titulaires d’un master ou inscrits dans un cursus universitaire permettant de l’obtenir au plus tard au terme de l’année universitaire 2010-20111 ». http://www.education.gouv.fr/cid51874/concours-enseignants-pour-la-rentree-2011-de-nouvelles-dates-d-inscription.html Mais, apparemment, ce n’est pas ce qui était prévu par les décrets sur les concours : on avait compris, selon ces décrets, que les candidats inscrits en M2 avaient jusqu’à l’année suivant le passage et la réussite au concours pour valider leur M2 ( en, l’occurrence 2011-2012 ) pour être nommés fonctionnaires stagiaires. Le guide du concours pour la session 2011 contient une page sur les conditions spécifiques d’inscription http://www.guide-concours-enseignant-college-lycee.education.gouv.fr/cid51268/concours-externe-du-capes.html#Conditions « Vous devez – est-il écrit – justifier à la date de publication des résultats d’admissibilité d’un master [ ou d’un titre ou diplôme équivalent dont la liste est dûment mentionnée ], ou d’une inscription, à la rentrée universitaire 2010, en dernière année d’étude en vue de l’obtention d’un mater ou d’un titre ou diplôme… Savoir plus >

CAPES: quelques dessous des cartes

C’est du moins ce que l’on peut sans doute saisir dans le compte-rendu semi officiel d’une audience au ministère de l’éducation nationale à propos de la ‘’mastérisation’’. Et cela dans un contexte où un certain nombre de syndicats  ont déposé plusieurs recours au Conseil d’Etat contre la réforme de la formation des enseignants. Ce compte-rendu relate de façon détaillée l’audience d’une délégation d’une UFR auprès du conseiller aux affaires pédagogiques au cabinet du ministre, et d’un inspecteur général, conseiller auprès du ministre, sur ce type de questions. «  Ils ont insisté sur l’égalité de tous les candidats devant le concours, alors que la délégation faisait remarquer que les nouveaux candidats ne pourraient pas bénéficier d’une préparation pour la session 2011 dans notre UFR. Le conseiller auprès du ministre s’est étonné que nous ne puissions pas organiser une préparation puisque nous disposions de ‘’mai, juin, juillet, août, septembre et octobre, soit presque six mois’’ pour préparer les candidats ». La délégation a alors fait valoir que les charges de l’UFR ( examens de juin, session du CNED, etc ), l’occupation des locaux, et l’absence d’un financement prévu pour cette préparation rendaient impossible la mise en place d’une telle formation. Par ailleurs,… Savoir plus >

Agrégation: le  »blues » des jeunes agrégés

On n’a sans doute pas suffisamment souligné à quel point les résultats de  l’enquête qui vient d’être menée et publiée par la « Société des agrégés » conduisent à s’interroger plus que jamais sur leur place dans les collèges. Parue ce mois ci sous le titre « Y a-t-il un ‘’malaise enseignant’’ ?, » l’étude met en évidence que « plus les professeurs ( agrégés ) sont jeunes, plus leur vocation est déçue ». Ainsi, plus de 40% des jeunes professeurs agrégés ( moins de 5 ans d’ancienneté ) s’estiment déçus. Aucun  d’entre eux  ne s’est déclaré content de sa progression de carrière ( p.30 ). Les rédacteurs de cette étude soulignent leur « grande déception d’avoir été trop souvent affectés en collège, situation à laquelle, au vu des textes réglementaires, ils ne devraient pas être confrontés », tout en prenant soin de faire valoir qu’ « en refusant le collège, les agrégés ne défendent pas un privilège acquis : ils disent simplement l’impossibilité de tisser avec leur auditoire les liens de complicité intellectuelle auxquels leurs études les avaient préparés et sans lesquels ils ne voient pas de bonheur d’enseigner possible » ( p.28 ). Dans ces conditions, on ne… Savoir plus >

 »Le » bac d’abord, et/ou la licence?

Le récent rapport de la Cour des comptes à propos du système éducatif français pose clairement le problème, alors que la réponse du ministère de l’Education nationale manque – pour le moins – d’ambition. On le sait, l’ambition ‘’européenne’’ qui a été proclamée dans le cadre des accords de Lisbonne est d’atteindre les 50% d’une classe d’âge diplômée à bac + 3 à l’horizon de l’an 2020. Nous en sommes encore loin, puisque les dernières données précises datant de 2006 indiquent qu’en 2006 nous en étions à 25% seulement de la classe d’âge au niveau de la licence ( ou plus ), et à 16% au niveau bac+ 2 ( DUT, BTS, enseignement paramédical et social ). Beaucoup d’autres pays font pourtant d’ores et déjà nettement mieux que nous en ce qui concerne le taux de diplômé sortant de l’enseignement supérieur au niveau de la licence et au-delà. Pour la tranche d’âge des 25 ans-34 ans, nombre de pays européens sont déjà au-delà de 30%  ( on peut citer la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Suède, l’Irlande et la Pologne ). En revanche, la France se distingue dans cette enquête pour le taux de diplômés de l’enseignement… Savoir plus >

Formation des enseignants: un arrêté sidérant

Alors que l’on croyait que le projet d’arrêté sur la formation des enseignants reprendrait à son compte l’Annexe de l’arrêté du 19 décembre 2006 portant sur le Cahier des charges national de formation des enseignants ( fort détaillé, et qui avait permis des améliorations dans la formation délivrée par les IUFM ces toutes dernières années ), il n’en est finalement rien. Il apparaît en effet que le Conseil supérieur de l’Education qui doit se tenir ce 6 mai va devoir se prononcer sur un arrêté concernant la réforme de la formation des enseignants ( proposé par le ministre de l’Education nationale et la ministre de l’Enseignement supérieur ) dans lequel le Cahier des charges serait ‘’remplacé’’ par la simple mention des dix ‘’compétences’’ requises pour exercer le métier d’enseignant. La principale fédération de parents d’élèves de l’Ecole publique ( la FCPE ) a d’ores et déjà décidé de boycotter  la séance du CSE du 6 mai, et appelle les autres organisations représentées au CSE à faire de même. Par ailleurs, et cela est tout  à fait intéressant, car c’est une démarche historiquement inédite «  la FCPE demande à ce que le débat se tienne là où il aurait dû être… Savoir plus >