Concours de recrutement: les échappatoires au CLES 2

10 novembre 2011

Le ministère reconnaît enfin que, dans la situation actuelle, il était impossible que la plupart des candidats aux concours de recrutement d’enseignants puissent être préparés sérieusement au « Certificat de compétences en langues de l’enseignement supérieur 2° degré » ( CLES 2 ) qui était en principe exigé de tous les candidats pour être stagiarisé. Il a été amené sur ce point à suivre les recommandations du récent rapport Jolion sur la formation des enseignants qui pointait que cela était d’une part dissuasif pour certains ( alors même qu’il y a une baisse sensible du nombre de candidats aux concours ) et  d’autre part injuste ( certains pouvant être effectivement préparés, et d’autre pas selon les cursus empruntés et les universités fréquentées).

Il est à noter que, une fois encore dans ce domaine pourtant très important du recrutement et de la formation des enseignants, la décision a été prise de façon impromptue, au dernier moment, quelques jours seulement  avant le début des CAPES qui auront lieu à partir du 15 novembre.
Le pouvoir en place magnifie le rôle des ‘’chefs’’, en particulier dans les établissements ( cf la convention de l’UMP de mardi dernier ). On peut les féliciter !

Réponses aux questions les plus couramment posées ( site du ministère )

Professeurs certifiés stagiaires durant l’année scolaire 2011-2012, candidats à un concours de professeur des écoles à la session 2012

Sous réserve que ce candidat soit titularisé à la date de la rentrée scolaire 2012 en qualité de professeur certifié et qu’il soit nommé professeur des écoles stagiaire à la même date, il pourra faire valoir sa qualité de professeur certifié titulaire et être ainsi “reconnu remplir les conditions” au regard du certificat de langues et du C2i2e conformément aux dispositions de l’article 3 de l’arrêté du 31 mai 2010.
Validité de certaines attestations de langues
Les attestations, certificats ou qualifications équivalentes attestant des compétences en langues de l’enseignement supérieur sont acceptées quelle que soit la durée de leur validité.

Enseignants non titulaires

Les enseignants non-titulaires des établissements d’enseignement publics ou privés sous contrat d’association ou les personnels non titulaires exerçant des fonctions d’éducation dans ces mêmes établissements doivent, pour être reconnus remplir les conditions au regard des certifications en langues et en informatique et internet, bénéficier d’un contrat à durée indéterminée (voir article 3 bis de l’arrêté du 31 mai 2010).

Les enseignants vacataires ou les contractuels en contrat à durée déterminée n’appartiennent pas à l’une de ces catégories précédemment citées et doivent en conséquence justifier des deux certifications requises pour être nommés stagiaires ou titularisés selon le concours réussi.
Crédits en langue vivante étrangère

Un candidat dont le parcours de formation fait apparaître l’obtention de crédits ECTS (European Credits Transfer System) validés en langue vivante étrangère peut être considéré comme justifiant de la certification en langue requise pour être nommé stagiaire en cas de réussite au concours externe présenté.

Exemple : les candidats ex-élèves de CPGE qui ont effectué deux années de classe préparatoire aux grandes écoles et sont admis à intégrer une L3 à l’université après avoir obtenu une équivalence L1 et L2 peuvent être dispensés du CLES2 en présentant le descriptif de leur parcours de formation qui atteste de crédits ECTS qu’ils peuvent faire reconnaître et valider par un établissement d’enseignement supérieur dans lequel ils veulent poursuivre des études.

“Du bizutage, des grandes écoles et de l’élite”

7 novembre 2011

L’agression subie récemment par un étudiant de Dauphine lors d’une ‘’réunion de recrutement’’ de l’association ‘’Japad’’ ( au cours de laquelle « un des membres, sous l’emprise de l’alcool, à l’aide d’un instrument qui semble être une capsule de bouteille, lui a gravé sur le dos les lettres ‘’Japad’’ » selon Laurent Batsch, le président de l’université ) défraye actuellement la chronique et appelle légitimement à la vigilance contre les bizutages violents. Mais on devrait aussi remarquer leur caractère récurrent et le fait que ce genre de pratiques sévit le plus souvent dans les établissements d’’’élite’’. Et noter aussi que la violence dans le système scolaire n’est pas l’apanage de certains élèves dans des établissements sensibles, mais peut être aussi le fait de certains élèves de quartiers huppés dans des établissements d’élite recherchés ( selon une étudiante de Dauphine, « l’association ‘’Japad’’ était dirigée par un petit groupe d’étudiants venant du XVI°, très friqués, ayant mauvaise réputation » )

Et pourtant, les autorités scolaires et universitaires ont condamné de longue date – et de façon réitérée – les brimades ( dés 1928, et en 1944,1962… ).
Circulaire du 20 octobre 1928 du ministre de l’Instruction publique : « Il y aurait des établissements, particulièrement ceux qui préparent aux grandes écoles, dans lesquels se seraient constituées des associations plus ou moins occultes d’élèves, ayant institué des règles ou des pratiques qu’elles s’efforcent d’imposer aux nouveaux venus. Je ne saurais tolérer ces abus ».
Circulaire du 8 décembre 1944 du ministre de l’Education nationale : « Je suis saisi de nombreuses plaintes concernant les brimades exercées dans certains établissements, en particulier dans les classes préparatoires aux grandes écoles, par les Anciens à l’égard des plus jeunes. Je suis décidé à mettre fin à ces pratiques révoltantes. Il est inadmissible que certains jeunes Français exercent sur leurs camarades des violences qui évoquent irrésistiblement les mœurs du nazisme par la prétention d’imposer par la force une volonté capricieuse et même de porter atteinte à la conscience ».
Circulaire du 1 septembre 1962 du ministre de l’Education nationale : « J’ai été amené à constater qu’en dépit des nombreuses instructions et mises en garde diffusées par mes prédécesseurs, la pratique des brimades envers les nouveaux élèves subsistait dans certains établissements, notamment dans ceux qui comptent des classes préparatoires aux grandes écoles. De tels abus sont inadmissibles. Je vous demande donc de rappeler une fois encore, aux différentes classes de votre établissement, les peines extrêmement graves auxquelles s’exposeraient les élèves qui croiraient pouvoir passer outre aux avertissements qui, à maintes reprises, leur ont été donnés ».

Dans le projet de loi sur la lutte contre la délinquance sexuelle présenté au Conseil des ministres le 3 septembre 1997, un article introduit une nouvelle qualification pénale et des sanctions renforcées contre certaines formes de bizutage. Le texte prévoit que « Hors les cas de violences, de menaces et d’atteintes sexuelles, le fait pour un élève ou un étudiant d’imposer à un autre élève ou étudiant, en exerçant des pressions de toute nature, des actes, des attitudes ou des comportements contraires à la dignité de la personne humaine est puni de six mois d’emprisonnement et de 50000 francs d’amende », et cela pour tous les « actes humiliants ou dégradants ». L’article 225-16-2 double ces peines lorsqu’ils affectent une personne fragile physiquement et mentalement. Enfin l’article 225-16-3 évoque la responsabilité des personnes morales : il vise les structures scolaires et universitaires qui se refuseraient à prendre des mesures répressives contre le bizutage et les mouvements associatifs qui participent à ces pratiques.

Force est de constater qu’en dépit de ces différentes injonctions ou dispositifs juridiques, le phénomène du bizutage n’a pas disparu dans nombre des filières sélectives de l’institution scolaire
Car cette résistance du bizutage ( mais non au bizutage.. ) s’explique fondamentalement, selon Emmanuel Davidenkoff  ( qui a mené une longue enquête sur cette pratique )  précisément par l’existence même de ces filières très sélectives et de l’enjeu qu’elles représentent pour les jeunes qui y accèdent ( et qui ne veulent pas perdre, en tentant de se soustraire au bizutage, ce qu’ils sont prêts à tenir). « Le bizutage est une des expressions de la violence de notre système éducatif, de la course au ‘’bon diplôme’’ […]. La réussite scolaire est un enjeu vital. Ceux qui sont concernés par le bizutage sont sur le point de toucher au but, de décrocher une peau d’âne qui les mettra à l’abri jusqu’à la retraite » ( « Du bizutage, des grandes écoles et de l’élite », Plon, 1993 )
Etant entendu qu’Emmanuel Davidenkoff précise que tout ce qu’on appelle bizutage n’est pas également condamnable, car ce terme sert aux étudiants pour désigner l’ensemble des ‘’cérémonies d’accueil’’ qui marquent l’entrée dans l’enseignement supérieur. Mais il faut l’entendre dans « une acception plus restreinte, comme rituel obligatoire et humiliant. Obligatoire, lorsque le refus d’un élève de participer aux réjouissances est assorti de sanctions, notamment dans l’ordre des études ; humiliant, lorsqu’il attente à la pudeur, à la morale ou aux convictions, dont les limites ne sauraient être fixées arbitrairement, puisqu’elles varient selon les individus ».

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Les postes aux concours de l’enseignement du second degré

1 novembre 2011

Ils viennent d’être publiés au JO de ce 1° novembre. Pour l’enseignement public, 8347 postes aux concours externes ( contre 8600 postes proposés l’année dernière ) : agrégation, 1248 ; CAPES, 4847 ; CAPEPS, 600 ; CAPLP, 1357 ; COP, 50 ; CPE, 245. Plus les 1752 postes offerts aux concours internes : agrégation, 759 ; CAPES, 648 ( et 62 au deuxième concours ) ; CAPLP, 275 ; COP, 15 ; CPE, 55.

Le nombre de contrats aux concours externes et aux troisièmes concours pour l’accès à des listes d’aptitude aux fonctions de maître dans les établissements d’enseignement privé sous contrat du second degré ( CAFEP et troisièmes CAFEP ) est fixé à 1100 . Il est fixé à 100 pour le concours interne donnant accès à l’échelle de rémunération des professeurs agrégés, et à 600 pour les concours internes donnant accès aux échelles de rémunération des professeurs certifiés, des professeurs d’éducation physique et sportive et des professeurs de lycée professionnel.

Si l’on se focalise sur les disciplines du CAPES externes où tous les postes offerts n’avaient pas été pourvus à l’issue des concours l’année dernière, on peut faire les constatations  suivantes.
En mathématiques et en anglais, le nombre de postes offerts reste identique à celui de l’année dernière ( 950 en mathématiques, où n’avaient été admis que 574 candidats ; 790 en anglais, où n’avaient été reçus que 659 candidats ). Légère baisse en lettres classiques ( 170 postes offerts contre 185 l’année dernière, où n’avaient été admis que 77 candidats ) ainsi qu’en musique ( 100 postes proposés contre 120 postes offerts l’année dernière, avec seulement 72 reçus ). Comme le nombre de postes offerts globalement aux différents CAPES externes est resté sensiblement le même, il apparaît que le nombre des postes proposés cette année aux quatre CAPES qui avaient eu un net déficit de recrutement l’année dernière n’a  été affecté ni par la perspective qu’il faudrait recruter relativement davantage dans ces disciplines ( compte tenu du déficit à combler ), ni par la perspective d’une difficulté  particulière persistante à recruter dans ces disciplines.  Une insensibilité administrative aux réalités effectives ? Ou un balancement dans les deux sens, ayant eu pour effet de revenir quasiment à la case départ ?

Toujours est-il qu’il faut sans doute garder à l’esprit ( non sans inquiétude pour l’avenir, surtout si l’on doit à nouveau recruter bien davantage… ) des évolutions rapides à la baisse des candidatures dans certaines disciplines, et qui ne concernent pas ( comme on le croit trop souvent ) que les disciplines scientifiques ( où l’on constate certes, de 2004 à 2011 : – 36% de présents au concours en mathématiques, - 42% en sciences de la vie et de la Terre, -  43% en physique ), mais aussi, toujours dans le même temps ( de 2004 à 2011 ) – 33% en lettres modernes, - 34% en italien, - 38% en espagnol, - 44% en anglais et en allemand,  - 53% en sciences économiques et sociales et – 57% en lettres classiques.

Des ”Assises de la pédagogie” extra-ordinaires?

20 octobre 2011

Ce sont les troisièmes du nom. Mais elles associeront pour la première fois dans trois tables rondes des dirigeants de partis politiques : Pierre Laurent ( secrétaire général du PC ), Bruno Julliard ( secrétaire national de PS pour l’éducation ), Marie-Christine Blandin ( sénatrice EELV ), des responsables nationaux des grands syndicats du monde éducatif : Thierry Cadart ( SGEN ), Patrick Gonthier ( Unsa-Education ), Bernadette Groison ( FSU ), le président de la FCPE ( Jean-Jacques Hazan , ainsi que nombre de chercheurs ou praticiens actifs sur le terrain.

Ces troisièmes ‘’Assises de la pédagogie’’ organisées par le CRAP-Cahiers pédagogiques ( en partenariat avec l’AFEV et Education et Devenir ) se tiendront à l’Ecole Boule du lundi matin 24 octobre au mardi 25 octobre.

Par ailleurs les membres du CRAP, qui ont commencé à organiser ces Assises depuis plus d’un an, ont longuement préparés 12 propositions « pour une école juste et efficace ».
1) Favoriser le travail d’équipe.
2) Changer progressivement le service des enseignants
3) Modifier radicalement les modes d’évaluation
4) Prévenir le décrochage
5) Développer la responsabilisation de tous
6) Ouvrir l’école sur son environnement
7) Développer le partenariat localement
8) Redonner du poids aux mouvements d’éducation populaire
9) Accompagner et valoriser l’acquisition de compétences des personnels de l’enseignement
10)  Changer l’organisation des établissements scolaires
11)  Donner plus de sens aux savoirs scolaires
12)  Développer l’interdisciplinarité, y compris la certification

A l’évidence,  le choix a été fait que ces troisièmes Assises soient extra-ordinaires, aussi bien dans la nature et l’intitulé des douze propositions soumises à débat ( qui sont loin d’être anodines et a priori ‘’consensuelles’’ ) que dans le choix des interlocuteurs des trois tables rondes. Espérons que ces choix iront dans le sens de bonnes contributions au débat sur l’Ecole en vue des présidentielles. On en a besoin !

” La joie à l’Ecole”

2 octobre 2011

Georges Snyders vient de nous quitter. Il avait beaucoup surpris ceux qui ne faisaient pas partie de son entourage proche en publiant en 1986, aux PUF, un ouvrage au titre perçu comme quasiment provocateur : « La joie à l’Ecole ».

Après avoir été élève de l’Ecole normale supérieure d’Ulm et avoir connu la terrible expérience de la déportation dans le camp d’Auschwitz, Georges Snyders a obtenu l’agrégation de philosophie qu’il a enseignée notamment en « Khâgne » à Marseille et à Lille, ou comme assistant à l’université de Lyon. En 1967, lors de la création du département de sciences de l’éducation à la Sorbonne, il est devenu professeur en philosophie de l’éducation.
Le 30 avril dernier, le parti communiste français lui avait fait l’amitié de marquer son 94ème anniversaire au siège du PCF, place du colonel Fabien. Je n’avais pu m’y rendre ( étant retenu dans l’île de la Réunion par un engagement pris de longue date ), mais Gorges Snyders a eu la délicatesse de m’envoyer l’exposé qu’il avait fait à cette occasion ( j’ai soutenu mes deux thèses sous sa direction ; et je suis le seul de ses doctorants – par ailleurs nombreux – qui est dans ce cas ) . En hommage, je retranscris ici quelques courts passages de cette intervention ultime.

« L’enseignant progressiste et la joie culturelle présente. Tout enseignant sait qu’une tâche essentielle de l’école est de préparer les élèves à leur avenir, les former pour l’avenir […]. Mais il sait aussi que l’école est le lieu où les jeunes passent ‘’les plus belles années’’ de leur vie […]. L’enseignant progressiste affirme que l’école ne parvient à la légitimité que si le jeune la ressent comme un espace-temps de joie présente – et non pas comme indéfiniment retardée, encore moins comme un monde d’ennui, étranger à ses préoccupations propres. A chaque étape de la jeunesse, apporter aux élèves ce dont ils ont besoin à ce moment, pour se sentir plus heureux. Le domaine de l’école, c’est avant tout la culture – et la joie que la culture peut apporter. Le summum de la joie culturelle est atteint dans ce que je ne crains pas d’appeler l’amour des chefs-d’œuvre [ « les chefs d’œuvre techniques » ; « les chefs d’œuvre  scientifiques » ; « les chefs d’œuvre historiques et géographiques » ; « les chefs d’œuvre littéraires », « les chefs d’œuvre musicaux »… ]
« L’enseignant progressiste a conscience du risque d’élitisme dans une telle démarche : nous savons bien que l’accès aux chefs d’œuvre est plutôt le lot des élèves ‘’forts’’, et nous savons aussi que ceux-ci, dans leur ensemble, proviennent souvent des classes favorisées.  Mais, dans l’effort si complexe pour lutter contre l’échec, je suis persuadé qu’un des moteurs le plus puissant pour que les ‘’faibles’’, les découragés, se lancent dans ces efforts qu’on ne cesse de leur réclamer, ce serait qu’ils constatent qu’un certain nombre de leurs camarades profite de joies spécifiques aux chefs-d’œuvre et j’espère qu’ils voudront en avoir leur part ».

La mystérieuse crise du recrutement des enseignants

20 septembre 2011

Si l’on en juge par un récent sondage IPSOS, la ‘’crise’’ paraît difficilement envisageable puisque 64% des Français encourageraient leur enfant  à devenir enseignant s’il le souhaitait ( 16% « tout à fait », 48% « plutôt », 29% « plutôt pas » et 6% « pas du tout » ). Quid, alors, de ce que l’on a pu constater ces derniers temps, en particulier cette année, quant à la forte diminution des candidats ( et plus encore de leur présence effective ) aux concours de recrutement ?

Ce sondage IPSOS sur « Les  Français et l’école » ( réalisé fin juillet 2011 auprès d’un échantillon représentatif d’un millier de personnes pour le magazine « L’Histoire » ) est paru dans le Hors-Série Marianne-L’Histoire de samedi dernier.
Il apparaît même que, selon les réponses faites par les sondés, 62% ont largement mis en tête parmi les 6 raisons proposées ( ils avaient à en choisir deux ) « le fait de transmettre des savoirs », largement devant « le rythme de travail : horaires, vacances… » ( 38% ), « la sécurité de l’emploi » ( 33% ) ou « le fait de travailler avec des enfants » ( 32% ), et très loin devant « le fait de contribuer à la réduction des inégalités sociales » ( 15% ) et « la rémunération » ( 11% ).

On le sait, après s’être le 21 août dernier « réjoui que les métiers de l’enseignement continuent d’attirer les jeunes diplômés », Luc Chatel s’est permis - à l’inverse - de juger « irréaliste » la récente proposition faite par François Hollande  de recréer 60000 postes d’enseignants en raison du peu de candidats se présentant actuellement aux concours d’enseignants.

Les réponses au récent sondage d’IPSOS semblent lui opposer un démenti cinglant et entretenir l’espoir. Reste cependant qu’il ne faudrait pas crier ‘’victoire’’ trop vite, car on ferait bien de prendre la mesure de la complexité de la situation actuelle, de la situation ‘’paradoxale’’ dans laquelle on se trouve, et ne pas se focaliser sur ce type d’annonce sans l’insérer dans une politique scolaire beaucoup plus vaste et déterminée  ( notamment en matière de cursus de recrutement et de formation, et aussi de revalorisation matérielle et morale des personnels de l’Ecole ) sous peine d’être confronté rapidement à d’amères déboires. Et c’est d’ailleurs sur cela que Martine Aubry ( qui apparaît comme ayant une vision nettement plus globale de la situation réelle de l’Ecole et des réponses à lui apporter ) attire à juste titre l’attention

Car les faits sont là. Et doivent susciter bien des interrogations. Dans le primaire, le nombre de postes offerts aux concours de  professeurs des écoles est passé de 11 700 en 2006 à 3100 en 2011. Et le nombre d’inscrits aux concours de recrutement est passé de 94 000 en 2005 à 42 000 pour 2012 ( soit une baisse de 55% en 7 ans, plus forte encore que dans le secondaire ).
Dans le secondaire, le nombre d’inscrits aux différents concours de recrutements est passé de 136 000 en 2005 à 69 000 pour 2012  ( soit une baisse de moitié en 7 ans ). En corrélation avec la tendance à la baisse continue des postes offerts aux concours de recrutement, et à la mise en place récente des nouvelles conditions pour se présenter aux concours ( cf la ‘’mastérisation’’, telle qu’elle a été faite ), on a assisté à un effondrement des présents aux épreuves des concours, notamment pour le CAPES externe ( qui est central pour le recrutement des professeurs du secondaire ) En 2010 il y a eu 5006 postes offerts et 5006 admis pour 22074 présents aux CAPES externes. En 2011, il y a eu 4881 postes offerts et 4055 admis pour 12 491 présents ( presque moitié moins de présents aux concours du CAPES externe en un an ! )
En raison notamment d’un nombre suffisant de candidats, presque un millier de postes d’enseignants en collège et lycée ne pourront être pourvus par la voie des concours en cette rentrée 2011. Pour les CAPES externes, 574 candidats ont été admis pour 950 postes offerts en mathématiques, 659 pour 790 en anglais, 77 pour 185 en lettres classiques, 72 pour 120 en musique ( soit un déficit d’un tiers pour l’ensemble de ces quatre disciplines ).
Il faut en sortir, de tout urgence ; et en prenant la mesure de la profondeur ( et de la complexité ) du problème.

Non seulement des moyens, mais aussi la transformation de l’Ecole

14 septembre 2011

Dans la ligne d’’’ouverture’’ évoquée dans le billet précédent, les syndicats de gauche - de façons certes plus ou moins affirmées - ont réagi à la publication hier des ‘’Regards sur l’éducation de l’OCDE’’ et à la proposition de François Hollande de recréer 60000 postes d’enseignants en demandant non seulement des moyens mais aussi des transformations de l’Ecole.

C’est particulièrement net pour le SE-Unsa qui a  tout de suite réagi à la proposition de François Hollande en demandant par la voix de son secrétaire général Christian Chevalier : « Quel projet veut-on pour l’éducation ? Une fois qu’on l’a, on voit comment on peut le financer » ; mais aussi pour le SGEN-CFDT, par la voix également de son secrétaire général Thierry Cadart : « On espère tous que l’on sorte de ce carcan budgétaire qui ne permet rien ; mais personne ne dit qu’il faut remettre les postes exactement là où ils étaient il y a cinq ans ».

En réaction à la publication hier des « Regards sur l’éducation de l’OCDE », Guy Vauchel, secrétaire national du SGEN-CFDT a réagi ( selon le « Café pédagogique » de ce 14 septembre ) en soulignant qu’ « il faut en finir avec l’égalité formelle des chances, faux nez de la sélection, et faire valoir pour tous les jeunes leur droit à l’éducation. L’effort quantitatif est sans doute utile mais ne suffira pas. Il faudra aussi repenser la conception même de la transmission des connaissances et de l’acquisition des compétences dans notre système éducatif ».
Christian Chevalier , secrétaire général du SE-Unsa, après avoir affirmé avec force que « si on ne fait pas toujours mieux avec plus, ce qui est sûr, c’est qu’à force de faire avec moins , on finit par faire moins bien » a souligné quelques points topiques où il faut absolument que cela change : « le démantèlement de l’éducation prioritaire, la quasi disparition de l’éducation précoce, l’assouplissement de la sectorisation et l’’’exfiltration’’ des plus ‘’méritants’’ vers des établissements plus favorisés renforçant cette tendance lourde de notre système éducatif à ‘’soutenir l’excellence’’ ».

Enfin, Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp a déclaré que «  non seulement l’école est victime d’un sous-investissement, mais qu’en plus elle est ‘’championne’’ des inégalités laissant pour compte les élèves issus des milieux défavorisés ». D’où sa conclusion : « la réussite scolaire de tous les élèves impose un nouveau projet éducatif qui concilie quantité et qualité. Il faut investir dans la transformation de l’école. La maternelle, le travail en équipe, les ’’plus de maîtres que de classe’’ dans les école qui concentrent les difficultés scolaires, la formation en constituent les clefs majeures ».

Ce même jour, ‘’le hasard faisant bien les choses’’, le Conseil économique, social et environnemental ( CESE ) a rendu public son projet d’avis :« faire de l’école et du collège la priorité », notamment « en confortant l’école maternelle dans sa mission et en favorisant la socialisation des 2-3ans ». Le CESE recommande aussi de « refonder l’éducation prioritaire » en y « concentrant les moyens pour agir de façon intensive », de « rendre réellement professionnelle la formation initiale des futurs enseignants » et  de « faire un effort massif de formation continue des personnels ».

Mais ce sont précisément, pour l’essentiel, les priorités nettement ( par rapport aux autres candidats aux primaires citoyenne ) affirmées par Martine Aubry dans son projet pour « refonder l’Ecole » à partir de ce qui devrait être ses fondations assurées ( à savoir l’Ecole obligatoire, et d’abord le primaire ).

Les ouvertures des syndicats

4 septembre 2011

Vivons-nous une période annonciatrice de temps nouveaux ? Toujours est-il qu’en moins de cinq jours se sont succédé les ‘’ouvertures’’ de trois des principaux syndicats d’enseignants pour une nouvelle donne des politiques scolaires. Cela ne forme pas encore un concert symphonique, mais il n’est pas interdit de penser que l’harmonie vienne.

Le 29 août, l’excellent site ‘’ToutEduc’’ indique que « le Snes n’est ‘’pas fermé à des discussions’’ sur les missions et le statut des enseignants à condition qu’il y ait relance de la démocratisation de l’enseignement. C’est ce que répondent ses trois responsables, interrogés par ToutEduc sur l’après 2012, Nicolas Sarkozy ayant annoncé une refonte du statut, et Martine Aubry une ‘’refondation du système éducatif’’ […]. Le Snes souhaite un enseignement secondaire pour tous, général, technologique ou professionnel, et une obligation scolaire portée à 18 ans, avec, à  terme, un objectif de 100% au niveau bac ».

Le 30 août, le SE-Unsa indique dans son communiqué de presse de rentrée que «les personnels se refusent à entrer dans un modèle en construction qui a pour objectif de changer la nature même de l’Ecole. Un modèle où la concurrence, la performance, le management seraient les maîtres mots d’un système éducatif concurrentiel dans lequel l’éducation deviendrait un bien de consommation […]. Dans le même temps les personnels perçoivent les limites d’un modèle républicain qui ne tient plus ses promesses et qui n’est plus en capacité d’offrir à chaque élève les voies de son épanouissement personnel et professionnel […]. Notre système éducatif est à la croisée des chemins, conclut le SE-Unsa. L’Education est un droit. Il doit être garanti par l’Etat et relève d’une mission de service public. Il faut tout à la fois cesser l’hémorragie des emplois et refonder l’Ecole de la République ».

Le 2 septembre, le SGEN-CFDT plaide dans sa conférence de presse pour « un contrat entre la Nation et son Ecole » et souligne que « la nécessité de changer l’Ecole » s’impose comme une évidence dans toute la société. Le SGEN-CFDT se prononce pour « un Grenelle de l’éducation ». Il faut mettre tous les acteurs autour de la table, précise-t-il, « y compris les acteurs économiques car les autres forces sociales ont des points de vue à faire valoir. Et il faut prendre le temps du débat ».

Le 24 août, Martine Aubry  a rencontré les  principaux syndicats de l’Ecole pour un premier échange de vues ( j’y étais avec Bruno Julliard, car nous sommes chargés tous deux du dossier ‘’éducation’’ dans l’équipe de campagne de Martine Aubry ) : le SGEN-CFDT, l’UNSA-Education ( avec sa composante SE-Unsa) et la FSU ( avec sa composante SNES ).
Il devrait y avoir une suite assez rapide, comme l’a précisé Martine Aubry elle-même dans l’interview qui est parue dans le ‘’Monde’’ du 1° septembre : « Je souhaite engager avec eux, dès le lendemain de la primaire, une large concertation. Les sujets, nombreux , sont sur la table et seront au cœur  du contrat que nous passerons avec eux ». La perspective de Martine Aubry est en effet ( cf sa « Lettre aux Français » ) de « refonder notre système éducatif aujourd’hui en crise » et, pour cela, de « proposer dès 2012, après un débat national, une loi cadre qui définira les orientations fixées à notre école et le nouveau pacte éducatif entre la nation et l’ensemble des professionnels de l’éducation ». Et il apparaît qu’il convient de  commencer la réflexion et la concertation le plus tôt possible.

L’Ecole parmi les thèmes prioritaires de la présidentielle?

25 août 2011

C’est ce qui apparaissait déjà en juillet, et cela semble se confirmer en cette rentrée scolaire si l’on en juge par un récent sondage et par les interventions actuelles de plusieurs candidats déclarés.

Un sondage du CSA commandité par le SNUipp ( le principal syndicat d’enseignants du primaire ) effectué le 10 août  dernier fait apparaître que « l’école et l’éducation » ( avec 35% de réponses ) figurent en deuxième position ( après « l’emploi », qui recueille 42% des avis ) lorsqu’on demande aux interviewés ( un panel de 1008 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas ) « Quels sont, parmi les sujets suivants, ceux qui vous paraissent les plus importants en France aujourd’hui ? ( deux réponses possibles )? ». Suivent de loin « l’assurance maladie et la santé » ( 21% des réponses ), le « pouvoir d’achat » ( 20% ), les « retraites » (18% ), la « dette publique de la France » ( 17% ), « l’environnement » ( 10% ), « la sécurité des biens et des personnes » ( 10% ), « l’immigration » ( 8% ), « les impôt et les taxes » ( 7% ), « la politique étrangère » ( 3% ), aucun de ces sujets ( non suggéré) : 2%.
Après Jean-Louis Borloo qui avait déclaré début juillet que « l’éducation serait le sujet majeur »  de ses thématiques de campagne, François Bayrou , dans son livre paru le 18 août ( « 2012, Etat d’urgence » ) considère qu’ il faut « se concentrer sur l’essentiel » qui tient en deux ambitions : la production et l’éducation.  Il faut « rendre à la France, dit-il, la meilleure éducation du monde », redonner à l’école « incomprise, rejetée, méprisée » comme jamais depuis un siècle, la fierté du savoir et des valeurs transmises.
Par ailleurs, Arnaud Montebourg ( l’un des cinq candidats - sur six - à la primaire du PS et du PRG à publier un livre en cette rentrée ) a consacré entièrement son ouvrage à un « Projet pour l’école » ( à paraître début septembre : un texte de 140 pages contenant pas moins de 32 propositions en matière de politique éducative ).
Martine Aubry ( qui est la seule à ne pas publier un livre en cette rentrée mais qui a déjà 14 livres à son actif – dont un ouvrage collectif « Pour changer de civilisation » paru au printemps dernier ) a mis résolument « l’éducation » parmi les quatre thèmes prioritaires de sa campagne et de sa « Lettre aux Français » ( qui a été tirée à un million d’exemplaires  ) : « la croissance et l’emploi », « le pouvoir d’achat », « l’éducation », « le droit à la sécurité ».
Chacun de ces thèmes est développé, avec un certain nombre de propositions concrètes. Et il faudra sans doute y revenir plus longuement. Mais on peut déjà noter que Martine Aubry s’engage très fortement sur le thème ‘’éducation’’ : « Je souhaite, dit-elle, refonder notre système éducatif aujourd’hui en crise. Je proposerai dès 2012, après un débat  national, une loi cadre qui définira les orientations fixées à notre école et le nouveau pacte éducatif entre la nation et l’ensemble des professionnels de l’éducation ». ( http://www.martineaubry.fr/article/je-veux-vous-parler-de-la-france-la-lettre-de-martine-aubry-aux-francais )

Le sondage du CSA commandité par le SNUipp, centré sur l’école maternelle et l’école élémentaire, fait apparaître une nette défiance envers la politique scolaire actuellement menée.
A la question « Avez vous personnellement le sentiment que les mesures prises par le gouvernement pour l’école maternelle et élémentaire vont plutôt dans le bon sens ou plutôt dans le mauvais sens ? », 37% des Français répondaient « plutôt dans le mauvais sens » dans le sondage CSA d’août 2008, ils sont maintenant 50% à le faire au sondage d’août 2011. Le non–remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite est jugé « une mauvaise chose » par 82% des Français en août 2011 ( 80% en juillet 2010 ).
Enfin, à la question « Vous savez qu’une réforme de l’école primaire a été mise en œuvre en septembre 2008. Dans ce contexte et pour chacun des éléments suivants, avez-vous personnellement le sentiment que le gouvernement va plutôt dans le bon sens ou plutôt dans le mauvais sens ? », la « réduction de l’échec scolaire »  est jugée en août 2011 comme allant « plutôt dans le mauvais sens » par 61% des Français, ainsi que « la formation des enseignants » qui est également perçue comme « allant plutôt dans le mauvais sens » par 59% des Français  ( alors même que, traditionnellement, les Français ont du mal à se prononcer dans ce domaine ). Signe des temps…Dix pour cent des Français ne se prononcent pas ( pour l’une et l’autre des deux questions ).

La question scolaire au premier plan des présidentielles?

20 juillet 2011

C’est en tout cas ce qui semble se dessiner si l’on en juge par un sondage récent et par les déclarations faites à droite (  qui mettent par ailleurs nettement davantage l’accent sur les enseignements scolaires que sur le supérieur ), et qui apparaissent comme autant de ‘’ballons d’essai’’ pour les élections à venir du printemps 2012

Il y a une dizaine de jours, Jean-Louis Borloo ( qui ne s’était pourtant jusque là nullement investi dans ce domaine ) a annoncé que « l’éducation sera le sujet majeur » de ses thématiques de campagne. On peut penser qu’il venait de prendre connaissance des  résultats 2011 du Baromètre des services publics  ( sondage BVA pour France Info et les Echos ) rendus publics cinq jours auparavant : ils mettent pour la première fois l’éducation au rang des premières priorités des Européens, et tout particulièrement des Français.
Pour 60% des Français interrogés, l’éducation vient désormais en tête de leurs attentes prioritaires en matière d’action publique. En hausse de près de 20% par rapport à la précédente vague d’enquête ( datant de 2010 ), alors que jusqu’ici la priorité des Français était l’emploi et la lutte contre le chômage ( en deuxième position cette année ).

Par ailleurs, on peut noter que la première convention de l’UMP en vue des futures élections présidentielles et législatives a été consacrée aux questions scolaires. Et les multiples déclarations qui ont eu lieu ces derniers temps vont pour l’essentiel dans le même sens, en ne craignant pas de forcer le ton et de manier l’hyperbole.
Le 11 juin , le chef de l’Etat n’a pas hésité à dire que la ‘’personnalisation’’ de l’éducation est la « troisième révolution », après celle de Jules Ferry et celle de la ‘’massification’’. Et Nicolas Sarkozy a annoncé que, pour cela, l’un des « grands chantiers du futur » ( sur lequel il « reviendra dans les mois à venir » ) portera sur le statut des enseignants ( dont le « rôle ne se limite pas à la classe » ) conjoint au « développement du rôle de l’établissement ».
On aurait tort de penser que c’est là simple improvisation de circonstances. Dans « Le Monde » du 28 août  2010,  le ministre de l’Education nationale Luc Chatel avait déjà affirmé que  « l’école doit aujourd’hui relever trois défis. Le défi de la personnalisation […]. Deuxième défi : l’autonomie ( de l’établissement) […]. Troisième défi : celui des ressources humaines […]. Tous ces défis reposent sur un changement dans notre manière d’appréhender la question scolaire. Sans bruit, une véritable révolution s’opère sous nos yeux. Une révolution copernicienne : nous sortons d’une approche quantitative du ‘’toujours plus’’ pour aller vers le ‘’toujours mieux’’. Une révolution silencieuse : l’école a moins besoin de grands soirs que de petits matins quotidiens ».

Alors, sire, une évolution ou une révolution ? A suivre. Et l’on peut d’autant plus compter sur moi pour suivre de très près cette question ( scolaire ) que je suis désormais ( en tant que membre de « la société civile » car je n’appartiens à aucune organisation ) en ‘’tandem’’ avec Bruno Julliard ( secrétaire national à l’éducation au PS ) chargé du domaine « éducation » dans l’équipe de campagne de Martine Aubry.