Repenser les fonctions des agrégés

Les deux ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur sont convenus de se réunir pour examiner certaines questions liées aux PRAG et aux PRCE, ces professeurs respectivement agrégés et certifiés qui sont affectés à l’enseignement supérieur et enseignent donc, en tant que métier principal, dans les universités. Ce devrait être l’occasion, non seulement d’évoquer les « conditions de recrutement et d’affectation », mais, à mon avis la question plus large des fonctions respectives des certifiés et des agrégés.

Les agrégés et les certifiés sont en effet trop peu différenciés dans leurs fonctions, et leur différence de traitement (horaires et salaires) devient donc difficilement compréhensible. L’Etat employeur devrait différencier davantage les postes de travail des uns et des autres, ce qui correspondrait mieux à leur différence de formation et d’exigences, initiales ou continues selon le cas. En particulier il est anormal que 20% des agrégés, un sur cinq !, exercent en collège. Et cela dans toutes les matières (les contingents les plus élevés sont en lettres, en EPS, en langues et en mathématiques). Outre qu’il n’est pas sûr que les agrégés y enseignent systématiquement mieux que les certifiés, le décalage entre leurs études et leur enseignement est ici trop grand. L’investissement de la collectivité dans leur formation ne s’y « retrouve » pas.

L’Etat employeur devrait donc clairement dire :
– que les agrégés doivent enseigner dans les lycées et dans les universités, et pas ailleurs ;
– que les certifiés doivent enseigner dans les lycées et dans les collèges, et pas ailleurs.
Sans modifier les situations existantes, mais pour l’avenir, y compris immédiat, cela conduirait d’abord à ne plus recruter d’agrégés au collège, à lier étroitement pour un professeur exerçant en collège le fait d’être reçu à l’agrégation interne et le fait de changer de niveau d’enseignement, à ne plus recruter de PRCE en université, et à développer le nombre de PRAG à l’université. Sur ces bases pourraient être définis beaucoup mieux qu’aujourd’hui des profils de carrière.

Il y a en effet un peu plus de 13 400 PRAG ou PRCE (surtout des PRAG), pour 57 700 professeurs et maîtres de conférence (hors médecine). Cet effectif pourrait être fortement accru dans la perspective d’une amélioration de l’enseignement universitaire. Car s’il faut se réjouir de ce que désormais l’évaluation des enseignants-chercheurs intégrera une dimension « enseignement » à côté de la dimension « recherche », pratiquement seule à jouer jusqu’à maintenant, il faut reconnaître que les centres d’intérêt principaux des enseignants-chercheurs resteront les travaux de recherche (c’est compréhensible et sans doute indispensable). Aussi l’amélioration pédagogique nécessaire de l’université, au moins dans les premières années, devrait beaucoup plus être attendue d’un développement du nombre de PRAG précisément. Les professeurs agrégés en effet ont de leur expérience du lycée une attention aux élèves et à leurs progrès qui, certes, est perfectible, mais qu’ils portent aux étudiants lorsqu’ils enseignent à l’université de façon beaucoup plus marquée que les maîtres de conférence et les professeurs.

L’université de masse dans laquelle nous sommes entrés depuis une vingtaine d’années requiert d’avoir des enseignants dont la préoccupation principale soit l’amélioration de l’enseignement et les progrès des étudiants. D’où la nécessité d’un ensemble d’enseignants à l’université qui soit plus équilibré entre enseignants-chercheurs et agrégés qu’aujourd’hui.

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17 Responses to “Repenser les fonctions des agrégés”

  1. Christian Jeanbrau Says:

    La question soulevée est d’importance.

    Mais je crois qu’elle doit être resituée dans la perspective d’une transformation plus profonde de l’ensemble du système.

    Il est souhaitable, pour ne pas dire nécessaire, d’unifier le niveau de recrutement (et de services et de traitement) des enseignants de la formation initiale.
    J’entends par là:
    – la scolarité obligatoire, à redéfinir fermement sur un champ propre et clos obtenu par fusion de l’élémentaire et du collège
    – le lycée.

    Sur ce parcours complet d’une douzaine d’années, il est souhaitable de disposer d’un corps dual unique d’enseignants, globalement désignés comme professeurs certifiés. Dual parce qu’il faut y faire cohabiter des certifiés « généralistes » (polyvalents) chargés de la mise en oeuvre, de l’opérationnalisation, des compétences « de socle commun » dont il faut assurer la maîtrise à tous, et des certifiés « spécialistes » (spécialisés dans une discipline), chargés d’enseigner, sous forme d’unités de valeur cumulables, l’ensemble atomisé des connaissances et des pratiques au programme.

    Dans cet esprit, l’agrégation doit se décaler vers le post-baccalauréat. Il est souhaitable d’inscrire, dans la logique du parcours L-M-D (Licence – Master – Doctorat), la certification des professeurs certifiés au niveau L+M et l’agrégation au niveau L+M+D, le concours n’étant ainsi ouvert qu’aux titulaires d’un doctorat.
    L’agrégé exerce alors ses compétences uniquement en Classes préparatoires et sur le cycle « Licence » de l’Enseignement supérieur.
    Bien entendu, il faudrait développer …..

  2. Irnerius Says:

    Un point de vue complémentaire sur les PRAG et PRCE dans l’enseignement supérieur (classes supérieures des lycées et universités) : http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2010/03/08/prag-prce-dans-le-sup/

  3. Surprise Says:

    Continuons à séparer enseignement et recherche comme le préconise le rapport et l’écart entre nos formations et l’exigence internationale continuera à croitre, l’ensemble des organismes d’accréditation demandent une augmentation forte de la recherche dans les universités, et la seule réponse c’est l’embauche massive d’agrégés à l’université avec par voie de conséquence une diminution de l’embauche d’enseignants-chercheurs (les budgets ne sont pas illimités).

    La conséquence de cette schizophrénie (l’agrégé comme élite du système éducatif) et une perception par les pays européens d’une formation de bon technicien mais loin de représenter des formations capables de relever les défis d’un monde mouvant et complexe.

  4. Watrelot Says:

    Je souhaite émettre plusieurs réserves sur ces propositions.

    1° je ne pense pas que la formation et les compétences des agrégés soit si différents que cela des certifiés. Le diplôme reconnait un certain niveau de connaissances mais certainement pas les compétences pédagogiques.

    2° on peut même aller plus loin en disant que c’est plutôt parmi les agrégés qu’on trouvera la pédagogie la plus traditionnelle…

    3° cela compromet donc l’effet de diffusion de la pédagogie dans le supérieur que vous espérez de la multiplication des PRAG.

    4° les PRAG sont les soutiers de l’enseignement supérieur et font même l’objet quelquefois d’un certain mépris des autres catégories d’enseignants du supérieur, Leur conditions de travail peuvent être bien pires que dans les lycées. Difficile dans ces conditions de les attirer durablement vers les universités. Je connais plusieurs agrégés qui, après une expérience à la fac comme PRAG, sont revenus en lycée où ils y étaient plus tranquilles…

    5° Même si elle peut y aider, je ne pense pas que l’évolution pédagogique de l’université dépende d’abord de l’apport des profs du secondaire. Il y a aussi des structures qu’il faudrait changer pour permettre que la pédagogie à l’université ne soit plus un « gros mot ».

    PS : aucune volonté de dévaloriser les agrégés dans mon propos, je le suis moi même…

  5. Drechsler Says:

    J’émets aussi des réserves :

    « je ne pense pas que la formation et les compétences des agrégés soit si différents que cela des certifiés. Le diplôme reconnait un certain niveau de connaissances mais certainement pas les compétences pédagogiques. »

    Ce n’est pas en passant par des agrégés ou Prag que l’on pourra revoir la pédagogie à l’Université.

    Il faut d’appuyer sur des personnes qui ont une formation de formateurs, des personnes spécialisées dans l’ingénierie de la formation …

  6. kandel Says:

    vu la réforme, il n’y a plus de différences entre les Prag etles PRCE. Il faudrait tout simplement n’avoir qu’un seul intitulé pour. A l’université avec un doctorat on recrute des ingénieurs de recherche. Ceux ci pourraient dans leur statut avoir des heures d’enseignements à faire comme les enseignants-chercheurs et au lieu de recruter des enseignants du secondaire dans le supèrieur on pourrait recruter plus d’ingénieurs de recherche plus proches de la vie du labo.

  7. lours Says:

    je suis PU, j’ai été prag en lycée puis à l’université. J’émets les réserves suivantes :
    1) La différence de formation prag prce dépend fortement de la discipline académique de référence.
    2) la pédagogie à l’université l’apanage des prag? dommage il faut inciter les EC à s’intéresser plus à l’étudiant en tant que personne on peut le faire, certains le font déja (Tutorat en L1)
    3) il est absolument nécessaire, si on continue à recruter des prag, de les engager dans une dynamique de recherche pour qu’il puissent devenir EC un jour : pour enrichir leurs missions et leur pédagogie. Dans le cas contraire on risque un hiatus imortant entre La licence et les Masters

  8. Ardèche Says:

    Bonjour,
    J’émets également plusieurs réserves. Agrégée moi-même j’ai exercé en collège (comme agrégée) et en lycée (quand j’étais certifiée).
    J’ai voulu intégrer l’université comme PRAG jusqu’au jour où j’ai constaté que ma carrière en souffrirait cruellement sur le plan financier. Pas de perte la première année, (salaire identique), mais reclassement défavorable ensuite (entre 300 et 600 € de différence de traitement par mois) du fait d’une évolution défavorable aux PRAG par rapport aux PLC.
    Sur la pédagogie, je ne crois pas qu’elle soit l’apanage des certifiés. Je me garderais bien de tout préjugé. J’ai constaté en effet qu’un jeune agrégé (externe) était souvent moins pédagogue qu’un « vieux » certifié… Mais est-ce seulement l’effet du diplôme, plutôt que de l’âge ou l’expérience ? Ces jeunes agrégés filent très vite vers l’Université où ils sont préférés dans le recrutement aux les agrégés plus âgés (ceux qui ont usé leur pédagogie sur les bancs du collège ou du lycée pendant quelques 15 ou 20 ans).
    Sur la pédagogie encore : c’est un gros mot de toute façon dans l’enseignement français, quel que soit le niveau.
    Il n’est que de voir comment la recherche pédagogique, les sciences de l’éducation sont descendues en flèche dès qu’elles essayent de « dire quelque chose ».
    Enfin, au vu du nombre de postes chaque année, il me semble que l’agrégation est plus menacée de disparition que d’une valorisation quelconque.

  9. anti-cliché Says:

    En finir avec le cliché implicite qui considère qu’un enseignant-chercheur ne se préoccupe pas de « l’amélioration de l’enseignement et [d]es progrès des étudiants. » Faut-il rappeler que :
    – les enseignants-chercheurs [EC] sont aussi… des enseignants (à la différence des… chercheurs ) !
    – nombre d’EC, au moins en Lettres et sciences humaines, ont d’abord enseigné dans le secondaire (et parfois le primaire) ; les autres reçoivent une formation spécifique en parallèle de la préparation du doctorat dans le cadre des Centres d’Initiation à l’Enseignement Supérieur (CIES) ;
    – les EC ont pour mission (= partie de leurs statuts) de réfléchir et travailler à la transmission des connaissances et à leur vulgarisation ;
    – l’enseignement universitaire est fondé dès le L – c’est sa différence d’avec les cycles antérieurs – sur le lien enseignement et recherche = non pas faire cours sur sa propre recherche, mais intégrer dans le cours les dernières avancées de la recherche dans son champ de spécialité (beaucoup plus large que son champ de recherche). Cette démarche, qui implique la transmission CRITIQUE des connaissances ACTUALISEES, est un savoir-faire auquel on est initié dans le cadre du doctorat.

    Donc, c’est tout le contraire : pas de PRAG-PRCE dans le supérieur, sauf s’ils sont eux-mêmes engagés dans un doctorat – et dans ce cas, on doit souhaiter pour eux un autre statut que PRAG-PRCE, car ce n’est vraiment pas le meilleur cadre pour préparer une thèse !

  10. pigiconi Says:

    Tout à fait d’accord avec anti-cliché!
    Le statut (et tout ce qui brille autour et sous le nom même du statut en question) ne fait pas la/les compétence(s).

    Que fait-on pour ces PRAG ou PRCE qui, engagés dans un doctorat, poursuivent de façon schizophrénique (mais ils l’ont voulu et personne ne les y obligeait) et leurs missions d’enseignant et leur travail de recherche?

  11. Gabriel Says:

    Avant de penser à nommer les agrégés sur des postes en fac, peut-être faudrait-il se préoccuper de leur offrir la possibilité réelle d’enseigner en lycée : actuellement les bonifications accordées aux agrégés pour des voeux en lycée sont laissées à l’entière discrétion des recteurs : un tel donne généreusement 90 points (c’est-à-dire trois fois pas grand chose), un autre 500 ! Dans certaines académies, cette bonification est compatible avec les bonifications familiales, dans d’autres non ! Bref, c’est l’arbitraire le plus complet, sans aucune justification des services rectoraux. Il serait peut-être temps d’harmoniser tout ça, sauf à penser que les politiques se payent de mots en souhaitant redéfinir les missions des agrégés : tout cela n’est rien si les circulaires n’imposent aucune mesure chiffrée aux recteurs… Quant aux postes dans le supérieur, il serait peut-être temps, effectivement, qu’on ne recrute plus de certifiés – y compris parmi les détenteurs de doctorats !!!

  12. DUDU Says:

    « L’Etat employeur devrait différencier davantage les postes de travail des uns et des autres, ce qui correspondrait mieux à leur différence de formation et d’exigences, initiales ou continues selon le cas »

    : cette phrase me fait bien rire alors que les nouveaux enseignants du second degré de septembre 2010 n’auront même pas eu de formation pour savoir comment tenir une classe!!! Il va être utile leur Master !!! Il faudrait des enseignants à Bac + 20 et vous verriez M. le spécialiste qu’alors les enseignants n’auraient plus aucun problèmes de discipline dans leurs classes, c’est sûr, c’est la solution !!!! Vous feriez bien de vous rapprocher du terrain et vous comprendriez qu’un certifié ou un PLP a déjà des connaissances bien suffisantes pour enseigner mais que ce qu’il manque ce sont des solutions pour tenir les élèves et éviter ainsi peut-être que l’Education nationale s’effondre, c’est ce qui se passera si l’augmentation actuelle du nombre d’incidents dans les établissements n’est pas enrayée.

  13. Tennô Says:

    Excellente analyse.
    Je pense au mot près ce que vous écrivez.
    A une nuance près, mais je pense que c’est un oubli de votre part.

    « – que les agrégés doivent enseigner dans les lycées [ça sous entend enseignement secondaire à mon sens] et dans les universités, et pas ailleurs ; »
    Si ailleurs, dans les CPGE (cf. leur décret de référence) et ajouter dans le décret les STS qui sont actuellement partagées entre agrégés et certifiés alors qu’elles devraient être réservées aux agrégés.

  14. Laura Says:

    J’ai passé l’agrég simplement parce que 2 concours la même année c’était trop stressant pour moi. Et j’ai enseigné collège-lycée-BT-Bac pro- fac jusqu’en Masters. Les certifiés ne sont certainement pas moins qualifiés, hélas, acceptent un peu plus le lavage de cerveau des IUFM., qui ont horreur des agrégés parce que les « enseignants » qui y prodiguent leur pseudo-« science » ne l’ont pas, notre chère agrég. La pédagogie s’apprend sur le terrain, pas en cours de « sciences de l’éducation ».

  15. bluesky Says:

    cela fait un semestre que je suis à l’université (PRCE bi-admissible, c’est encore pire, je n’existe pas!) si c’est mieux au niveau horaire, c’est l’enfer au niveau préparation (8 groupes, de la L1 a M1), et une chute de salaire que je juge inadmissible (pas d’heures sup’, elles sont refilées à…. des vacataires qu’il faut « occuper ». Plus d’indemnités de conseils de classe et une charge de copies qui n’a rien à voir avec ce que je faisais avant. Et je ne sais pas quelle sera mon évolution de carrière. Dur de croire encore au service public…
    je veux bien entrer en lutte.

  16. MathOMan Says:

    Le problème réside aussi dans le fait que les chercheurs à l’université sont à des années de lumières du niveau de leurs étudiants, surtout de ceux en première et deuxième année. Et cette distance est en pleine expansion. C’est le prix de la massification. Voir par exemple cet article sur le niveau des étudiants entrant en fac de sciences en l’année 2012 :

    http://www.mathoman.com/index.php/1649-erreurs-de-calcul-et-niveau-en-math-des-bacheliers

  17. Mac laurin Says:

    Je suis prag depuis 4 ans dans un grand établissement. N ayant pas vocation a continuer une carrière de paillasson, je quitte en juillet avec regret mes étudiants et le service public.

    Je lance donc un message a tous mes camarades normaliens embourbés dans le piège du pragorat, partez vite dans le prive pour tripler votre salaire et votre amour propre.

    Agrégation = piège à cons.

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