Serpent de mer

La question des rythmes scolaires est donc de nouveau sur le devant de la scène. La circulaire de rentrée pour 2010 a envisagé la possibilité pour les équipes éducatives locales d’enseigner sur 9 demi-journées. La PEEP a demandé des états généraux sur l’ensemble des rythmes. L’Assemblée nationale s’y intéresse et, last but not least, le ministre de l’Education nationale vient d’annoncer l’ouverture d’un chantier sur ce sujet.

Toutes les x années cette question revient sur la table. C’est sans doute politiquement nécessaire. Mais la question est-elle soluble ? Plus exactement, sur ce sujet les indications scientifiques ne sont-elles pas trop ténues pour éviter que les solutions retenues soient le reflet des rapports de force entre tous les partenaires intéressés : enseignants parents, entreprises (de tourisme notamment), institutions (y compris les églises), etc.

Doctement, des pédiatres ou des chronobiologistes nous expliquent qu’en moyenne le rythme quotidien de l’enfant (au singulier…) est ceci ou cela. Cela navigue entre des recommandations élémentaires, qu’il est certes utile de rappeler mais qui ne sont pas une découverte de première grandeur, (« Le sommeil, élément essentiel à la bonne santé de l’enfant, doit être suffisant en durée et être encadré par des heures régulières de lever et de coucher ») et des constats qui sont présentés comme avérés mais qui peuvent surprendre (« L’enfant arrive fatigué à l’école – 8H30- quelle que soit la durée de son sommeil la nuit précédente, puis il augmente progressivement ses capacités d’attention et d’apprentissage avec un pic vers 10-11 H et vers 15-16 H qui diminue ensuite »). Ce genre de conclusions soulève en effet plusieurs interrogations. D’abord, il est curieux que l’enfant soit fatigué quel que soit son sommeil précédent, puis qu’il soit spécialement attentif notamment entre 15 et 16 heures. Mais même si sur l’« enfant moyen » ces constats sont vrais, quel sens a une moyenne lorsque par ailleurs on soutient, et peut-être avec quelque raison, que chaque être vivant a son rythme ? D’autre part cela ne porte que sur les capacités d’attention, et ne dit donc qu’assez peu de choses sur la dépendance aux rythmes des progrès effectifs des élèves, ni ceux des élèves « moyens », ni ceux des élèves ayant telle ou telle caractéristique, par exemple vivant dans tel milieu. Enfin, tout cela n’est que qualitatif : même avérés ces effets sur l’attention de l’enfant moyen puis sur ses progrès sont peut-être très petits. Bien entendu toutes ces incertitudes sur le sens des moyennes et sur les effets sur les progrès et réussites des élèves s’accroissent de beaucoup si l’on raisonne sur les rythmes et horaires hebdomadaires et a fortiori annuels. Elles augmentent peut-être aussi quand on passe des enfants aux adolescents, puis aux jeunes.

Au total, on comprend que la politique des rythmes scolaires ne tienne pratiquement aucun compte de ces données, et qu’elle résulte de compromis reflétant les rapports des forces des acteurs. Et d’ailleurs même lorsqu’on a entendu tirer de conclusions scientifiques des décisions politiques, celles-ci ont très peu duré : qui ne se souvient que le rythme des « 7*2 », censé être favorable aux élèves et qui figure dans la loi d’orientation de 1989 (7 semaines de travail scolaire, 2 semaines de repos), a duré deux ans ? l’application de la loi n’a pas résisté aux difficultés des familles pour faire garder leurs enfants (notamment lors des « 2 » de novembre), aux souhaits, assez légitimes quoi qu’on dise, des stations de sport d’hiver, etc.

Pourquoi les apports de la science sont-ils aussi ténus ? Difficile à dire. Est-ce parce qu’on n’a pas assez étudié (et, je le redis, pas seulement sur les capacités d’attention, mais sur les effets en termes de réussite et progrès scolaires, et pas en moyenne, mais en distinguant les élèves, et en mesurant de façon quantitative) ? Ou est-ce parce que le phénomène lui-même est trop faible, ou trop divers d’un enfant à l’autre pour qu’on en tire des conclusions solides et d’ampleur notable en moyenne ou même selon divers groupes ? Si c’était la première branche de l’alternative qu’il fallait retenir, il faudrait souhaiter que le nième chantier qui va s’ouvrir aboutisse à étudier davantage et à mettre les moyens nécessaires à cette étude. Mais il faut peut-être craindre que ce soit la seconde branche de l’alternative qui soit vraie, auquel cas ce chantier montrera une nouvelle fois que la question n’est pas soluble.

NB : Les deux extraits cités dans ce billet proviennent d’un article récent de MM. Y. Touitou et P. Bégué dans Le Figaro du 1er mars 2010. Ils sont, je crois, assez représentatifs.

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2 Responses to “Serpent de mer”

  1. Francis Saupé Says:

    Il est surprenant que dans un blog d(‘éducateurs français :
    – il y ait autant de mots anglais pour lesquels il y a indubitablement des équivalents français (search, entries, feed, submit comment etc.),
    – soient ignorés les règles élémentaires de lisibilité, taille de caractères minuscule, couleur grise, grand interligne etc.

    Bravo pour ce sens de la pédagogie …
    Francis Saupé

  2. FC Says:

    « soient ignorés les règles élémentaires de lisibilité, taille de caractères minuscule, couleur grise, grand interligne etc. »

    Pour la taille, un « petit » « control + », sous Firefox, règle efficacementle problème…

    Ceci étant, je suis d’accord, un peu de travail sur la lisibilité de votre blog ne serait pas de trop, M. Thélot.

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