Le blog de Claude Lelievre

Derniers billets

Les Gaulois du  »roman national » de Lavisse ne sont pas  »réfractaires » comme le dit Macron

Bien au contraire, à l’inverse justement du sens des albums d’Astérix avec leurs  »irréductibles Gaulois »! Confondre les deux est un symtôme de la confusion historique et idéologique actuelle Que dit Lavisse dans son manuel d’histoire de France pour le cours élémentaire datant de 1884 ?  «  Autrefois notre pays s’appelait la Gaule. Vous voyez en haut et à droite de la page un Gaulois. Il a les cheveux très longs. Son manteau est fait d’une peau de bête. Si vous rencontriez un homme comme celui-là dans la rue, vous croiriez que c’est un sauvage. Le garçon va suivre son père à la chasse. Il n’ira pas à l’école pour une bonne raison : c’est qu’il n’y a pas d’écoles en Gaule. Vous, vous ne voudriez pas être ignorants comme ces petits-là […]. « Vous voyez maintenant une ville gauloise. Vous devez être étonné de voir une si belle ville en Gaule car vous avez vu auparavant une maison gauloise bien misérable ! Des enfants vont à l’école. Qu’est-il donc arrivé ? Il est arrivé que les Romains sont devenus les maîtres de la Gaule, après les victoires de César. Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les… Savoir plus >

La « Riposte » de Philippe Meirieu

On pourrait croire que Philippe Meirieu est pris par une certaine lassitude, voire le découragement. Mais non, bien au contraire. Et son dernier livre qui vient de paraître chez  »Autrement » le montre à l’évidence, même s’il admet en exergue qu’il s’agit encore une fois de « dépasser les malentendus et revenir à l’essentiel« . Mais il ne s’agit nullement pour lui de se répéter pour se faire entendre ou pour se faire enfin comprendre (en dépit des  »brouillages » plus ou moins développés par nombre de ses adversaires). Il s’agit surtout pour lui d’aller à l’essentiel tout en prenant en compte le contexte actuel. D’où des chapitres aux titres évocateurs de cet  »air du temps » tels que « L’antipédago et l’hyperpédago sont dans un bateau » ou « Du consumérisme scolaire aux écoles alternatives » ou « Au bout de la crête : un passge risqué mais peut-être possible« . Car il s’agit aussi et toujours de descendre « Dans l’arêne » (titre significatif de la deuxième partie de l’ouvrage) tout en traçant rapidement mais nettement quelques pistes à emprunter (à partir d’une interrogation essentielle:  »Quelles finalités éducatives pour faire face aux défis d’aujourd’hui? »):  »Quelles connaissances mobiliser pour atteindre nos finalités?« ; « Faire de l’Ecole un espace de décérélation« ; « Former à l’attention »;… Savoir plus >

L’enseignement moral et civique : retour vers un passé dépassé qui ne passe pas.

L ‘enseignement moral et civique (EMC) existe , sous cette appellation, depuis la loi de refondation de l’Ecole de 2013 et couvre la totalité de la scolarité, du CP aux classes terminales des lycées. Mais le passif d’un passé dépassé peut venir à  »restauration », et il peut durer longtemps (c’est bien long sur la fin, à l’instar de l’éternité de l’éternel retour). Selon Pierre Kahn (l’une des chevilles ouvrières majeures de ce nouvel enseignement défini en 2015), le nouveau projet d’EMC annoncé cette semaine par la nouvelle direction du Conseil supérieur des programmes, « conserve comme vestige certains éléments des programmes d’EMC de 2015 ; mais leur tourne le dos et s’inscrit dans un discours général de la restauration à la fois préoccupant et probablement inopérant […]. Idéal d’un retour à l’ordre et à la discipline, à l’apprentissage des règles de conduite (langage, décence vestimentaire, hygiène) symbolisé dans le nouveau projet d’EMC par le recours insistant au thème du respect [omniprésent]. Des dispositifs mis en avant par le programme de 2015, il ne reste rien ou presque (une ou deux références au  »débat réglé »et, plus modestement, à  »l’éthique de la discussion ») […]. Rien des discussions à visée philosophiques pour le primaire, de l’examen… Savoir plus >

La dissertation de philo au bac: une création pour l’élite aux difficultés pérennes

La dissertation de philosophie au baccalauréat a été instaurée en 1864 explicitement pour l’élite (alors que la philosophie avait été jusqu’alors  »examinée » dans le cadre d’un oral). Cela n’a pas été sans difficultés, qui ont eu tendance à s’aggraver au fil de la » massification » des baccalauréats généraux et de l’apparition des baccalauréats technologiques dans ce champ là. A sa création, en 1808, le baccalauréat est une épreuve exclusivement orale (de 30 à 45 minutes) qui porte sur les matières enseignées durant les deux dernières années du secondaire (dont la philosophie) En 1840, une véritable épreuve écrite à caractère éliminatoire et préalable à l’épreuve orale est substituée au « morceau de français » introduit en 1830 en plein cours de l’épreuve orale. Il s’agit d’une version latine. L’écrit va s’alourdir peu à peu. En 1852, on ajoute une composition latine de trois heures à la version latine de deux heures. En 1864, le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy rajoute en sus une dissertation sur un sujet de philosophie d’une durée de trois heures. Cette création est à replacer dans le cadre de la refondation foncièrement élitiste de la classe de philosophie (et du baccalauréat  »es lettres ») voulue par Victor Duruy : « Puisque la… Savoir plus >

L’uniforme à l’école: un slogan insistant à droite!

 Contre-vérités historiques et perversité conceptuelle. Le referendum tenu à Provins ce dimanche sur le port de l’uniforme à l’école appelle quelques éclaicissements en le replaçant dans un passé à la fois proche et lointain. En juillet 2016, il y a moins de deux ans, les députés Bernard Debré et Eric Ciotti ont défendu des amendements au projet de loi « Egalité et citoyenneté »’ en vue de la « réintroduction de l’uniforme à l’école« . Bernard Debré avait déjà adressé une question sur ce sujet à la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem lors de la séance de l’Assemblée nationale du 24 mai 2016 en rappelant qu’il avait déposé en janvier 2015 (avec le concours d’une quarantaine de députés, dont Eric Ciotti, déjà ; mais aussi avec Nicolas Dupont-Aignan) un projet de loi sur cette question. Attendus de ce projet de loi de janvier 2015 : « L’Ecole doit être le lieu où se forme le sentiment d’appartenance à notre communauté nationale et à la République française. C’est pourquoi des mesures à la fois symboliques et fortes s’imposent. D’abord, le port d’une tenue commune dans les établissements scolaires du premier et du second degré doit redevenir la règle ». Deux ans auparavant, en janvier 2013, une quinzaine de… Savoir plus >

A l’Elysée pour sauver le château de Le Pelletier de Saint-Fargeau

Ce marquis régicide est connu pour avoir écrit un  »Plan d’éducation nationale » présenté par Robespierre et soutenu par Danton. Il a été déclaré  »martyr de la Révolution ». En ce jeudi 31 mai, Annie Roucoux (maire de la commune de Pont-Rémy où se trouve le château de Saint Fargeau) a été conviée à l’Elysée pour « une réception donnée par le président de la République en l’honneur des personnalités engagées pour le patrimoine ». Dans le cadre de la « mission d’identification de sauvegarde du patrimoine » dirigée par Stéphane Bern, le projet de sauvegarde du château de Saint-Fargeau a été sélectionné avec 270 autres dossiers (sur les 2000 adressés à la mission) et devrait recevoir 155000 euros. Selon Jean-Pierre Roucoux (l’époux d’Annie Roucoux, la maire de la commune de Saint Rémy) qui a fait des recherches approfondies dans les archives locales, le château de Saint-Fargeau est à l’origine un château-fort. Ce n’est qu’à l’issue du traité des Pyrénées en 1659 qu’il abandonne son rôle de « chien de garde du Ponthieu ». Il est racheté en 1720 par Michel Robert le Pelletier des Forts, comte de Saint Fargeau. Le père du marquis Louis Michel de Saint-Fargeau ( le régicide et l’auteur d’un « Plan d’éducation nationale »)  a… Savoir plus >

Mai 68 : les corps du primaire et du secondaire déstabilisés bien avant

Mai 68 n’est pas vraiment compréhensible dans le domaine scolaire si l’on ne saisit pas que le corps des instituteurs ainsi que le corps des professeurs avaient été déstabilisés durant les années précédentes. Ce qui n’est pas le cas actuellement, cinquante ans après. 1)Un corps enseignant du primaire en expansion rapide, moins  »normalisé » et  »mixé » Durant les années qui précèdent Mai 68, les effectifs de l’enseignement primaire croissent brutalement sous l’effet du ‘’baby-boom’’ de l’après-guerre et de l’augmentation très rapide de la préscolarisation. Ainsi, de 1950 à 1965, le nombre d’enfants scolarisés en maternelle passe de 400 000 à un million, et celui de l’enseignement élémentaire de 4,5 millions à plus de 6 millions. Le nombre total des instituteurs et des institutrices croît de 155 000 à 260 000, alors que les départs à la retraite durant cette période se montent à 55 000. On doit donc recruter – en une quinzaine d’années seulement – 160 000 nouveaux enseignants, qui sont donc largement majoritaires dans le corps de l’enseignement primaire en 68. Or, contrairement aux plus anciens, plus de la moitié d’entre eux n’ont pas été formés dans les écoles normales, car, compte tenu de l’urgence, beaucoup ont été recrutés… Savoir plus >

Mai 68 : un corps universitaire chamboulé bien avant

On ne peut pas comprendre Mai 68 (et sa possibilité) à l’Université sans prendre la mesure de la transformation profonde du corps des universitaires qui avait eu lieu durant la décennie précédente. Et nous sommes à cet égard, cinquante après, dans une situation bien différente. Dans l’enseignement supérieur, la croissance des effectifs est encore encore plus rapide que dans le primaire et dans le secondaire, sous l’effet en particulier de la politique volontariste de Charles de Gaulle.(le budget du supérieur, en francs constants, est multiplié par quatre sous sa présidence). De 1959 à 1968, le nombre des étudiants est multiplié par deux et demi (de 200 000 à 500 000) et celui des enseignants du supérieur fait plus que tripler (il passe de 7200 à 22 500). Il n’y a jamais eu, avant ou après, une telle accélération. Mais cette croissance est diversifiée selon les ordres d’enseignants qui constituent l’encadrement universitaire. L’effectif des professeurs et assimilés ne fait que doubler tandis que celui des maîtres-assistants et assistants quadruple. Alors qu’en 1959 les effectifs de professeurs et ceux des maîtres assistants et assistants s’équilibraient presque (3100 contre 4100), le corps des assistants et maîtres-assistants l’emporte largement en nombre sur celui des… Savoir plus >

Mai 68 :une réforme gaullienne des universités fondatrice pour 50 ans !

La loi d’ « orientation de l’enseignement supérieur » dite loi  »Edgar Faure » a été votée, le 7 novembre 1968. Et on peut tout à fait souscrire au jugement de l’historien Antoine Prost: « cette loi d’orientation de l’enseignement supérieur marque une rupture capitale dans l’histoire des universités françaises. Elle leur a donné un cadre administratif et institutionnel qui a globalement résisté aux alternances politiques. Sur la durée, il s’est même plutôt renforcé qu’altéré » (« Du changement dans l’école ; les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours », 2015, Seuil, p. 167). Les universités disposaient jusque là d’une administration faible et dispersée. Elles étaient structurées en facultés quasi indépendantes (lettres, sciences, droit, médecine) dont chacune était dirigée par un doyen élu, assisté de deux assesseurs, et par un conseil où les professeurs seuls se taillaient la part du lion. La loi ‘’Edgar Faure’’ chamboule ces anciennes structures ‘’facultaires’’, et l’on va assister à la naissance de vraies ‘’universités’’. La loi fait éclater le cadre des anciennes facultés en deux instances nouvelles, les unes plus restreintes (les Unités d’Enseignement et de Recherche), l’autre plus large (l’Université). A la tête des UER sont élus des directeurs sans autres pouvoirs que de coordination pédagogique. A la tête des… Savoir plus >

Une politique scolaire d’un an manifestement surestimée par le président Macron

C’est ce qui apparaît en tout cas dans ses interviews de jeudi et dimanche derniers, surtout si on compare par exemple avec ce qui a été mis en place par le Général de Gaulle, son alter ego  »jupitérien », qu’il semble ignorer en l’occurrence. Une telle superbe ne manque pas d’intriguer, voire d’inquiéter. Image empruntée au blog de Christophe Chartreux  « Vivement l’Ecole » Le  »moment gaullien » (quoi que l’on puisse penser de l’opportunité de ses orientations) a été pourtant indéniablement dans les faits un grand moment de changements dans le système éducatif français depuis le  »moment ferryste » (sans doute même le moment le plus important), sans commune mesure avec les embryons actuels de changements conduits depuis près d’un an (cf mon billet sur « le bilan scolaire faramineux d’Emmanuel Macron » psté sur Médiapart vendredi dernier) Certes, cela a demandé plusieurs années (comme la  »réforme ferryste » d’ailleurs). Mais il est justement très présomptueux (et pour le moins fort  »léger ») de considérer qu’après une petite année on puisse dire : « on change tout, et cela n’était pas arrivé depuis Jules Ferry » (comme l’a pourtant soutenu le chef de l’Etat dans son interview de jeudi dernier). Par méconnaissance  de son illustre alter ego ? Voyons sur pièces ! Le Chef… Savoir plus >